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Le nouveau président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, qui se prévaut d’une rigueur budgétaire dans sa gestion et d’une tolérance zéro pour la corruption, va-t-il donner l’exemple en se conformant à la constitution qui exige du chef de l’Etat de rendre public ses biens 48 heures après sa prestation de serment ? On attend de voir.

Le président IBK prestera serment le 4 septembre prochain. Parmi les défis qui sont attendus du nouveau président de la République, il y a la lutte contre la corruption et la délinquance financière. En tant que premier magistrat du pays, il appartient au chef de l’Etat de donner le meilleur exemple sur le terrain de la croisade contre la corruption parce que l’un des baromètres de la démocratie se rapporte à la bonne gouvernance.

Déjà, la constitution de notre pays essaye d’orienter le premier magistrat sur le chemin de la transparence en exigeant de lui la publication de ses biens 48 heures après sa prestation de serment.
Cette déclaration de biens se fait devant la Cour suprême comme stipulé dans l’article 37 de la constitution. C’est dire que 48 heures après sa prestation de serment, si IBK ne fait sa déclaration de biens à la Cour suprême, il sera le premier à violer une constitution qu’il s’est engagé à respecter devant cette juridiction suprême.

On sait qu’Alpha Oumar Konaré s’est sacrifié à l’exercice, ce qui n’a pas été le cas pour son successeur, Amadou Toumani Touré, mais le cas d’ATT ne doit pas faire jurisprudence. Surtout qu’IBK accède au pouvoir dans un contexte particulier marqué par la conviction des Maliens selon laquelle la mauvaise gouvernance a une part dans la déchéance que le pays a connue récemment.
Ça ne sera pas trop demandé à IBK de faire une déclaration de ses biens à la Cour suprême si réellement il compte appliquer sa tolérance zéro à la corruption dans notre pays.

Un maire de la capitale en l’occurrence Moussa Mara de la Commune IV s’est déjà prêté à cet exercice oh combien de fois sincère. En effet, après avoir pris fonction, Moussa Mara, a publié ses biens dont la valeur s’élevait à plus de 300 millions de FCFA.

Tolérance Zéro pour la corruption

Dans tous les cas, IBK lui-même en est conscient puisque dans une interview accordée au journal sénégalais « Sud Quotidien », le nouveau président de la République expliquait que « si ces faits (les faits de corruption à lui reprochés par ses détracteurs) étaient avérés, connaissant mes rapports avec certains de mes supérieurs d’alors, cela m’aurait conduit en lieu où on n’a pas beaucoup de liberté. En politique, on dit beaucoup de choses, mais la vérité profonde des hommes apparait toujours ». Aussi, pendant la campagne, l’homme n’a pas cessé de rappeler qu’avec lui ça sera tolérance zéro contre la corruption.

En tout cas, IBK a encore la chance de faire démentir ses détracteurs qui l’accusent d’avoir été au centre des scandales financiers pendant son séjour primatorial.

IBK est accusé d’avoir laissé des traces négatives dans les annales de la primature pendant ses 6 ans de direction et un sulfureux rapport a même été publié dans ce sens par un confrère.

Les révélations émanent du rapport de mission en date de janvier 2001 portant vérification de la gestion de la Direction administrative et financière de la Primature de 1993 au 07 septembre 2000.

Le scandale portant sur les frais de réaménagement du logement du Premier ministre à l’ex-base. Le nouveau locataire dudit logement au moment des faits, entendez Monsieur Ibrahim Boubacar Keïta, a investi la bagatelle de 750 millions F CFA du contribuable malien pour le confort des lieux jadis occupés par l’ancien président Moussa Traoré.

Selon toute évidence, ce qui fut convenable pour le président de la République ne l’était plus pour un Premier ministre moins de 10 ans plus tard. Et non content d’engloutir 750 millions de nos francs pour la « mise à niveau du site » à sa convenance aux frais de l’Etat, le même locataire se proposera de l’acheter, à titre personnel.

N’eut été la vive opposition de l’ancien président Alpha Oumar Konaré, le marché aurait été certainement exécuté. Ce sont justement les frasques de son Premier ministre qui pousseront Alpha Oumar Konaré à se débarrasser de lui et même à vouloir l’incarcérer comme le souhaitaient les experts de la Banque mondiale. Voyant le coup venir, le désormais ex-PM trouva refuse auprès de son « frère et ami » Laurent Gbagbo. Ici commence la stratégie de la victimisation. Alpha Oumar Konaré fut assimilé au grand méchant loup et son ex-Premier Ministre, à la douce et innocente agnelle.

500.000 F FA de frais de mission et 810.000 F CFA de frais d’hébergement pour Madame.

Dans le rapport de vérification de la Gestion de la Direction administrative et financière de la Primature de 1993 au 07 septembre 2000, l’on apprend que le chef de Cabinet de Monsieur le Premier ministre, M. Sabane Mahmadou, a payé un taureau à 1.000.000 F CFA pour le compte du personnel et des services rattachés. Bien évidemment, les contrôleurs ont estimé qu’il « n’existe pas de rubrique dans le budget d’Etat pour la prise en charge d’une telle dépense. Et qu’en conséquence, les 1.000.000 F CFA doivent être remboursés intégralement par Monsieur Sabane, attaché de Cabinet de la Primature ». L’histoire ne dit pas si l’interpellé s’est exécuté. Mais ce qui est sûr, il l’a fait sur instruction d’IBK l’ordonnateur principal du budget de la Primature.
Mais au-delà de cette injonction, souvenez-vous que nous sommes en 1999.

Un taureau à un million F CFA, même de nos jours serait inconcevable, à moins qu’il s’agisse d’une vache laitière hollandaise, ou d’un géniteur. Mais, l’on parle ici de « taureau » et non de « vache ». A l’heure actuelle et nonobstant la spéculation et la surenchère, le prix de la meilleure bête de cette catégorie ne dépasse guère 300.000 F CFA sur le marché. On imagine alors son prix en 1999.

« Madame Keïta ne devrait pas percevoir de frais de mission, au niveau de la DAF ».
La réaction des contrôleurs a été la même quand il s’est agi de payer des indemnités et frais d’hébergement à l’épouse de Monsieur le Premier ministre : « Madame Keïta ne devrait pas percevoir de frais de mission, au niveau de la DAF », ont-ils rétorqué. Et soyons sérieux : pourquoi payer des frais d’hébergement à une épouse se trouvant dans le même espace-temps que son époux de Premier ministre ? C’est tout simplement inacceptable !

Le même document fait également état de la somme de 11.012.000 F CFA directement perçue par le Premier ministre et sans pièces justificatives. Les contrôleurs exigent tout simplement la justification dudit montant par l’ex-PM qui doit désormais faire mentir ces faits par une gestion saine et rigoureuse.

Abdoulaye Diakité

L’Indicateur du Renouveau du 30 Août 2013.