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La mode a atteint son paroxysme dans notre société. Jadis, le style vestimentaire était aussi très simple et beaucoup apprécié par les patriarches. Le corps était recouvert entièrement sans laisser entrevoir une infime partie. De nos jours, avec l’importation abusive des habits de l’extérieur notamment des prêts-à-porter, la couche juvénile a tendance à adopter un autre style vestimentaire : le port des jeans blessés( des jeans avec des déchirures et écorchures ). Pour certains, cette nouvelle  manière de s’habiller est appréhendée comme la mode. Pour d’autres, c’est juste un signe de manque d’éducation et du banditisme. 

A peine ses études terminées, Amasa Traoré, un jeune diplômé et excellent en comptabilité a postulé pour un boulot dans une entreprise de la place. Quelques mois plus tard, il est appelé pour un entretien d’embauche. Friand des jeans blessés, il se présente avec un blanc plus une chemise manche longue. Déjà avant d’entrer dans le bureau du directeur qui était censé lui recevoir, son style vestimentaire lui a posé un problème  qu’il n’oubliera peut être jamais. < Je n’oubliera jamais ce jour. Quand je suis entré dans son bureau, avant même de m’asseoir, le directeur m’a dit de sortir qu’il ne pouvait pas me recevoir à cause de mon jean blessé. Et il a d’ailleurs ajouté qu’il ne me recevrait plus. Pour lui, cette façon de s’habiller n’est pas adéquate voire propice pour un employé>; a confirmé le jeune homme. 

Or, plusieurs jeunes comme Amasa Traoré portent des jeans pour diverses raisons. Pour certains, c’est juste pour la beauté et marquer l’appartenance à un groupe social.< Les jeans blessés, j’adore. Je les porte pour plus d’élégance et montrer que je suis jeune. Je ne vais pas porter des boubous comme des vieux> ; a dit Kara Kounta sans avoir froid aux yeux. 

Pour d’autres, porter les jeans blessés, symbolise être dans un monde branché,  être en parfaite harmonie avec la modernité. < A Bamako, sauf une portion de personnes qui porte ces jeans, la plupart des porteurs, sont des jeunes civilisés qui valorisent la sape. C’est d’ailleurs l’habit favori de mes amis rappeurs>; a conclu CHAKA Tomoda.

Un style vestimentaire mal vu et mal  compris par la société …

Dans la société, qu’ils soient éduqués ou pas, bons ou mauvais, justes ou injuste, bandits ou dignes, certaines personnes jugent déjà très mal les jeunes qui portent les jeans blessés. Ils ont une mauvaise étiquette partout où ils passent. < Tous les jeunes qui portent  les jeans blessés, sur 100 %, vous verrez que c’est seulement 10 % qui sont polis. J’avoue et j’assume, ce sont des délinquants et des bandits de grand chemin>; a affirmé Sada Ali KONE, un vendeur de Kiosque. 

Dans la vie professionnelle, ce pantalon  n’est pas le bien venu, il n’a donc pas sa place dans ce secteur. La solution est alors de l’éviter.< Déjà avant de venir à un entretien d’embauche, lorsque vous vous présentez dans un jean blessé, c’est un manque de respect à l’égard de vous même et de la personne qui vous reçoit. Et il faut avoir une éducation de faible niveau pour s’habiller ainsi >; a déploré Karounga Diarra, chef d’entreprise.

L’habit ne fait pas le moine, a-t-on l’habitude de dire, ne serait-il  pas préférable de laisser chaque personne s’habiller comme elle veut ?  

La société change, les époques n’ont pratiquement pas la même mode de vie. Les jeunes ne seraient-ils pas les produits de ce XXIe siècle qui leur a imposé une nouvelle méthode de vie ? En tout cas, les sociologues pensent qu’il faudrait donner plus de liberté à tout un chacun de s’habiller. Il ajoute qu’il ne faut pas aussi vite juger son prochain à travers une simple apparence.< On ne peut pas dire à nos jeunes d’aujourd’hui de porter des gros boubous d’antan, c’est inadmissible. Le monde évolue, donc il faut se mettre dans son canal d’émergence. Je ne dis pas d’exhiber les parties intimes du corps, mais porter les jeans blessés, n’a rien avoir avec un manque d’éducation ou de non respect>; a dit Fofana Keita, Sociologue. 

Toutefois, les parents pensent  que le style vestimentaire n’impacte pas l’éducation de l’enfant. Selon eux, tout est une question d’une bonne éducation familiale et scolaire. 

Adama Sanogo

@Afribone