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La crise du Nord de notre pays est-elle l’argument dont l’impact sera décisif pour obtenir le financement des bailleurs de fonds? En tout cas, dès le début de leurs discours, l’Administrateur associé du PNUD, M. Ad Melkert et le Premier ministre Modibo Sidibé ont fait cas de ce conflit en terme de contrainte économique importante.

M. Melkert a salué la manière responsable avec laquelle le gouvernement s’emploie à résoudre le conflit au Nord du pays et l’a invité à continuer à persévérer dans ce sens.

Dans ce contexte, a-t-il ajouté, il s’avère important que leur assistance commune vienne renforcer les efforts du gouvernement pour le développement du Nord du Mali. Le Premier ministre Modibo Sidibé, après les salutations, a affirmé : “Au moment où nous entamons notre dialogue, je vous sais préoccupés comme nous par la situation dans le Nord-est du Mali.

Fidèle à sa politique de dialogue et de paix, le Mali poursuivra dans cette voie dans les limites de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale, comme rappelé par le président de la République, à l’occasion de la commémoration de son investiture le 8 juin. Le gouvernement est persuadé que l’Accord d’Alger, signé le 4 juillet 2006 avec l’appui de la République sœur d’Algé-rie, reste le cadre privilégié de dialogue et de paix.

C’est dans cet esprit que s’est tenu à Kidal du 23 au 24 mars 2007, le Forum pour le développement des régions Nord du Mali, pour donner une impulsion nouvelle aux actions de développement dans ces régions et contribuer à la paix par le développement. Dans ce sens, je puis vous assurer que le Comité de pilotage chargé d’orienter et d’impulser les actions de mise en œuvre du Programme décennal de développement des régions Nord du Mali se réunira dans les tous prochains jours.

Dans le cadre de la recherche d’une paix durable dans la région, à l’initiative du président de la République, le Mali accueillera dans les prochaines semaines une conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans la région sahélo saharienne”. Le contexte était bien l’ouverture de la 6ème Table ronde des bailleurs de fonds, co-organisée au Centre international de conférence par le gouvernement du Mali et le Programme des Nations unies pour le Dévelop-pement.

Assistaient à la conférence : les membres du gouvernement dont le ministre des Finances, Abou- Bakar Traoré ; le ministre de l’économie, de l’industrie et du commerce, M. Amadou Abdoulaye Diallo ; le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Moctar Ouane ; les présidents des institutions de la République, le chef de file des partenaires techniques et financiers, les ambassadeurs et les représentants des institutions et agences de financement du développement.

Lutte contre la pauvreté
L’Administrateur associé du PNUD a donc rappelé que leur présence à cette conférence consistait à reconnaître les efforts déployés par le gouvernement et marquer leur détermination de continuer à accompagner le Mali sur la voie du développement économique et social, de la croissance et de la prospérité.

Il a remercié le Premier ministre de les avoir associés à la révision du Cadre stratégique de réduction de la pauvreté (CSCRP) et de son plan d’action décennal qui intègre les objectifs du Millénaire pour le développement. Il a soutenu que si des progrès importants ont été réalisés en matière d’économie et d’organisation de l’Etat, force est de reconnaître que leur incidence sur la réduction de la pauvreté a été marginale, particulièrement en zone rurale.

Il a souligné qu’entre 2001 et 2005, la pauvreté rurale n’a baissé que de 73,8% à 73,04%, c’est-à-dire de moins d’un point de pourcentage, ce qui est très inquiétant. Il a ajouté : “Selon le CSCRP, le faible niveau de réduction de la pauvreté s’explique d’une part, par l’insuffisance du taux de croissance et d’autre part, par les défis de la répartition des revenus de la croissance. Il apparaît clairement ici le besoin de procéder à une analyse plus fine des données pour aboutir à des chiffres plus crédibles et concluants.

Et bien que la plupart des actions de suivi convenues à Genève en 2004 ont été lancées, il est important de noter que bon nombre de défis que l’on avait décidé de relever à l’époque ne sont toujours pas remportés”. M. Ad Melkert a même martelé qu’il faut des mesures plus efficaces pour créer plus de prospérité au bénéfice de plus d’hommes et de femmes. Il a néanmoins reconnu qu’il faut que la communauté internationale respecte ses engagements.

La lutte contre la pauvreté, a dit M. Melkert, passe aussi et avant tout par la bonne gouvernance politique et économique, fondée sur la gestion transparente des deniers publics, la justice sociale et le renforcement des capacités de la société civile. Il a constaté les progrès du Mali, a-t-il affirmé, dans ces domaines et dans la mise en œuvre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de la gestion de l’aide extérieure.

Il a fait état de la vulnérabilité de notre économie en raison de l’insuffisance des pluies. Le taux de croissance annuel moyen qui était de 5% sur la période 2002-2006, a-t-il fait remarquer, a chuté en 2007 à 2 ou 3%.

Des défis immenses

Pour le Premier ministre, Modibo Sidibé, notre pays a accompli d’importants progrès vers la stabilisation du cadre macroéconomique. Ainsi, a-t-il dit, les performances économiques se sont traduites par une croissance de 5%.

Il a laissé entendre que dans le domaine social, l’accès aux soins de base et à l’éducation s’est amélioré. Quant à l’eau potable, a-t-il assuré, le nombre de points d’eau modernes a connu une progression. Le Premier ministre a fait observer que c’est en décembre 2006 que le gouvernement a adopté sa nouvelle stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté sur la période 2007-2011 (CSCRP).

Il n’a pas fait honneur au concepteur du Programme de développement économique et social (PDES) du président de la Républi-que en soulignant que les objectifs et priorités du CSCRP ont été pleinement repris dans le PDES qui constitue le socle de l’action gouvernementale.


Pour une croissance accélérée

Pour relever les défis, Modibo Sidibé se fonde sur une stratégie de croissance accélérée qui s’appuie sur l’amélioration de la gouvernance, le renouveau de l’action publique, le développement des secteurs productifs, notamment l’agriculture, la poursuite du programme d’expansion des infrastructures de base, le développement du secteur privé et l’accroissement de l’investissement dans les ressources humaines.

Répondant à M. Melkert, le Premier ministre a reconnu que la qualité de la gouvernance est un gage de succès pour nos politiques et programmes de développement.

De ce fait, il a soutenu : “notre démocratie parfois citée en exemple ne cesse de se consolider, comme l’atteste son prolongement avec la décentralisation, les séquences audacieuses comme l’espace d’interpellation démocratique ou encore l’initiative du président de la République d’une commission chargée de réfléchir sur la consolidation de la démocratie au Mali. En dépit des efforts soutenus qui ont produit des résultats encourageants, les femmes demeurent confrontées à des défis majeurs.

Aussi, le gouvernement qui adoptera bientôt une politique nationale Genre achèvera le processus d’adoption du code des personnes et de la famille issu de larges concertations”. La lutte contre la corruption et la délinquance financière, a-t-il indiqué, a connu une impulsion particulière, touchant à la fois à la prévention, l’amélioration du système, la fréquence des contrôles et les suites réservées.

Pour expliquer le sens de l’initiative riz, le Premier ministre a situé la table ronde au moment où, a-t-il dit, l’environnement international est globalement défavorable puisque marqué par une flambée d’une ampleur inégalée des cours du pétrole sur le marché mondial et la crise alimentaire que traversent presque tous les pays. Les coûts exogènes sont toujours, a-t-il assuré, plus élevés pour les économies des pays les moins avancés, spécifiquement enclavés, comme le Mali.

Il a fait observer : “la table ronde se tient au lendemain de la Conférence de Rome tenue du 3 au 5 juin 2008 sur la crise alimentaire. Une forte relance des productions agricoles est à l’ordre du jour, de nouveaux engagements sont pris. Ici et maintenant, notre rencontre autour de notre choix de faire du développement agricole, le moteur d’une croissance accélérée et durable doit donner un signal fort”.

Les défis recensés dans le discours du premier ministre sont décidément nombreux. La réussite de la stratégie de croissance accélérée exige donc de poursuivre le vigoureux programme d’expansion des infrastructures qui permettent d’attirer les investisseurs.


L’ombre de la corruption

Le réseau routier, a-t-il signalé, est insuffisant. L’accroissement de l’investissement dans les ressources humaines est indispensable et des progrès doivent être poursuivis dans l’éducation de base tout en mettant l’accent sur l’enseignement technique, professionnel et l’enseignement supérieur.

M. Modibo Sidibé a noté les nombreux défis dans le secteur de la santé. Concernant l’appui budgétaire et la gestion de l’aide, il a souligné : “malgré les efforts d’alignement et d’harmonisation, beaucoup reste encore à accomplir pour résolument changer les modes de faire, simplifier les procédures et s’aligner sur les systèmes et procédures nationaux”.

Gageons qu’avec ces discours recensant tous ces défis à relever, les bailleurs de fonds prendront en compte les immenses difficultés de notre pays en panne de politique économique adaptée et comme l’a souhaité Modibo Sidibé, “partageront la confiance que nous avons en nos acquis et en nos atouts afin de nous soutenir et de nous accompagner dans les choix stratégiques et les programmes qui les sous-tendent”.


Baba Dembélé

13 Juin 2008