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Malgré l’interdiction par la mairie de la pratique de la teinture devant les concessions, certaines femmes continuent à mener la vie dure aux populations de Daoudabougou (Commune V).

La pollution de l’environnement est un problème crucial à Bamako et environs. Daoudabougou, un quartier de la Commune V, ne fait pas exception. Aujourd’hui, il n’y a plus de rue où l’on ne trouve une ou deux teinturières.

Teinturière de renommée depuis 6 ans, Fatoumata Traoré, emploie trois personnes. Elle rend la vie impossible aux riverains du marigot qui sépare Daoudabougou et Niamakoro. En effet, elle a pris la mauvaise habitude de déverser de l’indigo dans le cours d’eau malgré les protestations.

Approchée, F. T. nie l’évidence et affirme que « c’est seulement l’eau de rinçage que je verse dans le marigot ». A l’image de F. T., Bintou Camara, une autre teinturière, qui a hérité le métier de sa mère, ne fait pas mieux.

Même si elle aide son époux dans ses dépenses quotidiennes grâce à son activité, Bintou reste la cible de ses voisins. Elle aussi déverse de l’indigo dans la rue, ce qui cause des désagréments aux passants. Sous la pression, Bintou n’a fait que déplacer le problème en versant l’indigo dans les caniveaux. Mais là aussi, les plaintes fusent de toutes parts.

Fatoumata Sidibé, une de ses voisines, explique : « Nous subissons cet état de fait depuis des années. L’odeur nous dérange beaucoup. Nous n’avons rien pu faire pour qu’elle cesse cette pratique ». Fatoumata, une mère de famille, ajoute : « Elles mettent les eaux usérs dans les caniveaux qui ne sont pas fermés, l’odeur nous suffoque. On a un voisin qui chaque fois les dénonce à la mairie. Ils viennent saisir leurs matériels. Mais, il suffit qu’elles aillent payer un peu d’argent à la mairie pour que ça recommence ».

Santé publique en danger

Bintou C. se dit consciente des torts occasionnés et du danger lié à la pratique de ce métier. « Si on dure là-dedans on peut avoir des problèmes de santé », reconnaît-elle.

A la mairie de la Commune V, le 3e adjoint au maire, Nouhoum Tangara chargé de l’assainissement nous explique les actions menées par sa collectivité : « On m’avait dit qu’une rue est inondée par les teinturières, j’avais envoyé une équipe saisir leurs matériels et leur imposer de réparer la rue. Mais très honnêtement je me suis pas déplacé pour constater de visu l’application des mesures édictées. Présentement, on travaille avec une ONG et le Pnud sur la question ».

M. Tangara jure la main sur le cœur qu’ « un espace a été aménagé vers la mairie de Kalabancoura et qui va être le quartier général de toutes les teinturières de la zone. Ainsi les marigots, les rues ne seraient plus polluées ».

Pour le médecin-chef de l’Association sanitaire de la Commune de Torokorobougou et du Quartier-Mali (Asacotoqua), Dr. Samba Traoré, « les produits de teinture sont constitués de beaucoup de substances chimiques (monoxyde de carbone, soude etc.) ». Celles-ci, à l’en croire, une fois inhalées par l’homme, s’accumulent dans les poumons qui, à la longue, sont compressés. « Ces différents composants chimiques sont très toxiques pour les poumons. Ils auront pour conséquence une toxicité pulmonaire très grave ; donc des affections pulmonaires et bronchiques », dit-il.

Il urge, pour les autorités municipales prennent des mesures énergiques pour pallier la pollution de l’environnement dans les quartiers.


Assétou Diarra

(stagiaire

25 Février 2009