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Fagaga et Iyad sont en mal de publicité, en mal d’empire. Ils ont un besoin obsessionnel de devenir des héros sans qu’ils sachent ce que c’est qu’un héros. Ce sont de très mauvais comédiens qui ont évolué dans un mauvais drame. Mais le Mali qui éteint partout le feu en Afrique, peut-il l’allumer dans sa propre case ?

Géographiquement parlant, le septentrion malien constitue les 75% de notre territoire national. Les Touaregs qui y vivent avec d’autres composantes de notre population sont de fins connaisseurs de ce vaste espace. C’est leur biotope. Mais quelques éléments de ces nomades font du privilège de la maîtrise du Sahara un fond de commerce contre la gestion tranquille des régimes qui se succèdent au pouvoir. Pas un n’a échappé à ce piège.
Et pourtant l’Etat malien et de nombreuses ONG y réalisent de grands projets qui profitent sans conteste aux populations pacifiques touarègues.

L’éveil d’une conscience

De plus en plus pour ne pas dire de mieux en mieux, le peuple malien comprend que la rébellion est une seconde nature chez certains jeunes Touaregs qui en font un moyen de pression pour arrondir les angles.

Il comprend que l’objectif de ces aventuriers jure avec celui de l’écrasante majorité des populations du nord et manifeste son appui au gouvernement pour combattre la manipulation, la rançon, les razzias et autres rackets comme forme de lutte pour les droits de l’homme.

Ces mutins le plus souvent sont des appâts au bout des hameçons des faux frères, des faux amis, d’opposants masqués qui visent la mainmise sur nos appareils d’Etat.


La première rébellion touarègue d’il y a 43 ans, un non-sens

En ce début du nouveau millénium, le Mali déjoue tous ces stratagèmes, décidé qu’il est à bâtir une nouvelle société où il fera bon vivre pour tous ses enfants. La gestion consensuelle du pouvoir qui favorise ce changement ne fait pas l’affaire de tous nos citoyens surtout les révolutionnaires de la 25ème heure, les démocrates du dimanche et les patriotes à la petite semaine. Mais ça aussi c’est la démocratie.

Aujourd’hui, nous allons au-delà de ce qui nous unit pour un développement tous azimuts. La seule guerre qui vaille aujourd’hui est celle pour la remontée du Mali vers le pays qui émerge à travers les actes.

Les premiers coups de feu de la rébellion touarègue ont éclaté en 1963 dans l’Azawad quand notre jeune Etat, victime de sa continentalité, se battait autour de Modibo Kéïta, sur tous les fronts, pour sa renaissance culturelle, les assises d’une véritable économie et le renforcement d’une armée nationale hautement performante.

J’étais à l’époque étudiant à Moscou. Lorsque des événements brûlants se produisaient quelque part sur la planète, un débat était organisé dans notre faculté pour en définir les impacts socioculturels. J’avais été donc interpellé sur la crise du Nord Mali par mes promotionnaires russes, ukrainiens, tchétchènes, baltes et ceux du Soudan, d’Irak, de la Roumanie, du Ghana, etc… C’était sous la présidence de l’écrivain et journaliste malien dont Amadou Gagny Kanté.

Les gens, très admiratifs du courage politique du Mali étaient très peinés face à l’insurrection touarègue qui avait été à l’unanimité condamnée parce que sans fondement. Surtout que le Mali traversait un temps de chien. La crise énergétique y était s’y ressentie que les gros avions russes survolaient les mers et les océans pour venir approvisionner, au nom de l’internationalisme prolétarien, le Mali en carburant.

Dans mon institut, au terme des échanges, l’avis général se résumait en ces points : Si la révolte des Oullimenden sous la colonisation avait été saluée comme une guerre de libération, les Touaregs devaient intégrer les forces armées maliennes pour garantir la sécurité du territoire national.

– Après le 22 septembre 1960, le Mali devait réussir son unité et lutter contre les séquelles de la domination étrangère avec l’appui des pays amis. Tout conflit ethnique anéantirait ses efforts.
– Le Nord et le Sud ne constituent qu’une seule famille au Mali et dans une famille, un conflit fume mais ne brûle pas. La patience est un chemin d’or.
– Le Mali doit faire l’économie de toute guerre interethnique, clanique ou tribale pour ne pas permettre à d’autres de s’immiscer dans ses affaires.
– Une seule étincelle peut mettre le feu au monde.
– Toutes les lois ne sont pas dans les livres, y en a qui sont dans les cœurs. Elles sont plus humaines. Lors des conflits, les victoires conquises au nom des lois du cœur sont les plus sûres les plus pérennes. Le chemin de la reconstruction nationale est long et dur.
– Il faut se garder de vaincre. Il faut plutôt convaincre. Un vaincu garde de la rengaine et revient un jour si éloigné soit-il à l’attaque.
– La guerre intervient après l’épuisement de tous les secours. Un pays culturellement riche comme le Mali ne peut manquer d’initiatives dans la recherche de la paix ou tarir d’idées pour éteindre le feu allumé dans le nord de son territoire.
– Un feu mal éteint renaît en brasier.
– Il ne faut jamais colmater une brèche dans les relations humaines, il faut la boucher, solidement, une fois pour toute.
– La guerre n’est pas la solution définitive dans un différend. On peut vaincre un homme, mais il meurt libre et invaincu.

Ce qui m’impressionna aussi était dans l’intervention d’une étudiante Roumaine du nom de Magdalaine qui m’édifia :
– Nous les peuples des Démocraties Populaires (Hongrie, Bulgarie, Yougoslavie, Roumanie) avons découvert d’abord le Mali à travers ses ballets en tournée dans nos Républiques.

Comme un besoin de publicité chez les mutins du Nord

Face à l’extrême richesse de votre folklore exubérant, face à notre culture faite de diversités et de nombreux niveaux de lecture, nous avons compris que notre peuple mérite respect et admiration. Les relations diplomatiques sont arrivées sur cette base. Le Mali doit consolider ses acquis et renforcer son unité dans le brassage. En matière de paix sociale, le mot impossible n’est pas malien.

J’en avais informé son Excellence Mamadou Fadiala Kéïta premier ambassadeur du Mali à Moscou. Après près de cinq décennies écoulées, voilà que de nouveau l’insurrection s’empare de Kidal.

Le bilan désastreux de la révolte de Fagaga contre son serment de soldat équivaut presque à une déclaration de guerre. Mais à y regarder de près, Fagaga en tant que phénomène n’est qu’un appât que nul stratège digne de ce nom ne voudra mordre.

La guerre que le Mali vise n’est pas à Kidal. Elle se déroule contre le sous-développement sur l’étendue du territoire national dont Kidal.

Ecraser Fagaga n’aurait pas pris une matinée pour notre vaillante armée. Mais la suite, l’opinion internationale, comment la gérer ? Le Mali éteint le feu partout en Afrique et l’allume dans sa propre case.

Quand Ba Bemba refusa en son temps d’anéantir les armées samoryennes, qui assiégeaient Sikasso, ce n’était pas par peur mais tout simplement par stratégie. Le roi du Kénédougou visait plus grand que l’Emir du Ouassoulou. Pour atteindre ses objectifs, il lui fallait faire l’économie de la guerre imposée par le Wassoulouké.

Les leçons du passé sont toujours valables

Nos ancêtres se sont battus avec détermination pour nous léguer leurs exemples en lisibilité et en visibilité des événements. Beaucoup sont tombés les armes à la main en passant le flambeau à nos grands parents. Les répertoires célèbres de la musique du terroir conservent leurs mémoires. Ecoutons le Duga ou le Janjon, le Segelaré ou le Kanjo, le Taara ou le Baoudi, le Maransa ou le Nyangara etc….

Le rejet des valeurs dynamiques passées et la problématique d’une société de nulle part

Nos grands pères sont montés en créneau, et nos pères ont suivi, en se consacrant à la seule bataille qui vaille, le travail nourricier, la paix victorieuse des misères humaines, la solidarité. Ils nous ont transmis leur savoir faire dans la résolution sans effusion de sang de tous les conflits, fonciers, matrimoniaux, successions etc.

Ils nous ont fait découvrir les vertus de l’arbre à palabres. La terranga, le tuguna, le gwelekan, les vestibules où les accords et les pactes étaient conçus et adopté, dans la démocratie consensuelle de la communauté. Là, la parole montante et descendante, circulant entre les générations en tant que bien public trouvait une fin heureuse, consentie par les hommes en conflits, limitant au minimum les dégâts collatéraux.

La génération des indépendances et post-indépendance n’a pas visité ces écoles traditionnelles de la réconciliation, de la résolution des conflits, pour beaucoup en tout cas. Elle a été moulée dans les universités d’ailleurs où les lois, les chiffres et les pensées qui régissent les sociétés sont froides, dures, rudes.

Ces messieurs ne voient que la sanction après la faute. Ils n’écoutent pas les explications et ne donnent pas de conseil. Ils sont assis derrière les lois comme s’ils n’étaient pas des humains, jugent d’autres humains. Ils ont appris à vaincre sans avoir raison.

La culture malienne dans la crise sociale

Comme un serpent de mer de retour des profondeurs des dunes de sable, le spectre de la rébellion resurgit mais dans une moindre proportion, avec le coup de force à la base militaire de Kidal. Des officiers intégrés, faisant fi du dialogue social, trahissent leur serment et franchissent le Rubicon.

Quand une rébellion de moins de 100 officiers et soldats ose défier l’une des plus puissantes armées de l’Afrique contemporaine, avec ses chars, ses bombardiers, ses éclaireurs du désert qui savent où ils se planquent cela appelle à la réflexion.

Habitués à ce genre de forfaiture, ils cherchent à mobiliser l’opinion internationale. Fagaga et Ilyad sont en mal de publicité, en mal d’empire. Ils ont un besoin de devenir des héros sans qu’ils ne sachent ce qu’est un héros. Ce sont de très mauvais comédiens qui ont évolué dans un mauvais drame.

Habituellement, dans les films ou sur les scènes de théâtre, le soldat en treillis de combat force l’entrée des maisons en flammes pour sauver des vies humaines. Mais les comédiens Fagaga et Iyad ont évolué dans une tragédie en un acte où ils tuent des humains, font des veuves et des orphelins.

Au terme de son jeu, le personnage sort pour se faire apprécier par son public. Fagaga restera en coulisse grâce aux accords d’Alger et à la sagesse malienne. Mais il y a un nouvel acte, il ne le jouera pas, parce qu’il a compris que son appât n’a pas été mordu.

La philosophie des insurgés

Dans tout homme il y a l’ange et le démon, l’incarnation du bien et du mal, les valeurs spirituelles qui élèvent vers un idéal et les ambitions ténébreuses qui mènent à la déchéance.

C’est ainsi que des hommes par Satan ont crié sur les antennes d’une certaine radio des mille collines à la haine et au génocide au Rwanda, « Des patriotes » en République de Côte d’Ivoire ont paralysé ce beau pays et mis sur les cales.

Maliens souvenons-nous. Nous avons été les premiers en Afrique noire au Sud du Sahara à forger le fer pour en faire des armes. Nous avons bâti les plus grands empires de l’Afrique. Le consensus est notre force.

Pour demain, donnons-nous la main, pour la mémoire des grands hommes qui dorment sous la terre malienne et qui demandent de sauvegarder leur identité à travers notre unité et notre diversité, dans la paix sociale, l’écoute et le partage.

Allons au-delà de ce qui nous a unis pour.
– Comprendre le passé
– Apprendre le présent
– Entreprendre le futur.

Gaoussou DIAWARA
Professeur Dramaturge

02 août 2006.