Partager

Pour avoir accusé une de ses copines de sorcellerie : Une recrue de la douane condamnée à trois mois de prison

Le tribunal de première instance de la commune IV du district de Bamako a jugé, lors de son audience correctionnelle du mardi 27 juillet dernier, une série d’affaires au nombre desquelles celle portant ministère public contre Maïmouna B, une demoiselle, « contrôleur » de douane de son état, poursuivie pour propos diffamatoires contre une de ses amies, Ramatoulaye Sidibé, qu’elle a accusé de sorcellerie.
C’est sur une plainte de Ramatoulaye que Maïmouna B sera interpellée par la police du 5è arrondissement qui transmettra par la suite le dossier au tribunal de première instance de la commune IV. Cette affaire, au départ banal, a fini par prendre rapidement une tournure judiciaire opposant deux jeunes filles appartenant au même groupe d’amies à Hamdallaye.

Cependant, une inimitié, dont on ignore l’origine, s’est installée entre les deux demoiselles. C’est ainsi que, pour se venger de son ex amie qu’elle ne porte plus dans son cœur, Maïmouna informera discrètement les autres membres du groupe et d’autres personnes du quartier que «Ramatoulaye et sa maman font partie d’une secte de sorcières ». Elle va jusqu’à dire à une certaine Ami Diabaté, également membre du groupe, que Ramatoulaye, au détour d’une conversation, aurait déclaré qu’elle nourrit une telle haine pour Ami Diabaté qu’elle n’hésiterait pas à la « manger » si jamais l’occasion se présentait».

Comme si l’accusation n’est pas déjà suffisamment grave, c’est le mari de la même Ami Diabaté qui reçut dans son salon, quelques jours plus tard, Maïmouna B. Et pour apprendre d’elle que sa femme est dans le viseur d’une amie du groupe adepte de la confrérie des « mangeuses d’âmes ».

Naturellement, Laciné Bagayoko, mari de Ami a pris très au sérieux cette «confidence». Il se rend aussitôt au domicile de Ramatoulaye, la présumée sorcière, qu’il informa de ce qu’il a appris non sans la mettre fermement en garde en menaçant de se venger si jamais sa femme venait même à souffrir d’un mal de tête.

Suite à cette alerte du mari de Ami Diabaté, Ramatoulaye compris toute la gravité de la situation. Lorsqu’elle a réuni le groupe et posé le problème, Maïmouna a aussitôt déclenché une dispute avec certains membres du groupe créant une totale confusion qui oblige la sœur aînée de Ramatoulaye à congédier tout le groupe.

Dans la même foulée, une autre amie, Fatou Coulibaly, détentrice, elle, d’un salon de coiffure, aura la même information de Maïmouna qui lui conseille de prendre désormais toutes ses précautions lorsqu’elle doit tresser Ramatoulaye.

Elle lui recommanda précisément de citer plusieurs fois la Fatiha et la sourate Koulhouwalahou avant de la tresser.
Pourtant devant le tribunal, la prévenue a choisi d’aller à contre-courant de ses allégations contenues dans le procès verbal de la police où, elle disait même disposer de témoins confirmant la sorcellerie de Ramatoulaye.

Pourtant, tous les témoins à charge ont attesté avoir été informés par l’accusée elle-même. Celle-ci a même poussé la dénégation en soutenant face à Fatou Coulibaly, que Ramatoulaye n’est pas une sorcière et surtout qu’elle ne lui a jamais dit de réciter préalablement certaines sourates du coran pour se protéger d’elle.

«Maïmouna, c’est quoi être sorcier ? As-tu une fois surpris un sorcier à l’œuvre ? Es-tu au courant de ce que Ramatoulaye est une sorcière?» A ces différentes questions du président du tribunal, la prévenue a répondu par la négative.

Et, à cette autre interrogation : Pourquoi donc qualifier ta copine de « sorcière » ?-Elle n’a su que répondre.
Pour la partie civile qui avait pour conseil Me Soumaré, il s’agit d’une affaire qui est loin d’être banale.

Parce que les accusations formulées ne sont pas sans occasionner de graves préjudices pour la partie civile. D’abord, elle ne peut plus vivre en sérénité dans son Hamdallaye natal où elle perdra la sympathie de beaucoup d’amies et parents, ensuite son commerce en pâtira, sans compter le risque qu’elle court désormais d’être évitée par ses éventuels prétendants

Pour le Ministère public, la prévenue qui a accusé, sans en avoir la preuve, une honnête citoyenne, de faits de sorcellerie, tombe sous le champ d’application des dispositions de la loi relative à la presse et aux délits de presse, précisément en son article 41 sur la diffamation.
Dans son délibéré rendu le 3 août 2010, le tribunal a retenu Maïmouna B dans les liens de la prévention. Elle a été condamnée à 3 mois d’emprisonnement plus 100.000 F CFA d’amende.

Oumar Diamoye

L’Aube du 05 Août 2010.