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Les postes de péage et de pesage contribuent-ils au développement des infrastructures routières ou sont juste du pain-béni pour certains ? L’ouverture d’une enquête s’impose là aussi.

Depuis décembre 2007 on assiste au Mali à la naissance des postes de péage et de pesage sur les axes routiers. Les premiers postes ont été ceux de Kayes, Diboly, Sanakoraba et Wabaria. Progressivement il y a une multiplication presque exponentielle des postes à l’intérieur du pays.

Si l’on se réfère à la raison fondamentale d’existence des postes : « sans être une taxe, le péage est une redevance d’usage de la route », les revenus sont utilisés pour la réhabilitation des routes, le paiement des taxes pour le développement des communes qui abritent ces postes.

Est-ce qu’un patriote qui sait faire une lecture des options de développement et d’indépendance d’un pays, qui peut s’offrir un véhicule va poser des problèmes pour payer cette redevance pour son pays ? Je suppose que non. Mais si l’on se retrouve face à des impertinences ou des paradoxes, les agneaux souvent peuvent sortir des griffes.

Racket au poste de péage de Kita

Kita est un cercle de la région de Kayes, situé à environ 185 km au nord-ouest de Bamako. Entre Bamako et Kita il y a deux postes de péage : le poste de péage sur l’axe Bamako-Kayes juste après le poste de contrôle de Kati et le poste de péage situé à environ 7 km avant la ville de Kita.

Depuis l’ouverture du poste de Kita jusqu’en décembre 2011, un usager qui venait de vers Kita pour Bamako payait la redevance au péage de Kita et arrivé au poste de péage de Kati, il ne restait plus à l’usager que de présenter le ticket pris au péage de Kita pour passer et vice-versa pour l’usager qui partait de Bamako pour Kita. Ainsi, subitement, en décembre 2011, les tenants du poste de péage de Kita sont rentrés dans un système de « racket organisé ».

Un soir de décembre nous arrivons de Bamako au poste de péage de Kita. Lorsque nous présentons le ticket dont nous nous sommes acquitté au poste de Kati ; le barragiste nous demande si notre destination finale c’est Kita ou si nous devons continuer au-delà de la ville de Kita ? Pour un départ nous ne comprenions pas trop le sens de la question et alors nous lui avons rétorqué en lui demandant pourquoi nous devons lui dire où nous allons. Il répond que si nous devons continuer au-delà de Kita nous devons payer la redevance. Ne voyant aucune logique dans l’approche, nous lui avons dit que nous ne voyons pas pourquoi nous devons dire au niveau d’un poste de péage notre destination. Face à l’évidence, il soulève la barre.

Le 27 février 2012 quand nous sommes arrivés au même poste de Kita, nous présentons notre ticket pris au poste de Kati deux heures plutôt. Les péagistes de Kita nous ont demandé de payer la redevance et qu’il y a une note envoyée par leur direction. Nous avons parcouru la note qui disait que les usagers de Bamako-Kita-Saraya devaient payer la redevance au niveau du poste de Kita mais la signature était illisible.

Le paradoxe est que au poste de péage de Kati nous nous étions permis de demander si nous devions encore payer au poste de Kita : la réponse était non. Nous avons mené une enquête au niveau d’une compagnie de transport en commun de la place « Mandé Transport ». Leurs cars non plus ne payaient pas la redevance à l’entrée de Kita.

Le lendemain nous nous sommes rendu chez le directeur de l’ONT de Kita pour essayer de comprendre la situation. Celui-ci a laissé entendre qu’il a été saisi par plusieurs usagers pour la question et qu’il avait saisi le commissaire de police et le commandant de brigade de Kita pour que leurs éléments au poste de contrôle de Kita veillent sur la gestion des désagréments susceptibles d’être causés aux usagers, car lui-même venait d’avoir des prises de bec avec les agents du même poste quelques jours avant.

Une affaire de famille

En réalité, les tenants du poste de Kita profitent du fait qu’il est ouvert une route Kita-Saraya qui conduirait jusqu’au Sénégal. Cette nouvelle route fait le contournement de la ville de Kita côté sud. Donc au poste de Kita, font-ils trop de zèle en voulant faire payer la redevance par ceux qui vont emprunter l’axe Kita-Saraya et aussi profiter de la passivité des autres qui vont rester à Kita pour leur soutirer de l’argent ou quelles sont leurs motivations réelles ?

En effet, pour faire payer la redevance par les usagers allant vers Saraya, il serait plus indiqué d’ouvrir un poste de péage juste après la ville de Kita. Cela paraît plus indiqué que de demander aux usagers leurs destinations finales.

Mais, c’est le Mali qui sait ? Si nous nous en référons à une réaction d’un péagiste de Kita quand nous lui avons dit qu’ils font du racket sur les gens il répondit tout simplement. « Si c’est du racket saches que les décisions sont prises à des niveaux supérieurs tu peux aller les voir ». C’est une diversion. De toutes les façons, ce sont des systèmes bien connus : famille, amis de la famille, copines, cousins, cousines, neveux et nièces… du boss de la boîte qui sont généralement les employés au niveau des postes de péage et de pesage.

Il serait souhaitable que les responsables de l’Autorité routière s’il y en a encore éclairent la lanterne des uns et des autres sur le cas du poste de péage de Kita. Si la note affichée au poste de Kita est de la direction ; elle prête encore à confusion. Bamako-Kita-Saraya, c’est vague sur cet axe. Il y a beaucoup d’étapes et de postes de péage.

Drissa Traoré

Le 25 Avril 2012