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Si le tombeur d’Att a des fans, Mary Beth Leonard, l’ambassadrice américaine à Bamako, n’en fait pas partie. Ni elle ni l’administration Obama dont Victoria Nuland. C’est à cette porte-parole de la Maison Blanche que l’on doit la toute première déclaration américaine qui, dès le 24 mars soit deux jours après la prise de pouvoir par le Capitaine Sanogo, réclamait le retour d’Att en tant que seul président légal du Mali. Il est vrai qu’elle a dû se contenter de se féliciter dix jours plus tard de la prestation de serment de Dioncounda Traoré en avril, non sans avoir insisté sur la poursuite sans entrave du processus de retour à l’ordre constitutionnel. Une mise en garde très fréquente dans les déclarations de Washington. Y compris celles du plus haut diplomate américain chargé de l’Afrique. Lors de sa visite malienne de juillet, Johnnie Carlson qui a rencontré le Premier ministre et des acteurs politiques, mais non le Cnrdre, avait exigé le retour de l’armée dans les casernes ajoutant sans détours que son pays supportait pleinement les efforts de la Cedeao pour la résolution de la crise malienne. Le message se laissait facilement décoder par Bamako dont l’institution sous-régionale est loin d’être le chouchou.

Quant à l’ambassadrice, on ne peut pas dire qu’elle ait été avare de déclaration depuis mars où elle a réfuté les rumeurs qui donnaient Att pour réfugié à la chancellerie Us. Elle aura d’autres prises de position. Sur l’agression du président intérimaire en mai, ses mots ont résonné fort tout comme en juillet, sa déclaration sur les attaques contre les journalistes. Dernière déclaration de la remuante diplomate : le 27 août, où se félicitant de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, elle exprime clairement son scepticisme pour tout rôle confié au Capitaine Sanogo avant de recommander le retrait pur et simple du Cnrdre du champ politique.

C’était pour la nième fois. Ce message, Mary Beth Leonard l’a répété à travers maintes interviews depuis le putsch du 22 mars. Au point que plusieurs Maliens en soient arrivés à se demander si les Américains n’étaient pas en train de faire de la fixation sur le Capitaine Sanogo.

Début d’explication : « pas de prime à un putschiste » est la doctrine américaine en la matière, dit-on du côté des Yankees. Et puis le dépit amoureux ? « Sanogo avait bénéficié de plusieurs formations aux Usa dont une sur le respect de la hiérarchie dans l’armée », confie un diplomate américain. Est-ce à dire que pour les Etats-Unis, il s’agit de montrer très clairement qu’ils ne sont ni de près ni de loin associés au putsch du 22 mars ? Ils ne pouvaient pas s’y prendre autrement si c’était le cas. Et ne voulant pas savoir si le 22 mars était d’abord une mutinerie, donc un mouvement d’humeur, les diplomates américains ne décolèrent pas de ce que le putsch ait eu lieu à deux mois d’une alternance constitutionnelle qui devrait voir Att remettre le témoin à son successeur élu. Théoriquement en tout cas.

Plusieurs efforts de persuasion ont été tentés envers les Américains pour qu’ils comprennent que le Haut Conseil d’Etat n’est pas une institution mais une structure ad hoc pour la durée de la transition et que par conséquent Sanogo ne sera pas le vice-président du Mali. Mais la couleuvre est trop grosse pour les Américains. Bamako « comprend » mais pas Washington qui fait le parallèle entre le Capitaine ciblé et Joe Biden le vice-président américain. Du coup, l’idée même du Haut Conseil d’Etat est devenue radioactive à Aci 2000 où les Américains ont leur bunker. Si elle n’a pas évoqué la question au micro de l’Ortm, il n’est pas exclu que la diplomate Us connue pour n’avoir pas la langue dans la poche ait fait savoir ses réserves au président Dioncounda Traoré à son audience du week-end dernier. L’intransigeance américaine naît-elle alors de la tolérance zéro pour les putschs ? Washington dirait oui. Mais pour certains observateurs ici, les Yankees ont décidé de charger la junte pour faire oublier leurs carences dans la surveillance de la gouvernance malienne ces dernières années..

En tout cas, le Millenium Challenge Account dont le Mali a bénéficié n’est censé encourager que les pays où la bonne gouvernance est une réalité et l’Etat acquis au principe démocratique. Le 22 mars a montré ses limites des indicateurs, selon nombre d’analystes. En privé, on sait que quelques chancelleries dans la capitale malienne n’hésitent pas à trouver qu’elles ont été complaisantes vis-à-vis de la gouvernance malienne avant le 22 mars. Les Usa trouvent cependant que c’est le putsch du 22 mars qui a précipité la descente aux enfers du Mali en faisant de Aqmi la terreur de Washington, l’un des nouveaux maîtres du jeu sahélien. Johnnie Carlson l’a dit à des congressmen le 29 juin. Et l’administration Obama y croit dur comme fer. Seul salut alors pour Washington : aller très vite aux élections quitte à faire libérer le Nord par le régime élu qui aurait la légitimité nationale et internationale pour s’attaquer aux défis du Mali. Idée attrayante et pertinente. Mais pour la faire appliquer, Washington devra se battre contre bien plus de monde que le Capitaine Sanogo.

Adam Thiam

Le Républicain du 5 Septembre 2012