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Homme fort de la Mauritanie, il y a peu, l’ancien chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz, se retrouve pris dans les rets de la Justice. En effet, convoqué le 10 mars dernier dans les locaux de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), l’ancien président a été longuement entendu par les agents de la police en charge de la répression des crimes économiques. L’homme est soupçonné de cas de corruption et de détournements de biens publics entre 2008 et 2019 comme l’a révélé un rapport d’enquête parlementaire sur sa gestion.  Soupçonné d’avoir pris des libertés dans la gestion de la manne pétrolière, son nom est aussi cité dans plusieurs affaires pour le moins ténébreuses  dont, entre autres,  l’attribution d’un marché de construction d’un terminal à conteneurs au port de Nouakchott, la vente de domaines de l’Etat, notamment une île à des ressortissants libanais, la liquidation d’une société publique qui assurait l’approvisionnement en denrées alimentaires ou encore les activités d’une société chinoise de pêche, Pully Hong Dong. C’est donc peu de dire que l’ancien président se retrouve dans de beaux draps puisque ses sales draps présumés sont étalés sur la place publique, une année seulement après qu’il a cédé le pouvoir.   

Le cas Mohamed Ould Abdel Aziz devrait servir d’avertissement sans frais à tous les présidents africains

Même si cette audition n’est que le début d’une longue procédure qui devrait se terminer devant la Haute Cour de Justice, seule juridiction habilitée à connaître des affaires concernant les anciens chefs d’Etat et les ministres aux termes de la nouvelle loi votée, il y a peu, par le parlement mauritanien, l’on peut déjà se féliciter de ce premier pas de la Justice. Car, la reddition des comptes est un label de la bonne gouvernance et constitue l’une des exigences de l’Etat de droit. L’on peut d’autant plus s’en réjouir que nul n’est épargné par ce devoir de redevabilité dans la gestion des affaires publiques en Mauritanie. Même pas Mohamed Ould Abdel Aziz qui s’est fait une place dans le panthéon mauritanien en se pliant aux exigences de l’alternance démocratique et surtout pas lui qui, dès son arrivée au pouvoir, avait érigé la lutte contre la corruption en priorité absolue. Cette action de la Justice mauritanienne est d’autant plus à saluer qu’elle a une importante valeur pédagogique, en particulier pour tous les chefs d’Etat en exercice, à commencer par le président Mohamed Ould Ghazouani qui doit savoir tirer leçon des démêlés judiciaires de son ex-mentor pour faire de la bonne gouvernance, son leitmotiv. Le cas Mohamed Ould Abdel Aziz qui ressemble, à bien des égards, à celui du truculent Jacob Zuma en Afrique du Sud, devrait servir d’avertissement sans frais à tous les présidents africains qui confondent allègrement les poches de leurs vestes avec le Trésor public. 

« Le Pays »