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Une semaine après la marche des jeunes de Gao, exigeant la présence de l’armée malienne à Kidal, Bamako décide d’emboîter le pas. A l’appel du Mouvement populaire du 22-Mars (MP-22), des milliers de Maliens décident d’exprimer leur ras-le-bol le samedi prochain.

Le Mouvement populaire du 22-Mars a décidé de manifester le 8 juin prochain. L’annonce a été faite le lundi 3 juin par ses responsables à la faveur d’une conférence de presse tenue à Radio Kayira.
L’objectif de la marche, expliquent-ils, est de protester contre l’absence de l’armée malienne à Kidal. Jusque-là tenue par les bandits armés du MNLA, la ville de Kidal échappe au contrôle du pouvoir central de Bamako.

Pour le MP-22, cette situation ne peut perdurer. Il invite à descendre dans les rues de la capitale. Dès cette annonce, ce sont plusieurs organisations et des citoyens qui ont exprimé leur adhésion à l’initiative. Parmi elles, le Collectif des orpailleurs de Foroko et de Kobadani (dans le cercle de Kangaba) expulsés des sites les 10 et 11 mai derniers.

Écœurés, des milliers de Maliens dénoncent aujourd’hui le jeu trouble de la France, qui tente de remettre en selle les groupes rebelles, et de négocier avec eux. Le président français a poussé l’outrecuidance contre le peuple malien jusqu’à demander la présence de l’administration malienne sans les forces armées et de sécurité du Mali. Le pas est franchi, et l’attitude de Dioncounda Traoré agace fortement les Maliens.

Sans doute, la marche de ce samedi sera celle de la révolte populaire contre l’impunité et le diktat de la France sur le Mali au sujet Kidal.

Sourde oreille face à la volonté populaire

La marche de ce samedi est convoquée au moment où les Maliens assistent avec impuissance la chasse aux sorcières menées par les bandits du MNLA contre les Touaregs noirs. En effet, ce dimanche 2 juin, des centaines de « peau noirs » ont été battus, puis expulsés de la ville par les rebelles du MNLA. L’acte barbare et digne d’un banditisme d’une autre époque, ne semble pas heurter la France, encore moins le gouvernement malien, qui cautionne l’injustice entre les Maliens.

Sur les événements, un habitant de Kidal témoigne le cœur meurtri : « Depuis 6 h 30 du matin, des groupes du MNLA ont envahi tous les quartiers de Kidal, en ramassant toutes les peaux noires, en leur disant qu’ils soutiennent le gouvernement de Bamako, donc ils vont les enfermer tous et ils vont les rapatrier sur Gao. Cela fait depuis avant-hier, ils disent que les Noirs qui sont ici ne les soutiennent pas dans leur indépendance ».

Selon ce doyen de la communauté sonrhaï, caché avec ses proches, le MNLA dicte, armes à la main, sa loi. Pendant les événements de dimanche, plusieurs personnes ont été sommairement exécutées par le MNLA. C’est le cas, entre autres, d’Ahmed Ag Ali (32 ans berger), de Sidi Mohameg Ag Daoud (27 ans apprenti chauffeur), etc.

Sur l’équation Kidal, les Maliens en ont donc ras-le-bol. Face au silence coupable des autorités de la transition, et à l’oreille sourde du président français François Hollande d’entendre la volonté populaire, le peuple décide de taper du poing sur la table à travers la marche du 8 juin.
Au cours de cette marche, les manifestants brandiront des slogans hostiles à la France et exigeront sur les banderoles la présence de l’armée malienne à Kidal, et exprimeront leur « non » à la tenue de la présidentielle sans la libération de Kidal.

Issa Fakaba Sissoko

L’Indicateur du Renouveau du 4 Juin 2013