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Vingt ans de tripatouillage des textes fondamentaux de la République par Alpha Oumar Konaré et ATT. Lorsqu’Alpha Oumar Konaré, invité de RFI, déclarait qu’il faut éviter à tout prix le retour des militaires au pouvoir en Afrique, il savait de quoi il s’agissait.

Les faits sont patents aujourd’hui, puisque le général ATT a presque révisé toutes les lois fondamentales du Mali. La dernière loi modifiée est celle portant modification de la loi électorale de septembre 2006. Qui dit la nouvelle loi, dit nouvelle application qui commencera par lui-même. Les constitutionnalistes ne démentiront pas notre hypothèse. Les juristes dit-on sont pleins de confusions. Et la loi est toujours interprétée en faveur du prince du jour.

ATT n’a-t-l pas pris soin de mettre ses hommes aux postes clés de la justice ? Des modifications des textes fondamentaux qui montrent suffisamment le désir d’ATT de rester au pouvoir en 2012. Comment comprendre la tenue d’un référendum constitutionnel en avril 2012 dont le coût s’élève à 9 milliards de FCFA ?

Vingt ans d’exercice démocratique n’ont pas changé les mauvaises conditions de vie des Maliens. La démocratie a servi à saper les fondements de notre société, à pousser les Maliens vers le gain facile.
De mémoire de Malien, on n’avait jamais assisté à un pillage systématique du patrimoine national que sous la démocratie Konaréenne et sous le consensus d’ATT. Le tableau de la situation politique actuelle devient de plus en plus ambigu.

Sa compréhension est aisée par l’homme de la rue qui au delà des programmes et projets ne voit que la personne des leaders politiques ; pour celles ou ceux qui identifient les différences sur la base des programmes et des formations politiques et de l’orientation économique, politique et sociale de ces formations, il n’y a aucun doute les repères sont brouillés.

Deux grands regroupements politiques sont nés au gré des évolutions de la situation politique. L’Alliance pou la démocratie et le progrès(ADP) composée initialement de l’ADEMA/PASJ, l’URD, le CNID, le PSP, le MIRIA, le PCR, l’USRDA, le PIDS, le PDJ, le MPR. Le FDR (Front pour la démocratie et la République) composé du RPM, de Convergence 2007, du PARENA, de la CDS, de l’ADJ, la COPP… Chacun des deux grands rassemblements a l’avantage ou l’inconvénient de concilier le chou et la chèvre !

Ni gauche ni droite ! La politique, c’est la politique ! Pourvu que les ambitions nourries se réalisent. Les méthodes et les choix comptent très peu ici. Les positions se sont cristallisées et chaque rassemblement se retrouve autour d’un dénominateur commun et qu’il partage : la démocratie.
Cet idéal démocratique, l’Alliance pense qu’il est préservé et garanti autour du soutien de la candidature du président ATT (qui ne s’est pas encore décidé publiquement) et le FDR, pour sa part, pense que le maintien d’ATT au pouvoir après 2007 est une «menace pour la démocratie».

Ces deux camps avaient un point commun en ce qu’ils ont été tous aux affaires de l’Etat : soit ensemble dans le même gouvernement ; soit en étant dans des institutions différentes. Il ne faut donc pas se faire d’illusions. Le consensus n’a jamais été un mode de gestion concertée des affaires publiques, il n’est et ne saurait être qu’un complot monté de toutes pièces contre le peuple par un groupe de prébendiers dont la seule différence avec les rebelles reste la nature des armes utilisées.

En fait, c’est le président Alpha Oumar Konaré qui a passé le flambeau à Amadou Toumani Touré dans des conditions très controversées en bafouant la volonté populaire. C’est important pour l’histoire et pour les débats aujourd’hui et de demain. La leçon à retenir est qu’au Mali le peuple vote mais sa volonté n’est pas prise en compte. Il est marginalisé.

Que le candidat IBK et l’ancien président Konaré se réconcilient aujourd’hui après douze (12) ans d’indifférence, c’est tant mieux pour les relations personnelles. Mais politiquement, il nous faut des explications crédibles et convaincantes.

La question est de savoir si les raisons qui ont dicté au président Konaré, son comportement qui a consisté à priver IBK ou Soumi de leur victoire, si ces raisons ont disparu. IBK commet des erreurs graves en disant qu’il veut «rétablir l’Etat dont le président Konaré et lui avaient rêvé» (Le Challenger n°334).

Alpha et ATT tirent Modibo

Lorsque mon camarade de lutte Oumar Mariko affirme : «Si Modibo Sidibé est candidat c’est qu’il y a ATT derrière». Il est dans les secrets du duo Alpha -ATT pour un éventuel complot qui se dessine contre la démocratie au Mali.

Au cas où ATT ne pourra pas mettre son dessein à exécution, Modibo Sidibé sera là. Comme en 2002, c’est le même scénario qui risque de frapper les candidats des partis politiques. Les vieux grands partis politiques enregistrent déjà des démissions. Au profit de qui ? Les jours à venir nous édifierons.

Pour ma part, l’absence de débat politique cache bien les desseins inavoués d’Alpha Oumar Konaré qui a bafoué notre démocratie, car l’ADEMA PASJ d’après le doyen Boubacar Keita n’est autre que le crachat de l’ex-UDPM prédestinait notre pays à ce sabotage. Mais pour quelle raison ? Allez savoir auprès du «professeur de la démocratie en Afrique».

Dans tous les cas, le duo Alpha- ATT n’augure rien de bon pour les Maliens.
La méthode Alpha : La troisième République est une succession de scandales au moment où les partenaires imposaient à notre pays la lutte contre la délinquance financière et de violation flagrante des textes fondamentaux de la République.

Le bateau de pétrole de Sani Abacha : Un bateau rempli de pétrole en vente a eu comme intermédiaire notre ancien président, chantre de la démocratie en Afrique. Une affaire rocambolesque dont les ramifications ont eu des répercutions fâcheuses sur notre ancien président.
En condamnant le passe-passe constitutionnel de Faure Gnassingbé et le maintien de Bongo au pouvoir, ces deux personnalités lui ont rappelé à l’ordre parce que le bateau avait transité par leur pays avant sa destination finale.

Alpha achète la villa d’Adama Traoré dit Adama BIAO à 300 millions pour la revendre à l’Etat à 600 millions de C FA. La transition a adopté une loi qui accorde, la gratuité du logement aux anciens présidents démocratiquement élus.
Alpha pris le devant en achetant dans un premier temps un domaine à Djikoroni sur la berge du fleuve Djoliba (actuelle villa qui abrite la famille du général Moussa Traoré, ancien président) à 300 millions de F CFA, propriété d’Adama Traoré, ex-PDG de la BIAO.

Paniqué par les rumeurs de plus en plus persistantes circulant à Bamako et avec l’air du temps, Alpha Oumar Konaré vend ledit domaine à l’Etat malien à 600 millions de F CFA.

21 milliardaires tous des démocrates

En avril 1999 une mission de la Banque mondiale conduite par Jacke Tiswork, un expert de la BM, a, dans un rapport intitulé les Lignes de travail dans la lutte contre la corruption, décelé 21 milliardaires de la démocratie au Mali.
Politiquement, c’est grave dans la mesure où l’Etat sous Konaré n’a pas pu effacer l’image qu’il a laissée d’avoir permis la promotion de 21 milliardaires, selon la Banque mondiale.

ATT emprunte les mêmes voies qu’Alpha en matière des violations des textes fondamentaux du pays. Pis, il procède à leurs toilettages qui aboutissent à de nouveaux textes. Les révisions des textes fondamentaux ont été rendus possibles par l’Assemblée nationale du Mali. Mais la crédibilité du régime ATT est sérieusement entamée : amplification de la délinquance financière, atterrissage d’Air cocaïne dans le Nord Mali, insécurité dans le Nord avec son lot d’enlèvements de touristes.

60 milliards de FCFA de la BCEAO de Man (Côte d’Ivoire) investis au Mali
Le dossier de 60 milliards de la BCEAO de Man est pendant devant la justice. Les fonds pillés de la BCEAO de Man ont été investis au Mali. Ce pactole, pillé dans les caisses de l’agence BCEAO de Man en Côte d’Ivoire par le chef rebelle A.B en direction du Mali en 2005, aurait profité à certains cadres civils et militaires du régime en place.

Le chef rebelle, Abdoulaye Traoré dit A.B, aurait bénéficié de la complicité de la Sécurité d’Etat du Mali. Selon Me Sidi Abbas Coulibaly, les cassettes de l’enregistrement de remise d’argent à des hautes personnalités maliennes existent. Le Mali continue de subir cette humiliation.

Autre humiliation, c’est la démission forcée de M. Dacoury Tabley, gouverneur de la BCEAO dont la présidence tournante était assurée par ATT.

La règle d’or du régime ATT est connue : «Personne ne souffle mot, chacun attend son tour», le seul recours du peuple reste les intellectuels.
C’est ainsi qu’en 2002, ATT ayant laissé entendre son fameux slogan : «Si tu bouffes, tu paies», certains cadres avaient décidé de travailler consciencieusement. Mais hélas, ils seront mis à la touche.

L’ex-Vérificateur général, Sidi Sosso Diarra, a été la cible du pouvoir ATT. Il a même frôlé la prison. Sous ATT, les modes d’exercice de son pouvoir ne sont pas conformes avec les normes d’un régime démocratique.

Au Mali, rien n’est encore joué pour la présidentielle, car Alpha Oumar Konaré garde un mutisme déguisé. Son épouse, dans son livre intitulé «L’os de la parole», compare le pouvoir à un don du ciel qui luit tous les dix ans pour un homme et son clan pour leur bonheur et leur prospérité.

Nommé conseiller spécial du président ATT chargé du Nord Mali, Soumeylou Boubèye Maïga, fondateur de Convergence 2007, quittait le FDR en 2008 pour la majorité présidentielle ADP dont son parti l’ADEMA est membre.
Le 17 janvier 2012, il fait parler de lui à travers son association ASMA. Et tenez-vous bien avec un film documentaire sur ses activités. Lorsque la candidature d’ATT a été effective en 2002 devant une kyrielle de candidats à la présidentielle, une fronde a aussitôt surgi au sein de l’ADEMA, commanditée par Soumeylou B. Maïga pour faire échec au candidat désigné par le parti, Soumaila Cissé.

Aujourd’hui, contre la candidature d’un autre candidat de surcroit membre des forces armées et de sécurité, Boubèye demande à la classe politique de se mobiliser pour l’élection d’un nouveau président issu de leur rang. Dès lors, les choses se compliquent pour les candidats toutes tendances confondues de la ruche : Dioncounda Traoré, Soumaila Cissé et Ibrahim Boubacar Keïta.

Je doute fort que le soutien d’ATT ou d’alpha Oumar Konaré puisse peser dans la balance auprès des partenaires au développement. Et pour cause : le Mali sous Alpha a viré dans la kleptocratie. Dix ans plus tard, le Mali, c’est l’amplification de la délinquance financière.

Lorsque le général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales dit : «Avec l’aide de Dieu, les élections se feront». Moi, je dis plutôt qu’avec le nouveau dispositif de commandement mis en place dans les régions, cercles ; les services chargés des élections dirigés par des militaires, les élections se feront contre les partis politiques.
Ainsi, le Mali ira tout droit vers un scénario à la Wade.

Le prix Kéba M’baye, remis par Abdoulaye Wade au général Amadou Toumani Touré, illustre bien beaucoup d’accointances entre les deux hommes.

Safounè KOUMBA

31 Janvier 2012