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Le pays va mal, voire très mal. Il faut donc des décisions vigoureuses et judicieuses pour renverser la tendance qui, si elle persiste, risque de nous faire frôler le pire.

Cela est d’autant plus vrai que pour se disculper, en quelque sorte, les autorités maliennes semblent se “cacher” (pourrait-on dire) derrière la crise financière internationale. Si bien qu’il a maintes et maintes fois été ressassé, par le ministre des Finances, M. Abou-Babar Traoré, que… le Mali n’est nullement concerné par cette crise. Et des Présidents Directeurs Généraux (PDG) de certaines banques de la place ont également abondé dans le même sens.

C’est dire qu’avec ou sans cette crise financière internationale, le Mali serait là où il est aujourd’hui : Trésor Public presque vide, prix des denrées de première nécessité hors de la portée des bourses, rareté d’argent…, la liste n’est pas exhaustive.

Mais à eux seuls, ces maux ne pourraient suffire pour “étrangler“ financièrement ou économiquement tout un État et condamner tout un peuple à vivre au jour le jour. Et c’est justement cela l’amère réalité, à laquelle s’ajoute le fait que les plus hautes autorités soient pas en mesure d’expliquer aux Maliens les raisons de ce marasme économique, voire ce “blocage“ financier assorti d’une infernale cherté de la vie.

Un tour d’horizon et une analyse succincte de la situation des pays qui ont connu pire que le Mali permettent pourtant de se faire une idée de la racine du mal, qui n’est autre que “l’incapacité et l’incompétence de certains membres du Gouvernement à donner suite aux aspirations du peuple”, selon un cadre de l’administration.

Mais, peut-il en être autrement, lorsque ces tares suscitées se sont érigées en mode de gestion, lorsque la corruption s’est incrustée dans les mœurs, et lorsque les “derniers bastions”, c’est-à-dire ceux qui devaient représenter de vrais contre-pouvoirs (à savoir, les syndicats et la société civile) restent de marbre face à cette situation?…

Pourtant, ce mutisme des syndicats et la société civile laisse, pourrait-on dire, une certaine marge avantageuse à l’Etat, sinon un certain répit. Mais un avantage que l’Etat doit savoir et pouvoir exploiter au mieux, en tout cas s’il tient à limiter, voire amoindrir les risques d’en arriver à un point de non retour. Ce qui n’est guère la récompense de la patience et de l’endurance légendaires des Maliens, en général.

Aussi ont-ils tous les yeux braqués sur le Président de la République qui seul peut éviter d’en arriver là, en procédant (et le plus tôt sera le mieux) à un remaniement ministériel.

Ce changement s’impose aujourd’hui, au regard des tares et autres insuffisances que traînent aujourd’hui certains ministres. Des ministres qui ont du mal à convaincre mêmes leurs plus proches collaborateurs, à plus forte raison les Maliens.

L’architecture (la composition) gouvernementale actuelle ne correspond pas (en tout cas plus) aux attentes et aspirations du peuple, selon de nombreux citoyens.

Si le Premier ministre est aujourd’hui “toléré“, peut-on dire, de par son rôle qui est de conduire et coordonner l’action gouvernementale (l’Initiative Riz y est peut-être pour quelque chose), il n’en est guère de même pour des ministres en charge de départements dont les missions ne correspondent en rien avec leurs savoirs et compétences.

Aussi, dans un contexte économique difficile (tel que nous la vivons en ce moment), il s’avère urgent de faire appel à des technocrates, des économistes et des spécialistes en questions de développement.

Cela est d’autant plus fondé qu’il serait honteux, sinon scandaleux, que le Mali fêtât les 50 ans de son indépendance en grande pompe, alors que “le pays ressemble encore à une grosse bourgade”, aux dires d’un malien, et que les citoyens constatent que “le Malien n’a pas encore de quoi être fier”, selon certains parents et grands parents qui ont vécu la période coloniale, l’Indépendance et nos jours.

Pour effectuer sa transformation de pays sous-développé en pays développé, la Chine n’a pas mis 50 ans. Comparaison n’est souvent pas raison ; et le Mali n’est certes pas la Chine. Mais personne n’osera croire que le quotien intellectuel du Malien est en dessous de celui du Chinois.

C’est dire que le Mali peut bel et bien être au même niveau que n’importe quel pays avancé, pour peu qu’il exploite réellement, efficacement et judicieusement ses potentialités physiques, économiques, naturelles, intellectuelles et humaines, entre autres. Vivement donc “l’homme qu’il faut à la place qu’il faut” !

Adama S. DIALLO

Le Soir de Bamako du 07 Janvier 2009