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Dans les démocraties dignes de ce nom, quelque soit son statut, un prévenu ne peut s’exprimer par voix de presse, que par le biais de son avocat. Mais à la surprise générale, le week-end dernier, une station privée locale (Radio Nièta) a diffusé un enregistrement sonore dans lequel, la voix du général Sanogo était nettement audible. Dans cet enregistrement sonore, M. Amadou Haya Sanogo a vidé son sac sur les péripéties de son arrestation. Il a profité pour lever un coin de voile sur le rôle qu’il a joué dans le processus de l’élection d’Ibrahim Boubacar Kéïta à la Présidence de la République.

Cette tentative de manipulation de l’opinion a produit ses effets. Elle visait une seule chose : jeter de l’huile sur le feu. Enflammer une situation, déjà délétère. Sachant que nombre de ses partisans émergent dans les rangs de la classe ‘’caniveaux’’, Sanogo a joué sur les mots afin de sonner la révolte contre les autorités actuelles. Le coup a réussi. Les marches non autorisées et réprimées de ces deux jours en sont la preuve… L’objectif immédiat de Sanogo est en voie d’être atteint. Remonter les gens contre le régime, enflammer le pays pour se libérer des mailles de la justice, un véritable stratagème.

L’ex patron de la junte, qui a renversé le régime démocratique d’Amadou Toumani Touré (ATT), M. Amadou Haya Sanogo n’a d’autres moyens pour se dédouaner que de faire chanter le Président de la République, qui a été démocratiquement élu. Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK), puisse qu’il s’agit de lui, d’ailleurs en mission en Europe, pour une dizaine de jours. Le cri de détresse, qu’il lance ainsi du fond de sa cellule à l’école de Gendarmerie de Faladjé rappelle le cas de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, lors de son arrestation dans son bunker abidjanais, le 11 avril 2011 par les éléments de la FRCI. Quand Sanogo affirme avoir sillonné toutes les grandes familles de Bamako pour faire élire IBK à la magistrature suprême.

Après avoir causé la mort des milliers de personnes, de la même manière, Laurent Gbagbo aussi suppliait le commandant Wattao et ses hommes de l’épargner de la mort. Quelle ironie de l’histoire ? L’homme qui se croyait invulnérable, grâce à la puissance des fétiches, donc intouchable dans l’ordre des humains, il y a peu, soit amené aujourd’hui à pleurnicher sur son sort.

Pouvait-il faire autrement ?

En votant pour IBK, les Maliennes et les Maliens ont opté pour la réaffirmation de l’autorité de l’Etat. Cette rigueur ne s’applique pas aux animaux, mais à des hommes. Il faudrait bien qu’elle commence par quelqu’un. Si Sanogo veut bien faciliter la tâche à son candidat, il devra se mettre à ventre plat pour que la justice triomphe sur le mensonge. S’il ne se reproche rien de quoi a-t-il peur ?

Affaire à Suivre

Mohamde A. Diakité

Tjikan du 3 Décembre 2013