Partager

C’est avec crainte et stupeur que nous avions appris sur les ondes des radios internationales et particulièrement RFI, la résurgence d’une rébellion le 17 Janvier dernier dans le septentrion malien.

Depuis lors, dans les coins et recoins, dans les rues et sur les abords des grands artères de la capitale et même souvent au sein des services publics et privés, un seul sujet de causerie, de discussion et même de bagarre. « Pourquoi ne pas mourir arme en main que de se rendre « , « pourquoi trop favoriser le nord ; zone touarègue aux détriments des autres localités du sud? « . » Et si les autres localités aussi prennent des armes pour se faire entendre quel sera l’avenir du Mali ?« , « le président ATT a peut être peur de traquer ces rebelles par crainte d’être traduit un jour devant le TPI pour cause de génocide « , et que sais-je encore ?

Ces attaques étaient à la une partout comme le seul sujet qui défrais la chronique des rues de la capitale. A cela s’ajoutent les commentaires acerbes de certains organes de presse, les Radios surtout. Les plateaux de ces organes étaient particulièrement fertiles en expressions choc visant à chauffer les esprits, à créer un mouvement de panique et d’amalgame, et à designer du doigt certaines couches de notre population comme des pestiférés, des agents de renseignement de la rébellion. D’autres jouant la mouche du coche et poursuivant leur gymnastique intellectuelle faite de présomption, de supputation, et de probabilité ont été de véritables animateurs des places publiques avec tout sortes de propos entre autres : » Le soleil est apparue là où nous avions pointé le doigt « , » la guerre est le seul remède contre une rébellion « , » tant qu’ ATT jette de l’argent par la fenêtre aux paresseux touaregs, tant que le Président est en complicité avec les rebelles, ils vont toujours continuer le massacre de paisibles population du nord « , « tant que les occidentaux payent de rançons, la rébellion continuera « .

Comme si cela ne suffisait pas, nous avons assisté à la participation à cette danse macabre, des personnalités d’envergure internationale. C’est précisément cette déclaration du Ministre français des affaires étrangères Alain Juppé qui affirmait que » la rébellion avait engrangé des succès « .

Quand un arbitre, de surcroît un ministre français des affaires étrangères prend cause et effet pour un camp entre deux frères d’un même pays, cela prouve que le ridicule ne tue plus dans ce monde.

Cette attitude irresponsable et belliciste du ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé prouve à merveille qu’au lieu que le peuple malien s’attend à une condamnation de crime de guerre, du carnage et la barbarie d’Agel Hoc, c’est au contraire l’approbation comme un succès. La diplomatie française nous a payé en monnaie de singe.

Claude Guéant, ministre de l’Intérieur n’avait-il pas raison lorsqu’il affirmait le samedi 4 février lors d’un colloque organisé par l’association étudiante de droite Uni : « Toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique« .

La civilisation malienne, ancrée sur nos valeurs sociétales et religieuses transcende vraiment cette civilisation française qui accepte comme succès une scène de carnage, qui attise la haine sociale et ethnique tout en qualifiant un carnage comme Aguel Hoc comme un succès.

» Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle, s’il n’a l’âme et la lyre et les yeux de Néron »

» Honte à qui peut chanter pendant que chaque femme sur le front de ses fils voit la mort ondoyer »

« Honte à qui peut chanter pendant que les sicaires en secouant leurs torches aiguisent leurs poignards »

Devant une case enflammée, la civilisation malienne privilégie son extinction à la recherche de coupables.

Au lieu de condamner l’atrocité des crimes, au lieu d’encourager notre armée, éprouvée dans sa noble et exaltante mission républicaine de défense de l’intégrité et de la souveraineté nationales, de tels propos méritent une condamnation sans équivoque.

Heureusement qu’un précaire soulagement est venu du ministre français de la Coopération Henri de Raincourt, qui a explicité la position de son pays sur la crise au nord-Mali au travers de trois souhaits : que l’unité, l’intégrité du Mali soit préservée, que les élections présidentielles aient lieu comme prévu et qu’un cessez-le-feu soit rapidement trouvé afin d’entamer un dialogue avec tous les acteurs.

Devant une telle situation de carnage, de crime de guerre, si la civilisation occidentale dont se réclame le ministre français Juppé, fait l’apologie du crime comme un succès, la civilisation malienne fondée sur nos valeurs sociétales et religieuses a une vision contraire. l’islam religion de paix et de tolérance, croyance de 90% de notre population nous enseigne la voie à suivre dans une situation de crise : » qu’il y ait parmi vous une communauté qui appelle au bien, ordonne ce qui est décent et proscrit ce qui est blâmable. Ce seront eux, les bienheureux » la Famille d’Imrane verset104.

Notre Prophète Mohamed (psl) nous interpelle en ces termes : « quiconque constate un fait abominable doit intervenir pour le corriger, soit par la main s’il en est capable, soit par la parole ou à défaut qu’il le désapprouve en son for intérieur. C’est là le stade le plus faible de la foi « .

Par rapport à l’agression, ce passage aussi en est une illustration pertinente. « Un jour, le Prophète déclara, il faut secourir son frère agressé ou agresseur. Dans l’assistance quelqu’un intervint en ce sens; Oh Prophète, nous comprenons secourir son frère agressé, mais comment secourir un frère agresseur ? Le Prophète répondit, en l’empêchant d’agresser est ton secours« .

Quand un malien tue un autre malien quelque soit l’appartenance ethnique, si la civilisation dont se réclame Monsieur Juppé considère cela comme un succès, pour notre civilisation, c’est le Mali le perdant. Nous exigeons de tous citoyens Maliens, épris de paix et de justice une condamnation sans réserve et avec la dernière rigueur ces attaques et prise d’otages dont l’unique motivation n’est rien d’autre qu’une déstabilisation programmée de notre pays cité comme référence de quiétude et de bonne gouvernance dans la sous région ouest africaine d’une part, mais d’autre part nous exhortons nos compatriotes à éviter l’amalgame, car le Mali appartient et aux noirs et aux blancs.

Nous demandons à la communauté internationale d’aider le Mali à se protéger d’une forte contagion terroriste surtout avec l’utilisation des armes très sophistiquées en provenance de la Libye, mais aussi avec des méthodes de crime très atroces. L’utilisation d’une telle scène macabre comme Aguel Hoc mérite une condamnation de la communauté internationale.

Les actes posés par certains touaregs avec des velléité indépendantistes sont graves en ce sens qu’ils constituent une rupture de la paix, chèrement acquise dans cette partie de notre pays, une violation flagrante des idéaux de la Troisième République, et des conventions internationales comme le Traité d’Ottawa sur les mines antipersonnelles.

En vu de maintenir la paix sociale et la dynamique de collaboration et de compréhension avec nos frères touaregs enclenchée par les accords d’Alger, le peuple malien doit soutenir son vaillant armée dans cette douloureuse épreuve et de secourir nos différentes autorités par des propositions heureuses leurs permettant de gérer de façon préventive et anticipative les grands problèmes, leurs fournir des arguments persuasifs pour défendre l’intégrité territoriale sans bain de sang. Nous devons tout faire afin que le poison de la scission du pays n’obsède pas les esprits et exacerbe les passions pour faire vibrer la corde tribale voire une dérive ethnocide.

Nous lançons un SOS à la communauté internationale de condamner avec la dernière rigueur les différentes attaques et embuscades tendues à notre armée par certains frères égarés agissant sous la couverture de minorité ethnique et velléité sécessionniste, avec ses lots de blessés, de morts, et même de disparus.

Dieu Tout Puissant nous interpelle tous dans le coran à travers la sourate Al Houdjourate (les Appartements verset 9 en ceci » si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les. Si l’un des deux groupes agresse l’autre et refuse la réconciliation, combattez donc celui qui a commis l’agression jusqu’à ce qu’il se conforme au jugement d’Allah… »

Mohamed KIMBIRI, 1er Secrétaire à l’Organisation du Haut Conseil Islamique du Mali

16 Février 2012