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Les autorités se targuent de pouvoir tenir le pays jusqu’à présent en évoluant principalement avec les ressources intérieures, après le retrait des partenaires techniques et financiers au lendemain du coup d’Etat du 22 mars 2012. Le mérite en revient aux entreprises qui ont su surfer entre les vagues pour ne pas sombrer. Mais, le gouvernement semble ignorer ces efforts, en multipliant ses charges, notamment par l’augmentation du nombre de ministres, alors que dans peu de temps, il faudrait encore supporter l’effort de guerre pour récupérer le nord du Mali. Est-ce une raison pour harceler les entreprises au plan fiscal alors qu’aucune mesure n’est prise pour soutenir l’économie réelle ?

Bien avant le coup d’Etat du 22 mars 2012, les entreprises maliennes souffraient terriblement de l’absence d’accompagnement véritable des pouvoirs publics qui se contentaient de rencontres à n’en pas finir pour ressasser à chaque fois les mêmes promesses. Pendant ce temps, les opérateurs économiques tiraient le diable par la queue s’ils le voient d’ailleurs pour sauver leurs affaires, mais aussi engraisser l’Etat à travers les impôts et taxes.

L’on se rappelle que lors de la Journée consacrée à l’industrialisation de l’Afrique par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), au mois de novembre dernier, l’Organisation patronale des industriels du Mali (Opi) avait saisi l’occasion pour démontrer au gouvernement d’alors, conduit par Mariam Kaïdama Sidibé, que l’industrie malienne a besoin d’un plan de sauvetage en urgence, pour survivre dans un espace communautaire où elle est de plus en plus défavorisée par les mesures édictées par les organisations communautaires et le manque d’initiatives d’accompagnement de l’Etat malien.

Des promesses, encore des promesses. Telles ont été les réponses du gouvernement qui, visiblement, avaient d’autres chats à fouetter comme l’organisation d’élections et la gestion des états d’âme des dirigeants syndicaux qui agitaient à tout moment l’épouvantail du préavis de grève.
Entre temps, le régime Att a été écrasé par les chars de combat et Brdm du jeune capitaine Sanogo qui a su exploiter le malaise général dans le pays et surtout la colère des militaires de plus en plus humiliés par les nombreux «replis stratégiques» obligés et dictés au plus haut sommet de l’Etat et qui ont fini par les faire passer pour des fuyards devant l’ennemi.

Faire face aux contraintes de l’environnement des affaires

C’est là où il faut d’ailleurs comprendre la réaction de quelques opérateurs économiques et pas des moindres- qui sont allés faire allégeance à la junte militaire dès les premières heures du coup d’Etat. C’était comme une séance d’exorcisme qui les libérait du malaise qui les étreignait du temps du régime ATT où non seulement ils devaient faire face aux contraintes de l’environnement des affaires, mais supporter de façon stoïque les agissements des fonctionnaires des ministères, du service des Impôts, des Douanes, etc.
C’est à croire qu’être opérateur économique devrait être le dernier métier à choisir au Mali, tellement il faut subir le manque de considération et les brimades morales pour espérer pouvoir encore exercer ses activités.

Aux Etats unis, Bill Gates le fondateur de Microsoft est plus adulé que Barack Obama parce que dans ce pays on voue presque un culte à l’opérateur économique eu égard au rôle qu’il joue dans la construction de la prospérité économique. Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra en sait quelque chose.
Des accords aux répercussions négatives sur nos entreprises.

En France, on a vu comment Sarkozy chouchoutait le Medef au point de mener des missions commerciales uniquement destinées à décrocher des contrats de plusieurs milliards Fcfa pour les entreprises françaises.

Tout le monde voit aussi comment la Chine soutient ses entreprises en les encourageant à percer dans l’export et plus près de nous, au Sénégal comme en Côte d’Ivoire, il y a eu des politiques destinées uniquement à rendre leurs entreprises plus compétitives dans l’espace Uemoa voire de la Cedeao.
Mais au Mali, l’entrepreneur est un laissé pour compte. Il doit, par son ingéniosité et son audace affronter les dures réalités du marché communautaire, sans l’appui de l’Etat dont les fonctionnaires et cadres qui signent les accords internationaux connaissent les répercussions négatives sur nos entreprises des pays dits de l’Hinterland.

Pression fiscale pour remplir les caisses de l’Etat

On croyait tout cela fini avec le coup d’Etat, mais que nenni ! Non seulement des opérateurs économiques ont été braqués par des éléments des forces armées et de sécurité qui les ont spoliés de leurs produits et recettes de plusieurs jours, mais en plus une pression fiscale nulle autre pareille est en train de s’exercer sur les entreprises parce que l’Etat a besoin de remplir ses caisses qui sonnent désespérément vides. Qu’adviendra-t-il lorsqu’il faudra soutenir l’effort de guerre une fois démarrées les opérations de récupération des zones occupées au nord du Mali?

C’est pourquoi, le secteur privé national, aujourd’hui émietté par la création d’une foultitude de chambres consulaires et d’organisations diverses et variées, doit savoir s’organiser pour faire face, parler et agir d’une même voix. Les chefs d’entreprises doivent bien prendre exemple sur les politiques qui savent faire bloc quand il le faut, pour taire leurs divergences et défendre leurs intérêts.

Raison pour laquelle, au mali il n’y a pas d’alliances, mais des combines politiciennes. Même en cette période de crise, ils ne cessent de se mobiliser au nom du Mali parfois on en doute mais l’économie réelle, que représente l’ensemble des entreprises, est toujours oubliée. Du moins, on pense à elle que lorsqu’il s’agit de la saigner.


Birama FALL

03 Septembre 2012