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M. T. s’est retrouvé dans une relation dont il ne voulait pas au départ mais qu’il a fini par subir comme on subit un destin. M. T. est un jeune homme d’une trentaine d’années. Grand de taille et corpulent, il est de teint noir, d’une « noirceur plutôt agréable » comme on dit en bambara.

une-59.jpgIl est diplômé de l’Ecole nationale d’administration (ENA) en économie. Il chôme depuis 2002, date de la fin de ses études. Courageux au feu, il ne se fatigue pourtant pas et hante les bureaux, les entreprises, bref, toutes les structures susceptibles de le recruter. C’est au cours de ces longues pérégrinations à la recherche d’un job donc que M. T. se retrouve un jour dans l’entreprise de Mme B. S. qui roule sa cinquantaine.

A la vue de ce beau corps jeune et tout de muscle, Mme B. S. est tout de suite « chaos », pour faire branché. C’est donc le coup de foudre chez elle. Mais comment faire pour avoir ce beau corps dans son lit, avec elle ? Dame B. S. est certes riche, mais sans avoir le double de l’âge de l’éphèbe M. T., elle aurait pu l’avoir comme fils !

Dame B. S. donne rendez-vous à M. T. Naturellement, ce dernier est aux anges. Il a enfin décroché son job libérateur des humiliations de toutes sortes qu’il essuie tous les jours en tant que chômeur. Mais voilà, avec B. S., le boulot qui l’attend est quand même assez… particulier. D’ailleurs, on ne le lui propose pas tout de suite. On le fait espérer. On l’appâte, longuement, patiemment, intelligemment. Chaque jour que Dieu fait, dame B. S. « convoque » M. T. dans son entreprise jusqu’au jour où… le piège à lui tendu par « la vieille fille » se referme sur lui, définitivement, hermétiquement.

Des dîners bien arrosés dans les restos huppés de la capitale suivis de parties de jambes en l’air dans les meilleurs hôtels. Au début, après chaque relation, M. T. a envie de vomir. Son propre corps le dégoûte. Il a envie de disparaître de ce monde… Mais, avec le temps et l’expérience de la vieille fille, il finit par s’y faire, et même y prendre goût.

Et le voici amoureux à son tour ! La routine ajoutée au goût d’une vie facile a fait le reste.
Et depuis, les deux tourtereaux se fréquentent, au grand dam des parents de M. T. et aussi de son ex-jeune copine qui pleure toutes les larmes de ses yeux parce qu’une « sakoro » lui a ravi son Jules !

M. T. reste physiquement bien portant. Mais la pression de ses parents qui ont hâte de le voir se marier avec une jeune fille pour leur donner des petits-enfants et la forte réprobation de l’entourage le traumatisent profondément. Et d’autant plus que sa désormais copine (qu’il aime sincèrement), pour cause d’âge trop avancé, ne peut pas lui faire d’enfant !

Que faire ? M. T. se trouve entre deux feux : celui de dame B. S. qui fait un chantage monstrueux en le menaçant de licenciement même s’il rêvait de se marier à deux et celui de ses parents qui, de leur côté, menacent de l’exclure de leur héritage s’il ne se résout pas à quitter Mme B. S. pour épouser une jeune fille de son âge.
Un choix cornélien s’il en est ou la danse impossible.

Sétè TRAORE


30 Juillet 2008


Qu’en pensent les religions?: Unanime désapprobation

une-60.jpgToutes les religions, révélées comme traditionnelles, sont unanimes à condamner la prostitution, particulièrement celle masculine.

Pour M. S., prêcheur à Djicoroni, la condition économique et l’éducation sont les principales causes de ce nouveau phénomène et de bien d’autres dépravations de nos moeurs. Quand les chefs de famille sont pauvres au point de ne pouvoir satisfaire les besoins des siens, sa famille ne peut que lui échapper.

Ce qui pose le problème de l’éducation. En effet, autrefois, continue M. S., nos mères et pères nous ont donné une bonne éducation. Ainsi, ne pouvait-on pas imaginer un homme, encore moins un jeune garçon se faire entretenir par une vieille dame pour des motifs bassement sexuels. Le garçon était si bien éduqué et encadré que l’idée même de commettre l’adultère ne lui serait jamais venue.

Après la circoncision, il passait par les sociétés d’initiation et partageait, jusqu’au mariage, la même chambre que ses camarades d’âge. Mieux, il était enseigné aux garçons et aux filles que la vraie noblesse était de vivre à la sueur de sa vie.

On leur apprenait à se battre, à endurer des difficultés de toutes sortes sans jamais s’abaisser, à ne pas céder à la tentation de la chair, surtout quand ce n’est pas légitime, ce que les Bambaras appellent à juste titre le fanden to ! Le jeune qui a appris à se battre et à gagner dignement sa vie aura honte, quelles que soient les difficultés matérielles, de s’abaisser au point de se prostituer, à faire certaine chose dans la vie.

Aujourd’hui, les enfants sont laissés à eux-mêmes. Ni leurs parents ni leurs maîtres ne leur apprennent plus les bonnes manières. On enseigne mais on n’éduque plus. C’est ça le drame. C’est pourquoi les jeunes font ce qu’ils veulent parce qu’ils sont sans repère. Ils s’accrochent à n’importe quelle vie.


Tolérer, mais…

Pour D. K., un révérend aucun chef de famille ne doit admettre que son enfant soit ainsi. L’église n’admet pas de tels comportements. Une communauté est formée à partir d’une famille. C’est dire que personne ne doit se prostituer pour de l’argent : en bafouant sa dignité d’être humain.

L’église est contre toutes sortes de prostitutions. Elle est contre la prostitution masculine, qui n’est pas du tout bon pour l’équilibre de la famille et de la société.
Elle est totalement rejetée par la Bible.

Cependant, on doit être un peu tolérant avec eux parce qu’elle est le fruit d’une éducation ratée. Bien qu’elle soit acceptée dans certaines communautés, l’Eglise se prononce catégoriquement contre la prostitution car Dieu a créé le monde pour qu’il y ait de la vie. L’homme et la femme peuvent se marier même avec un certain écart d’âge.

L’éducation et la condition économique, aggravé par le chômage, poussent beaucoup de jeunes à adopter certains comportements condamnés par la morale et les religions. Pour notre révérend, l’homme ne doit pas admettre des pratiques qui l’humilient. La prostitution humilie ceux qui la pratiquent. L’homme doit préserver sa propre dignité pour se faire respecter.

Epilogue

L’autre prostitution masculine dont on n’a pas beaucoup fait cas ici est celle d’homme à homme qui elle, aussi, connaît un essor sans précédent à Bamako, dans les milieux homosexuels. Mais qu’elle soit masculine, féminine ou homosexuelle, la prostitution est condamnée et condamnable.

Essor du 30 Juillet 2008