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Six mois de prison avec sursis. C’est le verdict que vient de rendre le tribunal de première instance de la commune III à l’encontre des leaders de la Coordination Patriotique du Mali (COPAM) et de ceux du mouvement dénommé «Yèrè Wolo Ton» après les avoir reconnus coupables de «troubles graves à l’ordre publique». Les accusés comptent faire appel de cette décision.

Les trois leaders du mouvement Yèrè Wolo Ton (Boubacar Boré, Yacouba Niaré et Mamadou Sangaré), accusés de «troubles graves à l’ordre publique», ont été reconnus coupables par le tribunal et condamné chacun à six mois de prison avec sursis. Comme eux, les trois personnalités de la COPAM (Hamadoun Amion Guindo, Younouss Hamèye Dicko et Rokia Sanogo) ont été sanctionnées de la même peine. Si les responsables de la COPAM avaient initialement été prévenus pour les mêmes charges que celles de Yèrè Wolo Ton, le tribunal a finalement disqualifié la coordination de l’accusation de «troubles graves à l’ordre publique». Ces derniers ont finalement été condamnés de «complicité» d’actions avec Yèrè Wolo Ton.

La décision est tombée ce 28 août 2012. «C’est une manière de faire taire ceux qui veulent faire sortir le pays de cette crise. Nous ne baisserons jamais les bras et l’histoire jugera», a dénoncé Me Mariam Diawara, avocate des accusés. Pour son collègue Me Moussa Keïta, qui s’occupe spécifiquement de la défense des responsables de la COPAM, ni l’enquête ni les débats n’ont démontré une complicité de la COPAM avec les responsables de Yèrè Wolo Ton. «Nous, avocats de la défense, allons nous concerter pour examiner les recours appropriés qu’on va exercer contre la décision qui vient d’être prononcée», a souligné Me Keïta.

Si le président du tribunal, Karamoko Diakité, au cours de l’audience publique et contradictoire du 7 août, avait souligné qu’il «ne s’agit pas d’un procès de la tentative d’assassinat du Pr. Dioncounda Traoré» comme le laissait croire la presse malienne, il n’en demeure pas moins que l’agression du président de la République par intérim a occasionné cette action judiciaire. Les prévenus avaient tous plaidé non coupable.

60 000 personnes dans la rue

A l’endroit de la COPAM, l’accusation concerne donc l’organisation de la convention nationale suivie d’une marche sur la primature le 21 mai. Pour le mouvement Yèrè Wolo Ton, elle avait trait aux manifestations successives de l’organisation (y compris le sit-in prolongé devant l’Assemblée nationale au lendemain du coup d’Etat).

Pour rappel, la COPAM à la faveur d’une tension sociale extrême avait organisé une «convention nationale». Cette concertation qui s’est tenue au Centre International des Conférences de Bamako (CICB) a mobilisé des milliers de personnes mais les initiateurs de la rencontre se défendent d’avoir invité 500 personnes. Avant l’ouverture des assises, les conventionnaires ont décidé d’adresser un message au chef du gouvernement à la cité administrative.

Ce qui a engendré une marche spontanée à laquelle ont pris part des milliers de personnes. En fait, la rencontre se tenait au lendemain de la signature d’un accord entre le Comité National de Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’Etat (CNRDRE) et des émissaires de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) faisant du président de la République par intérim, le président de la transition d’une durée de douze mois. Ce qui a irrité certaines couches sociales qui militent pour un changement radical après le coup d’Etat du 22 mars.

Ce 21 mai donc, «tous les artères principaux de Bamako étaient occupés par les manifestants», avait souligné, le 7 août, le procureur, Sarambé Coulibaly. Le Président de la COPAM, Hamadoun Amion Guindo, au cours de cette audience avait estimé à 60 000 le nombre de personnes qui auraient manifesté ce jour, clamant une légitimité populaire à son action. «Nous avons invité 500 personnes, les autres, nous ne les connaissons pas», a expliqué le Pr. Younouss Hamèye Dicko.

Le tribunal a brandi l’illégalité de la COPAM qui ne dispose pas de récépissé, les accusés et leurs avocats avaient rétorqué que l’organisation est constituée de partis politiques, de syndicats et d’associations légalement constitués. Mieux, proteste les avocats, la COPAM a été consultée par le président de la République comme regroupement politique en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Seydou Coulibaly

28 Août 2012

©AFRIBONE