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Aussi bien les militaires que certains de la société civile doivent arrêter de regarder les politiques sous le prisme des contreperformances enregistrées dans la vie publique nationale sur le parcours démocratique de 1992 à 2012, les échecs et les d’espoirs déçus de la révolution de mars 1991. C’est vrai, ils sont souvent dus aux divergences antagoniques des acteurs politiques. Mais on doit se garder de jeter le bébé avec l’eau du bain, car s’impose une exigence de discernement.

Les militaires, pour quelque motif que ce soit, ne doivent pas prétendre à l’exercice du pouvoir politique, l’environnement ne s’y prêtant plus. Les forces de sécurité doivent agir sous l’autorité d’un pouvoir politique cohérent et légitime. Depuis le 12 avril dernier, le Mali dispose d’un Président de la République qui tire sa légitimité de la Constitution du 25 février 1992. Mais le climat de suspicion demeure du côté de la junte qui s’interroge sur la persistance de pratiques néfastes au développement du pays, après 20 ans d’exercice démocratique du pouvoir politique. Cette explication ne doit pas justifier la velléité du Cnrdre de s’ériger en junte sentinelle qui doit veiller sur les bonnes pratiques.

Ce faisant, le Comité s’éloignerait de son rôle constitutionnel et le risque serait grand de faire cavalier solitaire. Certes le Capitaine Sang peut avoir eu à accompagner le processus démocratique, mais encore faut-il que le Cnrdre trouve les mots justes pour expliquer qu’il n’œuvre que pour un Mali politiquement fort, militairement fier, qui soit à mesure de lever la tête dans le concert des Nations.

Comment démontrer son désintérêt, en regardant les hauteurs comme si l’on surveillant du lait sur le feu ? En cherchant une solution malienne à la crise multiforme du Mali, le Capitaine a proposé une convention nationale que les politiques soupçonnent d’être une voie royale de légitimation du fait Cnrdre. Certes une solution endogène à la crise serait un idéal, mais faut-il craindre que cette vue ne soit purement une utopie et qu’elle ne conduise droit au mur, après des échecs accumulés. Et surtout qu’elle ne soit un boulevard pour la junte au pouvoir.

Chat échaudé craint l’eau froide, les armes ne s’accommodant pas aux urnes. Le Comité militaire de Libération nationale (Mln) a porté le Lieutenant Moussa Traoré au pouvoir en 1968. Il est resté à la tête de l’Etat jusqu’en 1991 où un coup d’Etat l’en a écarté à la faveur d’un mécontentement populaire généralisé. Le Cmln a servi comme un mauvais précédent. Puis le héros du 26 mars, le Lieutenant Colonel Amadou Toman Touré, sorti de la transition le 8 juin 1992, s’est mué en candidat sans galons en 2002.

Après un mandat de cinq ans, il rempile en 2007. Ce ne fut pas une bonne idée, mais il a eu des accompagnateurs pour le sortir par la petite porte. Ces raisons sont-elles suffisamment graves pour se méfier du Cnrdre dirigé par le Capitaine Sanogo ? La situation politique actuelle pourrait fournir une piste.

B. Daou

Le Républicain du 17 Mai 2012