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A cause de l’absence d’une grille d’identification des indigents pour lesquels elle a été créée, l’Agence nationale d’assistance médicale (Anam) a failli à l’une de ses missions. Au lieu de s’atteler à l’élaboration d’un fichier déterminant le nombre d’indigents au Mali pour leur prise en charge adéquat au plan sanitaire, l’Agence ne fait qu’envoyer des motos, des chaises… à ses points focaux qui passent leur temps à compter les sauts de la puce. Autrement dit, à ne rien faire.

Socialement, un indigent peut être considéré comme une personne qui n’a aucun moyen de survie ou qui n’a aucun soutien dans la société. Selon des statistiques, les indigents représentent 5 % de la population malienne. C’est pour assurer la prise en charge totale et entière au plan santé de cette couche vulnérable qu’il a été décidé de créer l’Agence nationale d’assistance médicale (Anam) opérationnelle depuis 2011 en même temps que l’Assurance maladie obligatoire (Amo).

Si l’Amo s’occupe des travailleurs, l’Anam prend en compte les nécessiteux. En fait, l’Anam est le contraire de l’Amo qui prend en charge 70 % des frais ambulatoires d’un travailleur malade, 70 % des frais de médicaments et 80 % des frais d’hospitalisation. A l’opposé, l’Anam doit couvrir à 100 % les frais de médicaments, d’hospitalisation et ambulatoires des personnes pauvres.

Mais là où le bât blesse, l’Anam ne dispose à ce jour d’aucun outil, d’aucune base encore moins de fichier d’identification des indigents. Pourtant, ce ne sont pas les moyens financiers qui lui manquent. Son budget est estimé à plus d’un milliard de F CFA. Un spécialiste de la question confie que « l’Anam fait tout sauf correctement son travail« . Le préalable devait être pour l’Anam l’élaboration d’outil d’identification des indigents en vue de leur prise en charge correcte. Mais l’Agence semble reléguer au second plan cet aspect des choses.

Dépenses de prestige

A telle enseigne qu’on se demande ce qu’elle fait pour justifier sa raison d’être. En réalité, à l’Anam, c’est le pilotage à vue et l’objectif pour lequel elle a été créée est loin d’être atteint. Avec l’absence d’une grille d’identification des indigents, il n’y a pas à attendre du miracle de la part de l’actuelle direction générale de l’Agence nationale d’assistance médicale. A ce rythme, les couches qui doivent bénéficier de son assistance ne sortiront pas de sitôt de l’auberge, car elles sont laissées à leur triste sort.

Au lieu de donner la priorité à l’élaboration d’un fichier déterminant le nombre des indigents de même que les localités dans lesquelles ils se trouvent, l’Anam ne fait qu’acheter et envoyer des motos, des chaises et d’autres pacotilles d’ordinateurs à ses points focaux au niveau régional et cercle. Ce faisant, elle passe à côté de la plaque parce que ses points focaux n’ont aucun élément à leur niveau pour travailler.

Certes, les points focaux ont du matériel mais ils n’ont pas de la matière ou d’élément d’appréciation sur les indigents au Mali. Il est temps que l’Anam revoit sa copie en essayant de mieux honorer sa mission principale à travers l’élaboration d’outils d’identification des indigents.

Selon certaines indiscrétions, l’Anam souffre de manque de personnel qualifié. Et c’est ce manque de techniciens qui est justement à l’origine de l’absence d’une grille d’identification des indigents. Sinon du moment que les moyens existent, rien n’empêchait l’Agence nationale d’assurance maladie à constituer un fichier des indigents.

Mohamed Daou

Le 22 Février 2012