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Pour le Pr. Abdoul Traoré dit Diop, président de l’ADJ et membre du Collectif janvier noir, seule une transition dont les modalités sont à puiser dans nos textes et l’exécution assurée par nos institutions permet de sortir le pays de l’impasse. Toute autre pratique peut s’avérer à la longue porteuse de plaintes, dit-il. Et de préciser que l’ADJ et le Collectif ne sont contre personne, mais refuse une démocratie à la carte. Entretien.

Les Echos : Pourquoi avez-vous fondu l’Association démocratie et justice (ADJ) dans le Collectif janvier noir ?

jpg_une-605.jpgAbdoul Traoré dit Diop : Nous n’avons pas fondu l’Association démocratie et justice (ADJ) et l’auréolé dans le Collectif qui n’est qu’une plate forme, un espace d’expression. Les deux associations restent tout à fait autonomes et poursuivent chacune ses missions. Du reste, le Collectif reste ouvert à toute personne morale ou physique.

Les Echos : Quelle est la position du Collectif janvier noir sur les échéances électorales de 2012 au Mali ?

A. T. D. : Nous pensons qu’il sera difficile de tenir les élections parce que l’exode des populations vers les pays voisins continue. Je vois mal comment en deux ou trois mois, on peut stabiliser cette situation et remettre de l’ordre dans certaines localités comme Ménaka, Andéraboucane… et procéder à des élections honnêtes. Or, renoncer à faire les élections même sur 1 % du territoire national se ramène à la reconnaissance d’une perte de souveraineté sur cette partie.

Les Echos : Pensez-vous que le report des élections en faveur d’une transition est la solution aujourd’hui ?

A. T. D. : Tout à fait ! C’est le seul moyen d’éviter des élections bâclées dont tout le monde va se plaindre après. Et comme le mandat du président de la République arrive à échéance, il ne reste que l’éventualité d’une transition dont les modalités sont à puiser dans nos textes et l’exécution est à assurer par les institutions compétentes.

Les Echos : Pourtant le président de la République persiste et signe qu’il n’y aura pas de transition et qu’il passera le témoin à son successeur le 8 juin 2012 à midi ?

A. T. D. : Nous estimons que dans ce genre de situation, il n’appartient pas à un homme ou à un président sortant de décider. Seuls les textes décident.

Les Echos : Par cette proposition, vous avez été compris et traités par certaine presse comme des politiciens opportunistes qui ont tout perdu et qui veulent refaire surface à travers l’instauration d’une transition dans le pays. Reconnaissez-vous dans une telle accusation ?

A. T. D. : Ce genre de réflexion ne m’intéresse pas. Personnellement, je ne suis candidat à rien. Mais, j’ai toujours lutté avec mes camarades au sein de multiples associations pour l’instauration d’une démocratie véritable et non d’une démocratie à la carte encore moins d’une démocratie improvisée. Le Mali doit devenir un Etat prévisible, formaté par la loi et les règles.

Les Echos : Pensez-vous qu’une transition sans ATT ni Dioncounda est possible ?

A. T. D. : C’est une question très importante. Je l’ai dit, nous n’avons pas compétence à définir les modalités d’une transition. Ce ne sont pas les personnes en tant que telles qui nous intéressent. Mais les principes républicains. De ce fait, je voudrais préciser aux uns et aux autres que nous n’avons personne dans notre collimateur. Et pour preuve, nous avons écrit au président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, pour attirer son attention sur ce qui se passe dans le pays. Nous avons également fait ampliations de certaines de nos correspondances au président de la République.

Nous voulons simplement que les règles républicaines soient respectées devant cette situation de crise. Et la question qui se pose est la suivante : faut-il proroger le mandat du président de la République ou aller vers une transition ? C’est aux acteurs politiques d’y répondre.

Les Echos : C’est connu que vous n’êtes pas partisan de l’organisation du référendum couplé à la présidentielle d’avril 2012. Comment envisagez-vous de mener votre campagne pour un vote sanction contre le référendum ?

A. T. D. : Cette campagne a commencé il y a très longtemps avec les argumentaires qui ont été les nôtres ; à savoir : l’inopportunité d’une telle révision et le gaspillage financier qu’elle va entraîner en cette période de crise où des millions de Maliens sont exilés dans les pays voisins. C’est ainsi que l’Association démocratie et justice (ADJ) et l’Observatoire de l’Etat de droit (OED) appelé encore Touche pas à ma constitution ont été à l’origine de la constitution du front du non au référendum.

Les Echos : Que propose concrètement le Collectif janvier noir comme solution à long terme à la crise au Nord ?

A. T. D. : Nous n’avons pas de solution miracle. Mais vu les enjeux actuels, nous avons demandé l’instauration d’un large débat politique et social ainsi que la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire pour situer toutes les responsabilités et la poursuite du MNLA pour crime de guerre et contre l’humanité devant les juridictions compétentes. Il reste entendu pour nous que l’intégrité territoriale est une ligne à ne pas franchir. Cela ne se négocie pas. Et ce qu’on appelle Azawad appartient au Mali depuis le XIIIe siècle.

Propos recueillis par

Mohamed Daou

Le 20 Février 2012