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Si le président de la République IBK veut terminer son mandat, sans trop de casse, il y a trois pièges qu’il doit éviter.

Le premier des pièges qui le guette, est de se laisser happer par tous ces courtisans qui ne sont en réalité que des chercheurs de « na songo ».

De la campagne à son investiture, que n’a-t-on entendu ! A croire que si IBK n’avait pas existé, il aurait fallu le créer de toutes pièces. Ceux qui pratiquent l’homme, disent de lui qu’il est sensible aux flatteries et aussi généreux, très généreux, paraît-il. Qu’on s’entende bien. Loin de nous, l’idée qu’IBK pourrait financer ses flagorneurs, nous n’en avons aucune preuve.

Nous disons pitié. Pitié pour cet homme qui vient à peine de s’installer et déjà les rapaces de tout acabit foncent sur lui. De sa posture actuelle, IBK saura-t-il faire la part des choses ? Saura-t-il résister à ces nouveaux chants de sirène ? La leçon est bien connue : tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.

Peut-être qu’IBK a déjà lu les Mémoires de Valéry Giscard d’Estaing « Le Pouvoir et la vie » et qu’il se rappelle de la partie sur les courtisans. VGE met en garde contre certains courtisans qui pensent qu’ils ne pourraient vous être redevables que s’ils vous apportaient une information qu’ils auraient apprise et dont ils n’auraient pas eu la possibilité de vérifier l’exactitude.

Pour notre part, nous commençons déjà à suer à grosses gouttes. Oui, nous suons, par anticipation, pour le jour où il se rendra compte, trop tard, qu’il a été piégé par ces courtisans. Il pourrait, par précaution, demander conseil à ses prédécesseurs. Sans être élue, l’épouse du président Alpha Oumar Konaré avait, au cours d’un débat sur le plateau de l’ORTM, exprimé ce qui nous parut être un mélange de dégoût et de surprise face à l’attitude des gens qui, au début du mandat de son mari de président, la saluaient avec obséquiosité et qui, sentant la fin du régime d’AOK, n’hésitaient pas à détourner le regard ou cherchaient presque à se cacher, dès lors qu’il leur arrivait de la rencontrer au détour d’un chemin.

Tous les analystes politiques s’accordent à dire que les Maliens placent trop d’espoir en IBK. Saura-t-il répondre à toutes ces attentes dans un pays miné par la corruption (que lui aussi promet de combattre), l’absentéisme et le retard chronique des fonctionnaires (qu’il promet aussi de combattre sans parler d’augmentation de salaire) ?

De quels moyens dispose-t-il ? D’abord de sa bonne foi. Ensuite, de la justice. IBK sait très bien le degré de pourrissement de l’appareil judiciaire. Réussira-t-il à mettre au pas tous ces magistrats corrompus et incompétents qui jettent l’opprobre sur une corporation dont le seul nom, ailleurs, fait trembler riches et pauvres ? Nous attendons de voir.

Le second piège, aussi pernicieux que le précédent, est lié à l’image de l’homme et à ce qu’il posera comme acte. La pratique ces vingt dernières années, est que nos dirigeants se soucient plus de leur image et deviennent sourds aux gémissements du peuple qui croupit dans une misère effroyable.

Les médias d’Etat, ont toujours entretenu le culte de la personnalité. L’ORTM dont on dit qu’il a la passion du service public, ne « roule » que pour le prince du jour et les opposants et autres mécontents peuvent « aller se faire pendre » selon l’expression de Mugabe à l’endroit de ses opposants.

A force de servir de caisse de résonance pour le pouvoir, l’ORTM est honni par la majorité des Maliens. Qui ne souvient des « baros » montés de toutes pièces par un ancien DG de l’ORTM passé maître dans l’art de la désinformation ? Les reportages qui concernaient ATT étaient parfois montés par le DG lui-même. Ce genre d’attitude faisait honte à la profession.

Et pourtant, l’ORTM regorge de potentialités qui ne demandent qu’à travailler en vrais professionnels.

IBK va-t-il, lui aussi, verser dans le culte de la personnalité ? Comprendra-t-il qu’il ne s’agit pas d’occuper les antennes de l’ORTM pendant plus d’une heure pour faire passer son message ? Saura-t-il écouter les sages conseils de ses conseillers en communication ? Ses ministres pourront-ils se départir de cette formule scabreuse que d’autres, sous ATT, en avaient fait un leitmotiv : « Au nom du président de la République, blablabla ».

Derrière ce que nous appelons une obsession primesautière qui habitait ces ministres, se cachait un calcul de survie politique pour au cas où… Sous le même ATT, des ministres exigeaient un embargo sur la diffusion des reportages qui les concernaient au motif que le PR était absent du Mali (sic).

IBK sait très bien le traitement que l’ORTM avait réservé aux activités de son parti le RPM depuis qu’il avait démissionné de l’Adéma, le parti au pouvoir. Quand nous apprenons que c’est ce même DG de l’ORTM qui a eu l’outrecuidance de débarquer avec femme, armes et bagages chez IBK pendant la campagne présidentielle, nous disons Allah Akbar !!! Que le ridicule ne tue plus au Mali bien au contraire…

Le 3e piège qu’IBK doit éviter, viendrait des groupes de pression constitués de ceux qui lui ont apporté leur soutien, et qui seraient tentés de lui dicter ou lui imposer un code de conduite. Maintenant que la victoire est bien acquise, ils ne se gêneraient pas de lui demander un renvoi d’ascenseur, au cas où, il serait frappé de subite amnésie. Saura-t-il leur rappeler cette formule de Gbagbo que « le fauteuil présidentiel n’est pas fait pour deux paires de fesses ». Ce qui, dans le cas du Mali revient à dire qu’il est le seul président élu et qu’il n’attend pas céder aux injonctions venant de la part de quelques groupuscules quels qu’ils soient.

Dans le cas contraire, il verrait grandir le camp des opposants politiques et des frustrés qui l’attendront forcément au tournant si l’idée lui venait de vouloir briguer un second mandat.

Que Dieu sauve le Mali !

M. C.

Les Échos du 26 Septembre 2013