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Malgré le fair-play de Soumaila Cissé :

• La démocratie malienne est loin d’atteindre sa maturité

• Pourquoi IBK doit reconnaitre un chef d’opposition

Notre pays, depuis l’avènement du multipartisme, il y a plus de 20 ans, peine toujours à retrouver sa noblesse pour une démocratie digne de nom. Accepter les résultats des élections est, certes, un acte démocratique mais ce geste à lui seul ne suffit pas pour dire qu’un pays a atteint sa maturité démocratique. Encore, faudra-t-il que les partis ou les regroupements politiques vaincus aient le courage d’aller jusqu’au bout du processus démocratique pour former une opposition républicaine et constructive.

En effet, nombreux sont les maliens à se réjouir du geste de Soumaila Cissé qui s’est rendu, le lundi 12 août 2013, chez son rival, IBK, au 2ème tour de l’élection présidentielle malienne, pour lui féliciter de sa victoire. Nous nous joignons également à ceux-ci pour dire que ce geste de l’enfant de Nianfunké est très salutaire en matière de démocratie. Mais, contrairement à certains observateurs politiques, nous ne dirons pas que ledit geste place le Mali dans le peloton des pays africains cités en exemple en matière d’une démocratie digne de nom. Il faudra attendre le reste du processus pour pouvoir se prononcer définitivement. Après la défaite du candidat Soumaïla Cissé, l’URD et les autres partis membres du FDR accepteront-ils d’animer l’opposition ? C’est la principale question qui taraude les esprits.

En attendant la réponse à cette question, qui ne devrait pas tarder, nous confirmons que la démocratie malienne, arrachée dans le bain de sang, n’a pas, jusque là, connue une opposition digne de nom et d’alternance politique à qui le statut d’opposition a été attribué.

A commencer par le Coppo qui a finis, et sous l’effet de la répression, par renoncé à son objectif d’alternance face au régime (d’Alpha Oumar Konaré avec IBK comme Premier ministre) de l’époque. Ensuite, le groupe parlementaire d’opposition: RPM-Parena-Sadi) qui a fini par s’éclaté après la rentrée dans le gouvernement du RPM et du Parena dans le gouvernement de Mariam Kaidama Cissé. Cette situation rappelle l’entrée du Cnid et du RDP, véritables partis d’opposition dans le gouvernement d’Abdoulaye Sékou Sow par la voie de la gestion consensuelle du pouvoir. Cette forme consensuelle de gestion du pouvoir est très contestable car outre qu’elle tue l’opposition, elle est contraire à la démocratie qui est un système où l’opposition doit exister et exercer sa fonction tribunicienne et son rôle d’alternative pour accéder au pouvoir et mettre en œuvre son programme. Certains observateurs politiques attribuent cette faiblesse à l’absence d’institutionnalisation du rôle de l’opposition.

Si opposition il y a au terme du présent processus électoral où c’est IBK qui dirigera la destinée du Mali pendant 5 ans (2013-2018) ce dernier ne doit-il pas reconnaître un chef d’opposition qui occupera rang de ministre ? A l’affirmative, il aura réussi là où le président déchu, Amadou Toumani Touré, s’est contenté d’une simple déclaration.
Rappelons à ce niveau que le Mali dispose d’un statut de l’opposition à travers la loi n° 95-073 du 15 septembre 1996 modifiée par la loi n° 00-047 du 13 juillet 2000. Malheureusement, cette loi n’est pas appliquée dans toute sa rigueur.

Qu’entend-t-on par statut de l’opposition ?

On entend par statut de l’opposition l’ensemble des règles définissant les droits et les devoirs de l’opposition considérée comme un élément essentiel de la démocratie et du jeu républicain.

Entendu ainsi, on peut dire que de même que tout Etat a une constitution, qu’elle soit écrite ou coutumière, de même toute démocratie pluraliste doit avoir un statut de l’opposition, que celui-ci soit principalement coutumier, dispersé dans plusieurs textes (constitution, règlement intérieur de l’Assemblée, autres lois), ou consigné dans un document écrit et unique.

Les préalables à un statut consensuel de l’opposition

La démocratie pluraliste, telle qu’elle se répand sur la surface du globe, est une invention de l’occident. Dans les démocraties occidentales, les notions de majorité et opposition leurs relations dans le cadre d’un jeu démocratique supposent des élections libres, sincères, démocratiques dont les résultats sont acceptés par les deux partis. C’est parce que cette condition n’est pas remplie par beaucoup de pays africains, qu’un statut de l’opposition parlementaire, même s’il en existe, risque faute d’application et d’opposition digne de rester lettre morte. L’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes est donc le premier préalable à l’adoption d’un statut consensuel de l’opposition. Ajoutons que ces éléments doivent être organisés conformément à une loi électorale qui recueille l’assentiment des principales forces publiques du pays.

Aussi, une véritable campagne d’éducation des leaders politiques et des masses est nécessaire afin que chacun comprenne qu’à défaut d’être des adversaires, majorité et opposition doivent être des partenaires compréhensifs. Que leurs relations doivent être régies par les principes souvent érigés au rang de valeurs respectables : concurrence en vue de la conquête du pouvoir, ce qui demande surtout à la majorité de comprendre que l’opposant n’est pas un criminel, un bandit de grand chemin, mais un honnête citoyen qui exerce un droit reconnu par la constitution ; tolérance dans son exercice ;…

L’éducation politique des leaders des partis politiques et des masses et l’établissement de listes et cartes électorales fiables constituent le second préalable à l’adoption d’un statut de l’opposition.

L’opposition et la majorité doivent en outre comprendre que leurs querelles intéressent peu le peuple, que celui-ci n’aspire qu’à la satisfaction de ses besoins essentiels qui ont pour noms : la faim, la soif, la pauvreté, l’alphabétisme, l’exclusion, la santé,…

L’élection d’Ibrahim Boubacar Keita permettra-t-elle d’inculquer cette culture démocratique aux acteurs politiques maliens? Pas si sûr, rétorquent certains sceptiques qui estiment déjà qu’IBK est entouré par des ‘’politiciens’’ d’une autre époque prêts à tout pour satisfaire leurs intérêts personnels. Dans tous les cas, la reconnaissance d’un chef de l’opposition s’impose si notre pays aimerait intégrer la cours des nations toujours citées en exemple en matière de bonne démocratie.

Moussa Touré

Le Prétoire du 15 Août 2013