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Malick Coulibaly, un jeune magistrat malien en exercice à Kati où il était substitut du procureur de la république, vient de jeter l’éponge. Le juge entend par cet acte protester contre l’instrumentalisation de la justice malienne qui n’est plus qu’un secret de Polichinelle. Refusant de se plier à une décision dictée par un supérieur hiérarchique contre son intime conviction, il a tout simplement démissionné. Pour avoir voulu assainir la justice, un ministre malien a été sacrifié par le président ATT, à la demande des juges. Quelle peut être la portée de la démission d’un jeune magistrat ?

« Je ne peux pas accepter que la justice de mon pays soit instrumentalisée ». C’est par cette phrase pathétique que Malick Coulibaly, substitut du procureur du tribunal de Kati, est monté au créneau hier pour dénoncer les travers de la justice du Mali. Mieux que dénoncer, il a démissionné.

Il a rendu le tablier parce que son éthique, son éducation et ses convictions religieuses ne lui permettent pas de continuer à travailler dans un milieu qui n’a de justice que de nom. Selon certaines indiscrétions, il a estimé qu’il était temps qu’il parte de la justice malienne pour éviter de tomber dans certains travers de la mission que lui confère sa fonction de magistrat. Les Maliens n’avaient aucun doute que leur justice n’est que de nom.

Mais, lorsque c’est un magistrat qui le dit, cela prend toute son importance et doit interpeller plus d’un. La démission de Malick Coulibaly interpelle en premier lieu le Président de la République, chef de l’Etat et Président du Conseil supérieur de la magistrature. La dénonciation des travers de la justice malienne ne date pas d’aujourd’hui. Rien n’est fait pour permettre à ce service d’Etat de jouer pleinement sa fonction dans le développement harmonieux du Mali.

Et comme un navire ivre ou un avion sans pilote, la justice malienne par la faute de certains magistrats est devenu le terreau fertile de l’injustice. Or aucune nation sérieuse ne peut se bâtir dans l’injustice. Il n’est un secret pour personne que l’appareil judiciaire malien est décrié par les citoyens.

Le ministre Ibrahima Ndiaye, alors maire du district de Bamako, avait sur les antennes de la télévision nationale dénoncé tout haut ce que pensent tous les Maliens dans leurs salons. Le courage de l’ancien maire du district lui a valu un procès qui n’a pas épargné Sidiki Nfa Konaté, directeur de l’ORTM. On se souvient également que Me Fanta Sylla, à l’époque bâtonnier de l’ordre des avocats du Mali, lors d’une rentrée des cours et tribunaux, avait déclaré publiquement que le magistrat malien était indépendant de tout sauf de l’argent sale.

On se souvient encore que Maître Abdoulaye Garba Tapo, à la tête du ministère de la justice, avait déclaré la guerre aux magistrats corrompus. La suite est connue de tout le pays. Il a attendu en vain le soutien du président de la République, Président du Conseil supérieur de la magistrature pour réussir ce combat. Pire, il a été désavoué publiquement par celui qui devait être le premier à le soutenir.

L’émérite avocat et professeur exceptionnel de droit a été remercié du gouvernement. Le Président Amadou Toumani Touré avait cédé à la pression au moment où il ne le fallait pas. Aujourd’hui, qui mieux qu’un magistrat peut aider les autorités de ce pays à ouvrir les yeux pour admettre que l’appareil judiciaire du pays est malade du fait de certains de ses animateurs. Telle semble être la profonde signification de l’acte du substitut du procureur de Kati.

La démission de Malick Coulibaly, substitut du procureur du tribunal de Kati, doit convaincre les plus sceptiques qu’il est urgent d’engager des actions salvatrices pour sauver les fondements de la République du Mali. Ce qui vient de se passer à Kati est extrêmement grave. Un magistrat de la République, malgré tout les pouvoirs que lui donne la loi, n’a eu comme solution que de démissionner de sa fonction.

Dans l’histoire du Mali, c’est pour la première fois que cela se passe. Et comme une fois n’est pas coutume, il n’y a aucun doute que le cas de Malick Coulibaly qui était en poste à Kati depuis seulement 8 mois, sera le point de départ d’une série de protestation. Il n’en pouvait plus, il a démissionné. Et les autorités maliennes doivent tirer toutes les conséquences de cette démission pour redorer le blason de la justice malienne.

Mais, avant toutes actions des autorités du pays, il faut admettre que la balle est dans le camp des magistrats. Ceux d’entre eux qui se soucient un tant soit peu du devenir de notre nation doivent se dresser comme un seul homme face à l’arbitraire et le peuple malien reconnaissant sera à leurs côtés pour extraire la mauvaise graine de leurs rangs.


Assane Koné

03 Octobre 2008