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De l’autre côté de la barrière, se trouvent les recalés par manque de chance, d’efforts ou de concentration. A côté on trouve ces milliers d’élèves du primaire et du secondaire qui n’avaient pas d’examen et qui se retrouvent aussi en vacances.

Tous, pour une raison ou une autre, peuvent être tentés de prendre des cours dans la perspective de la prochaine rentrée scolaire : pour combler des points faibles, prendre de l’avance sur le programme de l’année suivante, ou tout simplement pour entretenir la forme et ne pas arriver à la rentrée complètement rouillés.

Pour nombre de parents, ces cours de vacances apparaissent comme une potion magique pour occuper utilement les enfants, les maintenir en éveil, les empêcher de « trop » s’amuser. Ils leur achètent alors des manuels scolaires et parascolaires correspondant à leurs niveaux respectifs, surveillent leurs devoirs de vacances, engagent des répétiteurs.

Très bien pour elle.

Vacances ou non, les parents se soucient énormément de l’avenir de leurs enfants, un avenir qu’ils lient à leur niveau scolaire.

Ils n’ont pas tort, car dans un contexte où trouver du travail devient de plus en plus difficile, une bonne qualification, sans être une garantie, constitue un atout de poids. D’où la pression exercée par des parents sur leurs enfants pour qu’ils cravachent à l’école et l’importance accordée à ces cours de vacances destinés à garder l’enfant constamment en contact avec les études.

Interrogée sur son programme de cours de vacances, Aïcha Diawara, 15 ans, qui a échoué cette année au Diplôme d’études fondamentales (DEF) explique : « J’ai débuté les cours de vacances depuis 20 juillet dernier.

Mes parents en ont décidé ainsi pour que je prépare mon DEF dès maintenant« . « En réalité, c’est moi qui ai soumis cette idée à mes parents. Comme, j’ai décidé de ne pas aller en vacances ailleurs, je préfère suivre des cours pour mieux reprendre la 9è année« , précise la demoiselle.
Sidi Yaya Diawara, le père de Aïcha, approuve : « c’est très bien pour elle.

Les cours de vacances, Aïcha en a toujours suivis. Depuis la classe de la 6è année fondamentale. C’est seulement l’année passée qu’elle n’a pas fait de cours de vacances à cause des voyages. Résultat : l’échec« . Diawara débourse ainsi 50.000 Fcfa par mois pour les cours supplémentaires.

Comme les Diawara, Karim Konaté, un autre chef de famille, apprécie beaucoup les cours de vacances. « Mes enfants aiment trop s’amuser. Ils ne font que jouer au ballon à longueur de journée. Le reste du temps, ils se promènent chez leurs amis.

Leur maman n’arrive pas à le maîtriser. Comme je ne suis pas moi-même tout le temps à la maison, je trouve que les cours de vacances sont la meilleure solution à ce problème« , explique-t-il. En plus d’apprendre sur le plan éducationnel, ajoute-t-il, ses enfants apprennent beaucoup sur le plan social avec leur répétiteur, un enseignant à la retraite. Les cours coûtent 30 000 Fcfa par mois à Karim Konaté.

Pour ces parents, la réussite des enfants vaut cet investissement en argent et en énergie. Les vacances leur apparaissent comme un moment idéal de disposer de temps libre pour permettre aux de rattraper des retards remarqués dans certaines disciplines ou prendre un peu d’avance dans les futurs programmes.

Ils peuvent s’en passer.

Cette approche est aussi celle de nombre d’établissements qui sitôt les résultats des examens connus, rivalisent d’annonces de cours de rattrapage dans la presse. La même stratégie est adoptée par l’enseignant qui démarche personnellement les familles de ses élèves pour leur proposer ses services.

« Je suis enseignant contractuel, payé en fonction des heures que je dispense. En cette période de vacance, je n’ai pas de salaire, je suis obligé de chercher des cours par ci, par là pour nourrir ma famille. Pourtant, j’ai aussi envie de me reposer après neuf longs mois d’activités« , témoigne Bréhima Bagayogo.

Ousmane Traoré est professeur de mathématiques, physique et chimie. Les cours de vacances sont envisagés autrement par ce fonctionnaire « Avec les matières scientifiques, on a toujours besoins de réviser certaines notions. En plus du profit que ça m’apporte, le cours me permettent de maintenir et même d’améliorer mes connaissances« .

Interrogé sur l’utilité des cours de vacances pour les élèves et étudiants, Enock Togo enseignant dans une école privée de Ouéléssebougou, analyse : « Les cours de vacances sont utiles surtout pour les élèves qui reprennent leurs classes et pour ceux qui passent en classe supérieure avec une moyenne relativement faible. Pour ceux qui ont brillamment réussi leurs examens de fin d’année, ils peuvent s’en passer.

Mais comme ce sont aux parents qu’appartient la décision, on retrouve ces trois catégories d’élèves ici « , constate notre interlocuteur.
« Ceux qui redoublent doivent suivre des cours de vacances pour repérer leurs faiblesses et lacunes et y remédier. Ceux qui passent en classe supérieure avec une moyenne relativement faible pour s’armer en fonction des nouveaux défis.

Et ceux qui ont brillamment réussi leurs examens ? Eux aussi, ils y vont. Les parents tiennent à les occuper tous. Et bon gré, mal gré, ils prennent leurs affaires et vont en classe. En attendant la liberté totale, ils portent patiemment la croix des cours de vacances« , indique Enock Togo.

Les cours de vacances n’intéressent pas seulement les enseignants, des étudiants de l’Université s’y investissent également. C’est le cas de Moussa, un étudiant de la FAST. « Je donne des cours de mathématiques aux élèves de 7, 8 et 9è dans mon quartier.

Cela me permet de faire un peu de l’argent de poche en cette période« . Moins disant que les enseignants, l’étudiant se contente de 3000 à 5000 Fcfa par mois par élève pour des cours de mathématiques, physique et chimie.


Temps de décompression.

Travail ou repos ? Le dilemme peut être réglé par l’organisation de sorties et de voyages. Ces activités sont, bien entendu, plus récréatives qu’éducatives et elles peuvent coûter cher.

Elles constituent de ce point de vue une sorte de récompense pour les enfants qui ont bien travaillé à l’école et qui ont besoin d’un temps de décompression, de répit dans les apprentissages. Même si une petite révision se révèle ponctuellement nécessaire dans une ou deux matières. Cette nécessité n’exige pas forcément le recours à des heures supplémentaires ni à un programme strict, fixé d’avance par les parents.

Quelque que soit l’option retenue, Moussa juge souhaitable, quelques jours avant la rentrée, de soumettre l’enfant à une petite révision des acquis intérieurs sans pour autant entamer les programmes de la classe supérieure. Ce serait, en effet, déconseillé par les pédagogues qui privilégient le jugement et le savoir-faire de l’instituteur ou du professeur dans l’exécution du programme.

La petite révision dont il est question, s’avérera d’un grand secours surtout pour des élèves qui passent d’un cycle à un autre : un élève de 6è année de base qui aborde le second cycle, ou un élève de 9è année qui va au lycée.

Il s’agit donc d’une mise dans le bain, d’autant plus que le passage d’un cycle à un autre peut s’avérer problématique pour certains enfants. En effet, l’élève qui intègre le lycée pour la première fois va devoir s’adapter à un nouvel environnement scolaire où il aura plusieurs professeurs et nombre de nouvelles disciplines à étudier. Sans compter des condisciples d’un niveau globalement plus élevé. Autant d’éléments propres à stresser un parent naturellement constitué.


Doussou Djiré

19 Août 2008