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L’ancien président du parlement de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), le professeur Ali Nouhoum Diallo, a fait un témoignage sur les difficultés auxquelles l’intégration africaine est confrontée.

Le jeudi 21 février 2008, à l’occasion d’un point de presse sur le livre «Les Etats nations face à l’intégration : le cas du Mali», l’ancien président du parlement de la CEDEAO a révélé que «les sahéliens agissent vite pour réaliser l’intégration africaine» lorsqu’ils ont la charge de diriger les instances communautaires de décision. «Si Alpha a été chassé, et moi avant lui, c’est parce que les autres n’ont pas souhaité le changement nécessaire», a-t-il révélé.

Le Pr. Ali Nouhoum Diallo a également déploré le fait que les Etats membres de la CEDEAO refusent de respecter les textes de la Communauté. Et puisqu’il aime les anecdotes, il a raconté comment lui-même, lorsqu’il était président du parlement, a fait les frais du dédain que les autorités ont des textes communautaires. A en croire son témoignage, c’est à tous les niveaux qu’on regarde de haut les textes de la CDEAO.

C’est d’abord les chefs d’Etat qui sont pointés du doigt. Avec un lyrisme comique, le Pr. Diallo parla de ce chef d’Etat, dont il a tu le nom, mais qui a dû l’étonner beaucoup. Puisqu’au bout de 4 ans de combat, l’Assemblée de la CEDEAO a réussi à établir un certain nombre de lois.

Selon le Pr. Ali Diallo, sur la base de ces textes, son président a cru bon de demander à un Chef d’Etat d’un pays de la Côte ouest africaine d’être le premier à introduire l’utilisation de l’hymne et du drapeau de la communauté dans les espaces publics. Mais ledit chef d’Etat aurait répliqué en disant : «Je pense que vous y allez un peu trop vite».

L’ancien président du parlement de la CEDEAO a ainsi compris que l’institution qu’il dirigeait n’avait aucun intérêt aux yeux des plus hautes autorités. Mais sur le terrain, il allait découvrir d’autres réalités.

Amené à sillonner tous les pays membres de la communauté en véhicule, il a voulu «savoir si un citoyen de la CDEAO qui a toutes ces pièces d’identité en bonne et due forme peut voyager librement » comme l’indiquent les textes.

«Nous avions dépassé la frontière du Burkina Faso. Subitement, un véhicule nous a doublé en vitesse pour ensuite nous barrer la route. Les agents des douanes qui étaient à bord descendirent en vociférant. Je voulais comprendre davantage. Donc je me suis couché dans le véhicule en ordonnant à mes compagnons de suivre les recommandations des agents. Nous avons été reconduits au poste dont nous étions loin de 30 km environ. Mes compagnons discutaient vainement avec les douaniers. Je fis descendre la vitre du véhicule pour observer la scène de loin. Un des agents, qui a peut-être fait ma connaissance à travers la télévision, m’a reconnu. Brusquement il se mit au garde-à-vous. Ensuite, ils se sont excusés», expliqua le Pr Ali Diallo.

Le véhicule du parlement de la CEDEAO malgré son insigne a fait l’objet de tracasseries de la part des agents de sécurité. Et ce n’est pas seulement au Burkina Faso. Le Professeur Ali Nouhoum a rapporté un fait analogue qui lui est arrivé au Mali, sur l’axe Bamako-Sikasso.

Là encore, avant que les agents reconnaissent le parlementaire qu’il était, son aide de camp et autres auxiliaires ont coulé des salives pour rien. C’est donc dire que la question de l’intégration a encore du chemin à faire. Et que le rêve du Pr. Ali Nouhoum risque de ne jamais se réaliser même dans son propre pays.

Lui qui s’est déjà fatigué de caresser l’idée de voir le drapeau de la CEDEAO flotter au fronton du palais présidentiel de Koulouba et dans les écoles. Il risque de ne jamais entendre les écoliers chanter l’hymne de la communauté, ni la fanfare nationale le jouer avant ou après l’hymne national lors des cérémonies officielles.

Également le rêve de battre une monnaie commune qu’il partage d’ailleurs avec les populations de la communauté pourrait ne pas se réaliser.

Soumaila T. Diarra

25 février 2008.