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L’application de la loi sur le port obligatoire du casque devait se faire avec beaucoup de tact et de diplomatie. Une sensibilisation plus poussée est exigée.

Le conseil des ministres du mercredi 20 septembre a pris la décision de la mise en œuvre du contrôle et de la sanction des contrevenants au port du casque à partir du 1er octobre 2012. Le communiqué lu à la télévision nationale indique qu’au Mali, « plus de 60 % des accidents de la circulation routière impliquent les engins à deux roues et plus de 70 % des victimes, usagers de deux roues, sont soit tués par traumatisme crânien, soit souffrent des séquelles durant tout le reste de leur existence ». Et de poursuivre « qu’il est pourtant démontré que le simple port du casque permet de sauver la vie parce qu’il empêche le cerveau de heurter le crâne avec force ou le contact direct entre le crâne et l’objet heurté notamment le goudron ».

Certes, prendre des initiatives pour protéger la vie des concitoyens est salutaire, mais pourvu qu’elles soient dans les règles de l’art. Pour le département, « sur le plan réglementaire, un décret du 26 mai 1999 rend obligatoire le port du casque de protection pour les conducteurs et les passagers de motocyclettes et vélomoteurs de cylindrée supérieure ou égale à 100 cm3.

Mais cette loi dite impopulaire semble ne pas être acceptée par la majorité des utilisateurs des deux roues. A l’absence de toute sensibilisation, (spots publicitaires), le ministre Tiéfing Konaté, à moins de 10 jours du 1er octobre, date fatidique coïncidant avec la rentrée met en garde les motocyclistes à deux roues. Il annonce la sortie de la police pour une opération musclée visant sans complaisance à faire respecter la loi. « Les contrevenants s’exposent aux sanctions d’immobilisation de leurs engins, de mise en fourrière, de peines allant de deux jours à trois mois de prison et d’amendes ».

Une telle éventualité ne pouvait que mettre à mal ceux qui ne disposent pas de casque ou qui ne veulent pas en porter pour des raisons diverses. Aussi, les commentaires vont bon train sur une mesure qui ne date pas d’aujourd’hui quand on sait que même le général Moussa Traoré et le président déchu ATT l’ont initiée sans succès.

Ainsi des explications de tous genres fusent pour justifier l’attitude des autorités. Loin de la sécurité routière évoquée comme prétexte, ces mesures, selon plusieurs usagers, visent à renflouer les caisses de l’Etat et enrichir des opérateurs économiques véreux

« L’Etat malien veut renflouer ses caisses au détriment des citoyens. Avec ces mesures envisagées contre les propriétaires d’engins à deux roues à partir du 1er octobre, le gouvernement veut certainement récupérer en partie ce qu’il a perdu ». C’est ce qui expliquerait certainement à leurs dires, la montée du prix du gaz butane, de l’essence et très prochainement de l’électricité. « C’est le pouvoir d’achat du Malien moyen qui est visé qui trouve à peine sa pitance quotidienne », martèlent des chefs de familles.
Saupoudrage

A analyser la situation, la sécurité routière, la protection des citoyens… ne sont que des prétextes pour imposer de nouvelles dépenses aux responsables de familles déjà éprouvées par la vie chère. Il n’y a pas longtemps, certains opérateurs économiques privés de connivence avec des agents de l’Etat ont voulu faire du port de casque une obligation. La mesure n’a pas eu l’assentiment de la population.

Que veut le ministre de la Sécurité intérieure ? Des experts voient en la mesure du département une fuite en avant, « La plupart des accidents est due à des comportements humains malsains en particulier le non-respect des règles élémentaires du code de la route. L’insécurité routière est donc un problème de société. Il n’y a que l’éducation pour résoudre cette équation. Mais, en la matière, l’Etat ne fait que du saupoudrage au lieu d’élaborer et d’exécuter une vraie campagne de communication sur ce fléau ».

Il est évident que l’application de cette loi sera très difficile et risque d’engendrer d’autres problèmes si chacun se braque sur sa position. En effet, il est à craindre que des attitudes de défiance préjudiciables à l’ordre public ne soient provoquées.

Pas besoin d’enquêtes ni d’étude pour savoir que dans le contexte actuel de « vie chère » qui prévaut au Mali, l’opportunité de l’application de la mesure sur le port du casque est irréfléchie. La situation socio politique et économique ne s’y prête pas à moins que d’autres motivations inconnues du citoyen en soient le déclencheur. Si c’est au nom de la sécurité des usagers, la répression peut-elle avoir plus d’effets positifs que la sensibilisation ?.

La sensibilisation sur les effets bénéfiques du port du casque pourra plus inciter les citoyens à adhérer volontairement au port du casque.

Amadou Sidibé

21 Septembre 2012