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Ça bourdonne encore dans la Ruche, et sans grande surprise pour les observateurs politiques avisés, pour qui connaît la marche mirobolante du parti de l’Abeille, depuis le départ de El-Hadj Ibrahim Boubacar Keïta, en 2000. De cette date à nos jours, Dioncounda Traoré, en dépit de ses bourdes et inconstances politiques, préside en maître absolu aux destinées du parti. Si bien qu’au jour d’aujourd’hui, certains Ruchers semblent réclamer son départ à la tête du CE-ADEMA pour déficit de crédit.

Malaise dans la Ruche

Tout est reparti, et si vite, dans la foulée de la formation du gouvernement Modibo Sidibé, autour de laquelle le président du parti se serait rendu coupable d’incohérences politiques, assorties de partis pris. Mais de quoi l’accuse-t-on?

Lorsqu’il s’est agi de choisir des hommes et des femmes devant représenter le parti dans le nouveau gouvernement, une commission restreinte de réception et d’étude des dossiers d’éventuels ministrables avait été mise en place.

Depuis sa détronisation en 2002, l’ADEMA semble souffrir le martyre, comme en témoigne le nombre de C.V reçus par ladite commission. En effet, plus de 35 Ruchers se savaient dotés de qualités de ministres, car c’est 35 dossiers qui furent réceptionnés par la commission.

Sur ces dossiers, environs14 ont été envoyés au Chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré. Avant qu’on ne connaisse le nom des nouveaux promus, Dioncounda Traoré aurait argué que dans les 13 postes à pourvoir à l’ADP, l’ADEMA à lui seul pourrait engranger 7 portefeuilles ministériels.

Mais coup de théâtre: à la formation du nouveau gouvernement, l’ADEMA n’obtient que deux portefeuilles, Ie 2e vice-président du parti, Iba N’Diaye, et Agathane, membre de la commission de discipline, y étant selon un choix personnel du Président de la République.

Donc, officiellement, l’ADEMA n’a que deux représentants dans le gouvernement, mais officieusement, quatre. Et Dioncounda avait été informé de cela au préalable. Mais, par oubli ou à dessein, l’élu de Nara n’en a pas informé le Comité Exécutif. Il s’est contenté de le faire savoir en réunion de secrétariat politique, mais au CE. Les choses pourraient ainsi s’arrêter là si Dioncounda n’avait pas fait pire.

En effet, c’est fortement sidérés et moralement entamés que les Ruchers ont appris que leur président avait été approché par le Chef de l’Etat pour avoir son point de vue sur plus de 10 C.V envoyés par le parti. Et c’est M. Amadou Sora qui aurait servi d’intermédiaire entre le président de l’ADEMA et le Président de la République.

Selon Amadou Sora, ATT aurait dit à Dioncounda que parmi les C.V envoyés, il souhaiterait connaître ses préférences. Sans autre forme de procès, Dioncounda Traoré aurait dit que sa préférence se porte sur Tiémoko Sangaré et Sékou Diakité, lesquels ont été finalement choisis par ATT pour occuper, respectivement, les départements de l’Agriculture et du Développement Social, de la Solidarité et des Personnes Agées.

Dans la Ruche, ce fut alors le feu aux poudres, et pour cause : tous ceux qui ont envoyé des C.V et qui n’ont pas été retenus prennent aujourd’hui Dioncounda pour cible, pire, leur ennemi n°1. C’est comme le dit l’adage : “Celui qui choisit ses amis montre ses ennemis.”

Dioncounda veut calmer le jeu

Le président de l’ADEMA, en commettant la maladresse de donner des noms, s’est mis dans le collimateur de certains de es camarades. Il y a en a même qui pensent que Dioncounda devait refuser les deux postes proposés par le Président de la République, compte tenu du poids du parti à l’Assemblée nationale. Les choses sont aujourd’hui telles que le N°1 des Ruchers est dépassé par les événements.

Pressé et acculé de toutes parts, Dioncounda Traoré voulait faire une déclaration pour calmer les ardeurs, mais aussi, pour s’expliquer en vue de lever les équivoques. Mais certains camarades qui lui sont fidèles l’en dissuadèrent.

Prévue pour le 24 octobre, puis reportée au 31 octobre, la réunion extraordinaire convoquée par le président du parti n’eut finalement lieu que le 1er novembre 2007. Là encore, coup de théâtre: au lieu d’une déclaration politique pour s’expliquer par rapport aux accusations lancées contre lui, le président du parti fera plutôt des propositions jugées farfelues et très dangereuses pour l’avenir de l’ADEMA. En effet, comme proposition, Dioncounda émit le voeu de voir le prochain congrès du parti… se tenir en mai 2008.

Faut-il le rappeler, l’ADEMA devait tenir son congrès en janvier dernier. Ce qui n’aura pas lieu, car certains camarades Ruchers, comme Soumeylou Boubèye Maïga, Abdoul Traoré dit Diop et compagnons de l’ADJ, étaient décidés à fausser les recommandations de la 7e conférence nationale du parti, par rapport au soutien à ATT.
Ces hommes-là voulaient plutôt voir l’ADEMA présenter un candidat à l’élection présidentielle d’avril dernier. Ce qui n’était du goût de la majorité des cadres et militants du parti.

Les mesures proposées

Aujourd’hui encore, voilà que Dioncounda souhaite voir le congrès se tenir en mai prochain. Le risque ici, c’est qu’en le faisant, l’ADEMA dira alors adieu à l’aide publique aux partis politiques.
En effet, les critères à ce niveau sont très clairs: les partis politiques doivent avoir tenu leur assises statutaires et présenté tous leurs dossiers avant le 31 mars 2008. Dioncounda avait même déjà élaboré un chronogramme de travail.

Il s’agissait, pour lui, que les Ruchers se retrouvent pour tenir très rapidement le congrès du Mouvement national des femmes et de celui des jeunes, qui ne sont plus que de nom aujourd’hui. Pourtant, le premier est présidé par une des soeurs du président-même du parti.

Après ces assises, Dioncounda propose qu’on procède au renouvellement des structures de base, afin d’aller vers le congrès. En attendant, les débats ont été houleux ce jeudi 1er novembre, entre les ruchers.

D’aucuns disent qu’il faut entièrement refonder le parti, tandis que d’autres pensent qu’il faut le restructurer. Que ce soit l’un au l’autre, l’état de grâce semble terminé pour Dioncounda Traoré, si bien que d’aucuns pensent qu’il faut, dès à présent, s’atteler à la tâche pour la reconquête du pouvoir en 2012.

Avec tous ces impairs dans ses différentes propositions, Dioncounda Traoré saura-t-il convaincre ses camarades, ou fera-t-il les frais de ses maladresses politiques? La réponse viendra peut-être avec la prochaine rencontre sur les propositions, prévue le samedi 10 novembre 2007.

Adama S. DIALLO

05 novembre 2007.