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Tout le monde y va de son grain de sel, à l’image de ce petit quincaillier du Dibida. « Que dire de la situation de quelqu’un qui, naguère, faisait des recettes journalières d’un million de FCFA et qui, aujourd’hui, fait difficilement 200 000 FCFA par jour ? » se demande-t-il. « L’argent ne circule plus » tel est le refrain national qui alimente les conversations à Bamako et sur l’ensemble du territoire national.
Cette impécuniosité générale ambiante survient à un moment où, il faut le dire, les salaires sont payés à terme échu où, à en croire le ministre de l’Economie et des Finances, l’Etat arrive à payer honnêtement ses dettes intérieures, c’est à dire les dettes qu’il doit aux opérateurs économiques nationaux.

L’inflation, selon toujours les sources officielles, est maintenue dans les limites du raisonnable. Même s’il faut relativiser ce point de vue avec la flambée continue des prix des hydrocarbures. Un processus susceptible d’éroder de façon sensible le pouvoir des masses laborieuses. Des salaires payés à temps, l’Etat qui règle ses fournisseurs et malgré tout, « conjoncturés », les Maliens n’en finissent plus de broyer du noir. Devant ce tableau peu reluisant, un constat crève les yeux : pour stratégiques qu’ils soient au plan macro-économique, les salaires ne constituent pas cependant les seules sources de revenus pour les Maliens.

En poussant loin l’analyse, l’on peut même soutenir qu’ils ne constituent pas la principale source de revenus. Au-delà des facteurs exogènes tels la flambée du prix du pétrole, l’insuffisance de la pluviométrie exacerbée par l’invasion acridienne, les causes de la conjoncture actuelle sont aussi à rechercher dans un ralentissement de l’activité économique. L’on est fondé à pointer un doigt accusateur sur le gouvernement Pinochet dont la baisse de régime est manifeste comme peut en témoigner le taux de réalisation des activités programmées au titre du premier trimestre de 2005 qui est tombé à 69,2%.

Cette tendance est symptomatique d’un certain essoufflement de l’attelage gouvernemental Faut-il changer de cocher ou seulement réajuster l’attelage ? C’est à ATT de trancher la question. Toujours est-il qu’il urge de relancer la machine économique. Il est inconcevable qu’au moment où les bras valides s’enfoncent, chaque jour Dieu fait, dans le pessimisme, des dossiers stratégiques pour le pays continuent de dormir dans le fonds des tiroirs.

Le dossier de l’AGOA qui aurait pu faire gagner au Mali des dizaines de milliards de FCFA, tout en créant des milliers d’emplois, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Il est également loisible au président de la République d’initier de grands travaux pour résorber le chômage et ou relancer machine économique très grippée par la consommation. Pour ce faire, l’augmentation conséquente des salaires et la prise en compte des diverses revendications sociales constituent des pistes à explorer. Ne dit-on pas que le moral des ménages conditionne le développement économique ?

Dans tous les cas, il s’agit de faire preuve d’imagination et de courage pour sortir le pays de l’immobilisme actuel. Afin que l’argent commence à circuler de nouveau pour tous les Maliens.

Yaya Sidibé

22 avril 2005