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Pour la transition qui s’amorce sur les bords du Djoliba, le comité national de redressement de la démocratie et de la restauration de l’Etat (CNRDRE) du Capitaine Amadou Aya Sanogo a du mal à comprendre que le treillis militaire et la démocratie ne font jamais bon ménage. C’est donc aux deux acteurs politiques incontournables que sont le président intérimaire et son Premier ministre d’en tirer toutes les conséquences… Dans l’intérêt exclusif du Mali.

L’on doit comprendre que le coup d’Etat du 22 mars est peut-être la manifestation d’une exaspération de plusieurs sous-officiers et militaires de rangs de la grande muette du Mali. La gestion de la rébellion dans le septentrion par l’ex-président Amadou Toumani Touré a été officiellement et principalement invoquée pour justifier cette violente prise du pouvoir par les armes. Seulement, il est désolant de constater que, près d’un et demi après ce putsch, pas un seul petit doigt des militaires – désormais sous la coupe des putschistes- n’a été levé en direction des groupes armés et djihadistes envahisseurs du Nord-Mali.

L’on a visiblement pris goût au pouvoir. Il fallait, à défaut de le conserver, le surveiller ou le garder à portée de main. D’aucuns prêtent même au Capitaine Sanogo l’intention ou le plan d’un certain ATT : céder le pouvoir après la transition et revenir le « récupérer démocratiquement » à travers les urnes.

Or, il est établi que le président du CNRDRE a comme collaborateurs forcés de cette Transition deux acteurs politiques de poids : le président de la République par intérim, Pr Dioncounda Traoré et le Premier ministre, Dr Cheick Modibo Diarra. Comme par hasard- Dieu seul sait pourquoi- ces deux hommes sont les chefs de formations politiques qui convoitaient sérieusement le pouvoir que s’apprêtait à céder le président Amadou Toumani Touré. Les présidents respectifs de l’Adéma-PASJ et du RpDM sont également deux scientifiques de haut niveau du Mali. Le meilleur professeur de mathématiques et le seul astrophysicien que le Mali ait connu sont, confient un analyste de la scène sociopolitique nationale, de « fins tacticiens politiques ».

Ayant eu les parcours qui sont les leurs, Dioncounda Traoré et Cheick Modibo Diarra sont à même d’appréhender le rôle éminemment crucial qu’ils peuvent jouer dans la phase actuelle de l’histoire politique du Mali.

S’il est établi que les militaires, du moins ceux qui semblent propulsés devant la scène, ne sont pas soumis à ces deux premiers responsables constitutionnels du pays, il va sans dire que c’est à ceux-ci de « prendre leur responsabilité », comme le dirait Capitaine Sanogo.

Quand le président de la République et une délégation gouvernementale participent à un sommet de la CEDEAO, les décisions issues de cette conférence ne sont-elles pas frappées du sceau de la participation du peuple malien ? Y a-t-il meilleure consultation du peuple qu’à travers la participation des représentants de ce peuple ? Le président de la République n’est-il pas légitimement le représentant du peuple, chargé de défendre ses intérêts dans les rencontres internationales ? Le Mali n’est-il pas membre fondateur de la CEDEAO ? Le Mali n’a-t-il pas envoyé des troupes au compte de la CEDEAO sur d’autres théâtres ? Les troupes de la CEDEAO sont-elles des « troupes étrangères » sur le sol voisin malien en crise ? Que vaut cette fierté maladive, ce nationalisme aveugle, ce chauvinisme exacerbé que de considérer les frères militaires burkinabé, ivoiriens sénégalais, togolais et autres venus éteindre le feu allumé sur le sol national comme des zombis qui menacent notre souveraineté ? Sachons raison garder !

Dans tous les cas, pour ce qui concerne la direction de la Transition par le président intérimaire, avec l’humilité, l’esprit de sacrifice et la hauteur d’esprit qui le caractérise, Pr Dioncounda Traoré vient d’appeler les uns et les autres à calmer le jeu. « En aucun cas, je ne serai, ni n’accepterai d’être un problème pour ce pays. Je me place donc en dehors de toutes les supputations et de toute la polémique sur les ‘‘40 jours’’ ou les ‘‘12 mois’’. Et je dis très clairement que si tel est le souhait partagé, je ne resterai pas une seconde de plus que les quarante jours de l’intérim », a-t-il expliqué dans son message du 1er mai 2012. Un message assez clair qui doit permettre aux assoiffés du pouvoir de prendre « toutes leurs responsabilités » afin de mettre fin et définitivement à la double crise institutionnelle et territoriale dont tout le monde souffre.

Bruno Djito SEGBEDJI

L’Indépendant du 4 mai 2012