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La mesure prise par le gouvernement visant à exonérer le riz sur une période de six mois a été un véritable fiasco. Non seulement le kilo du riz n’est plus vendu à 310 F CFA et l’Etat même conforte ceux qui arnaquent les populations démunies.

La mesure d’exonération sur le riz que nombre de consommateurs jugeaient salutaire au départ a été solennellement annoncée par le président de la République le 8 mars 2008. Ce jour-là, ATT a profité de la tribune de la Fête internationale des femmes pour lancer des piques aux commerçants bénéficiant d’année en année d’exonérations pour ravitailler le pays en céréales, mais qui ne profitent jamais aux citoyens.

Face aux nombreuses difficultés auxquelles il a du mal à trouver des solutions appropriées il a fini par lancer : « An dè sèra, Bèbi babolo » (Chacun pour soi, Dieu pour tous).

Comme pour faire bonne mesure, ATT a annoncé comme solution palliative aux exonérations accordées à une poignée de grossistes, le droit pour tout commerçant, inscrit au registre du commerce et qui paye ses impôts et taxes, d’importer du riz exonéré de droit et taxe au cordon douanier.

La quantité n’était pas limitée et la mesure s’étendait d’avril à septembre 2008. Il s’agissait de couvrir entièrement la période de soudure en assurant un approvisionnement correct du pays en riz et d’éviter ainsi le spectre de la famine et de la vie chère.

L’exonération ouverte à tout le mode avait de prime abord créé des grincements de dents au niveau de quelques grossistes. Certains avaient menacé de bouder l’opération arguant qu’ils ne vont pas permettre à d’autres de marcher sur leur plate-bande.

Par finir, l’approvisionnement du pays en riz a eu un engouement auprès des importateurs et non importateurs de cette céréale. Une commission a été créée sous la houlette du Groupement des commerçants détaillants avec l’implication du ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce. Ce fut alors la ruée vers l’importation de riz avec un battage médiatique à la télévision montrant que tel commerçant a mis tant de tonnes de riz à la disposition des détaillants.

La règle du jeu est que le riz exonéré doit être cédé au Groupement des commerçants détaillants au prix de revient de 370 000 F CFA la tonne. Le Groupement des commerçants détaillants qui en est la caution morale parce que servant de relais entre importateurs et détaillants, s’est engagé, à son tour, à revendre le même riz à 310 F CFA le kilo.

Selon des enquêtes que nous avons menées sur les différents marchés de Bamako et de l’intérieur du pays, le riz à 310 F n’est plus accessible. Il n’est plus d’actualité. Des commerçants détaillants affirment qu’ils ne trouvent plus la tonne à 370 000 F et qu’ils ne peuvent dès lors le revendre au prix initialement indiqué.

Escroquerie

Le brusque changement de prix alors que l’opération est à son troisième mois est une combine du groupement des importateurs. Selon des sources proches de ce groupement, son président Bakoré Sylla convoque réunion sur réunion pour leur demander de fixer de nouveaux prix pour la tonne.

C’est ainsi qu’ils sont allés de 370 000 F à 380 000 F (380 F le kilo). La dernière proposition était de 400 000 F la tonne, soit 400 F le kilo. Le groupement avance comme justificatif, une nouvelle flambée de prix du riz sur le marché international. C’est dire que d’ici le mois de septembre, les consommateurs risquent de payer cette céréale à 500 F CFA le kilo.

Bakoré Sylla de Grand grenier du bonheur (GGB) demeure le grand manitou de cette affaire. Les exonérations au Mali sont quasiment taillées à sa mesure.

Bon an mal an, il fait partie des rares personnes à bénéficier de cette facilité. Bakoré disposait d’un millier de tonnes de riz et de farine de blé bloqué au Port d’Abidjan depuis la saison dernière. Il cherchait une hypothétique exonération que le ministère des Finances lui avait refusée. Il lui a fallu cette aubaine présidentielle pour sauter sur l’occasion.

L’Etat est le grand complice de cette vaste fumisterie faite sur le dos des populations. Les autorités compétentes savent que les règles du jeu ont été faussées et personne ne lève le petit doigt. Le comble est que l’exonération continue de courir.

Le président ATT, qui doit être au-dessus de la mêlée, ne manque pas d’occasion pour couvrir les importateurs de riz de lauriers en les qualifiant de patriotes. Il les défend contre les consommateurs qui trouvent que les prix du riz exonéré grimpent jour après jour.

Pour ATT, « il y a différentes variétés de riz sur le marché qu’on ne peut avoir au même prix ». Pourtant le chef de l’Etat ne peut-il pas diligenter une enquête pour se rendre à l’évidence quand bien même il dispose de tous les moyens légaux et techniques pour le faire ?

Au Sénégal, notre voisin de l’Ouest, le président Me Abdoulaye Wade a initié la même opération cette année. Le gouvernement sénégalais a exonéré l’importation de riz et subventionné sa vente par les commerçants avec comme effet de garder la marge des importateurs, évitant ainsi la spéculation. Une commission de contrôle des prix a été instituée. Un centigramme de riz ne peut connaître de nos jours au Sénégal une augmentation.

Au Mali entre ATT, pardon l’Etat, et les opérateurs économiques, la complicité est parfaite. On ne sait même plus qui est le vrai importateur.

Abdrahamane Dicko

30 Juin 2008