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«La politique sanitaire et sociale du Mali 1992-1997 : les choix, les actions et les perspectives» ! Tel est le titre d’un ouvrage qui sera lancé ce samedi 14 octobre 2017. Il s’agit d’une œuvre collective rédigée sous la conduite de Modibo Sidibé, ancien ministre de la Santé, de la Solidarité et des Personnes âgées.

Mettre à la disposition de la population, des partenaires et des planificateurs du secteur «une documentation indispensable à la connaissance et à une meilleure compréhension de la trajectoire» du système sanitaire et social du Mali ! Telle est la motivation des auteurs du livré intitulé «La Politique sanitaire et sociale du Mali 1992-1997 : les choix, les actions et les perspectives».

Cet ouvrage collectif, qui sera lancé ce samedi 14 octobre 2017, met en relief l’épisode relatif au relèvement de la situation sanitaire et sociale du pays qui était «précaire et très préoccupante à l’orée des années 1990». «Etat des lieux en 1992», les «Orientations, management, coordination d’ensemble et coopération», la «Politique sectorielle de santé et de population», «Solidarité et Personnes âgées», «Economie sociale et solidaire», les «Ressources humaines, matérielles et financières» et «Ethique, déontologie et contrôle» sont les charpentes de cet ouvrage appelé à combler un immense vide en termes de documentation sur la politique sanitaire et sociale de notre pays.

La création en juin 1992 d’un ministère de la Santé, de la Solidarité et des Personnes âgées traduisait déjà «les ambitions sanitaires et sociales des nouvelles autorités». Une vision axée sur la justice sociale et l’égalité des chances à la hauteur des attentes suscitées par l’avènement de la démocratie.

«Si la prise en compte du groupe des personnes âgées à un niveau ministériel marquait à leur égard un SOUCI SPECIAL, l’abandon du qualificatif de PUBLIQUE (santé publique) donne à la santé toute sa globalité», précisent les auteurs dans l’introduction du livre. Quant à la notion de «Solidarité», en rupture avec celle des «Affaires sociales», elle prône «une approche plus dynamique à travers un dispositif moderne de protection sociale, de prévoyance et d’assistance promotionnelle».
Un bond prodigieux en cinq ans

La situation sanitaire et sociale du Mali était très préoccupante en 1992. À cette époque, le Mali comptait seulement un médecin pour 23 000 habitants, deux fois moins que ce que recommande l’OMS. Et la répartition favorisait abusivement les grands centres, notamment la capitale. Il n’y avait qu’un pharmacien pour 202 000 habitants (recommandation OMS 1/20 000), une sage-femme pour 24 500 personnes (1/5000 pour l’OMS).

Et les fonds publics alloués à la Santé ne représentaient que 5,28% du budget de l’Etat. Une proportion deux fois en dessous des normes internationales. Des hôpitaux délabrés et moins outillés pour anticiper, pour faire face à une épidémie ou une catastrophe quelconque ; des aberrations administratives comme une pression fiscale entre 20% et 30% sur le matériel médical et les médicaments de spécialités… Tel était le sombre tableau au début de l’expérience démocratique.
Ainsi, en dépit des efforts fournis et de certains progrès enregistrés depuis l’indépendance, «la situation demeurait précaire avec une morbidité et une mortalité élevées notamment dans la population infantile et maternelle». Sans compter un manque notoire de médicaments essentiels, l’insuffisance et la vétusté des infrastructures et des équipements sanitaires dénotaient d’une faible couverture sanitaire des populations, un personnel insuffisant et mal réparti et peu motivé.
Au plan social, la situation était essentiellement marquée par des déséquilibres sociaux avec une grande majorité des citoyens vivant au-dessous du seuil minimum de pauvreté ; des dysfonctionnements sociaux jusque-là moins étendus (délinquance juvénile, chômage, familles monoparentales, accroissement du nombre de personnes âgées seules, etc.). Et, en définitive, l’environnement social était marqué par «un effritement progressif des valeurs fondamentales de solidarité, de cohésion, de respect et de partage».

Mais, cinq après (1997), «l’amorce d’une dynamique de changement sanitaire et social» était perceptible pour les observateurs. «Les lignes forces de ce mouvement se retrouvent aussi bien dans les politiques définies depuis leur conduite sur le terrain, que dans le partenariat nouveau avec les populations», soulignent les auteurs dans le livre.

Ils rappellent que la très volontariste Déclaration de politique sectorielle de santé et de population du 15 décembre 1990, validée par le gouvernement, ciblait particulièrement les zones rurales et périurbaines. Pour la première fois, elle mettait au centre «l’action des populations» concernées pour atteindre l’objectif majeur de la santé pour tous dans un horizon aussi rapproché que possible. C’était à une époque où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les Etats œuvraient pour «La Santé pour tous avant l’An 2000».

«Novatrice à certains égards, notamment lorsqu’elle fonde le découpage sanitaire sur une approche populationnelle ou définit un nouveau partenariat entre l’Etat et les communautés, cette politique allait trouver dans le cadre démocratique créé un puissant levain et, par conséquent toutes ses dimensions», fait-on ressortir dans le bouquin à la valeur documentaire inestimable.

La politique de solidarité et le programme spécial en faveur des personnes âgées adoptés en 1993 étaient fondés également sur la justice et le partage. Elle se substituait à la politique d’assistance traditionnelle, œuvre exclusive de l’Etat, une politique de protection et de promotion sociales. Le programme spécial en faveur des personnes âgées visait à «régénérer le rôle des Aînés dans notre société et promouvoir un vieillissement en bonne santé».

Les résultants ont été à hauteur de souhait. En témoigne la capacité de notre système sanitaire à fournir d’urgence des produits de première nécessité, avant même les organisations internationales face aux épidémies et autres catastrophes.
C’est le cas notamment lors des épidémies de méningite qui ont secoué la sous-région dans les années 1996-1998. Au Mali, ont indiqué les auteurs dans leur ouvrage, «cette maladie reste alors globalement sous contrôle». À la même époque, la lèpre a disparu pratiquement et les campagnes de sensibilisation ont poussé les malades à se faire soigner dès les premiers symptômes.

Les communautés impliquées dans l’accès à la santé
Notre pays est aussi parvenu à contrôler la prévalence épidémiologique au moment où le VIH/Sida progressait comme partout en Afrique, du fait notamment du silence gêné qui entoure cette maladie souvent liée à l’activité sexuelle. Et cela parce que le ministère n’hésitait pas à «rompre les tabous et à partager efficacement l’information sur la protection et les pratiques à risque».

Le président de la République, Alpha Oumar Konaré, s’était personnellement investi dans l’information, la sensibilisation et le plaidoyer. On comprend alors mieux que le Mali ait pu mieux maîtriser bien que d’autres pays d’Afrique la progression de cette pandémie.

Bien plus tard, ce qui a été préservé du réseau sanitaire et des pratiques de prévention développés durant les années Modibo Sidibé se montrera particulièrement efficace pour contrer les épidémies pour préserver le Mali des conséquences dommageables. En effet, on note que c’est pendant cette période qu’a été initiée la loi n°98-036 promulguée le 20 juillet 1998 régissant la lutte contre les épidémies et les vaccinations obligatoires contre certaines maladies.

La santé pour tous ne fut plus un slogan creux pour les populations avec la généralisation des Centres de santé communautaires. On est ainsi passé à un seul CSCOM en 1992 à 237 en fin 1997. Et l’un des principaux axes de la politique engagée à consister à «impliquer les acteurs du secteur, les autorités locales et la population dans la mise en œuvre des politiques publiques».

Ainsi, les CSCOM ont pour «patron» des Associations de santé communautaire (ASACO) représentant la population bénéficiaire. Les ordres professionnels sont soutenus, dynamisés et consultés permettant ainsi «d’associer le secteur privé à la définition des politiques publiques».

L’action sociale a été conçue de telle sorte que la population soit directement impliquée dans la résolution des questions qui se posent autour du handicap, de l’enfance, de la maternité, de la mendicité… Le ministère s’efforçait toujours à motiver les personnels de la santé et de l’action sociale pour des tâches qui ne peuvent être pleinement remplies sans un haut niveau de conscience et d’engagement.
«Cette orientation touche au cœur même des enjeux politiques portés par les idéaux d’indépendance et de démocratie. Sans l’engagement des acteurs, sans une articulation dynamique entre l’action publique et l’intervention citoyenne, sans confiance de la population pour ses institutions et sans éthique de service public de la part de ces institutions, les meilleurs dispositifs peuvent se gripper», ont souligné les auteurs du livre «La Politique sanitaire et sociale du Mali 1992-1997 : les choix, les actions et les perspectives».

Aujourd’hui, ont souligné les auteurs, «il importe de comprendre la trame de ce trajet, scruter ces politiques, les programmes et actions définis et conduits, pour saisir la valeur ajoutée, les lignes forces de la dynamique de la réforme enclenchée dans le secteur socioéconomique de la santé et de l’action sociale. Il importe aussi de considérer les défis, notamment les obstacles et contraintes et les perspectives que recèlent ces programmes et actions».

D’où la pertinence de leur initiative de rédiger cet ouvrage sous la conduite de l’expérimenté pilote, Modibo Sidibé, qui a mis en œuvre cette nouvelle politique sanitaire et sociale du Mali démocratique.

«L’histoire que raconte ce livre est une démonstration que, même avec des ressources très limitées, il est possible d’améliorer l’accès des populations à des services de qualité, à condition d’avoir une politique cohérente et volontariste», a témoigné l’ancienne ministre de la Santé, Dr. Traoré Fatoumata Nafo, qui a signé la préface de l’ouvrage.

«Il a fallu surmonter le scepticisme de nombreux partenaires. Mais, en 1994, les Centres de santé communautaires ont fini par les convaincre que c’était la voie à suivre et que cela pouvait donner des résultats concrets», a-t-elle précisé.
Pour Dr. Fatoumata Nafo Traoré, «il fallait non seulement développer des modèles nouveaux de prestation de soins, mais également anticiper l’avenir et faire preuve de créativité et d’innovation. C’est ainsi que le système de santé a non seulement résisté à la crise économique, (dévaluation du franc CFA) mais aussi en a fait une opportunité pour assurer l’accès à des services de qualité à moindre coût, comme les médicaments essentiels en Dénomination Commune Internationale (DCI)».
La Politique sanitaire et sociale du Mali entre 1992 et 1997 a mis la famille au cœur des préoccupations sociales. La solidarité, expression profonde de la société malienne, a été redynamisée. Ainsi, indique l’ouvrage, les groupes moins favorisés en matière d’accès aux soins et à un mieux-être ont été considérés prioritairement dans un système de solidarité comme le Fonds d’assistance médicale, les Mutuelles et l’Assurance maladie obligatoire.

«Une famille, une société, une organisation, un pays fonctionnent sur des valeurs et des principes. La gouvernance, la probité, l’intégrité et la culture de résultats étaient notre credo à cette période. Elles doivent continuer à être le socle de notre développement», a rappelé Dr. Fatoumata Nafo Traoré, ancienne ministre de la Santé du Mali, dans la préface de l’ouvrage.

Pour les visionnaires qui ont eu cette brillante initiative, le contexte actuel de vigueur démocratique exige que le domaine de la santé et de la solidarité soit un domaine de consensus national. Ainsi, le projet de développement décennal fera l’objet de larges concertations pour débattre, partager, adhérer et agir pour l’avènement d’un état de santé meilleur et durable.

Comme le conclut si humblement l’ancien ministre de la Santé et ex-Premier ministre, Modibo Sidibé, en racontant la «petite histoire» de cet ouvrage collectif auquel se sont attelés lui et ses compagnons, des mémoires ont été «fouillées», des fonds documentaires écumés… Et, a souhaité celui qui est aujourd’hui le leader des Forces Alternatives pour le Renouveau et l’Emergence (Fare Anka Wuli), «nous osons espérer que le produit répond, malgré ses limites, à la demande qui nous a été exprimée».
Il est en tout cas indispensable que leur travail vient combler un immense vide documentaire par rapport aux politiques sociales et sanitaires mises en œuvre au Mali !
Hamady TAMBA

Du 16 Octobre 2017