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Le week-end dernier, le centre du Secteur Privé a abrité une conférence d’information sur l’emploi au Mali, sous l’initiative de l’Association Juridique de Communication et d’Appui à la Démocratie (A.J.C.A.D.).

En plus de celle de l’ancien président de l’Assemblée nationale et ancien président du Parlement de la CEDEAO, le Professeur Aly Nouhoum Diallo, cette conférence initiée par l’AJCAD a enregistré la présence du Directeur Général Adjoint de l’Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi (ANPE), du président de l’A.J.C.A.D., M. Mamadou Fadiala Keïta et du président de CRI 2002, le Docteur Abdoulaye Sall, qui faisait office de modérateur.

Deux importantes communications on été présentées au cours de cette conférence dont l’ouverture était présidée par le ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, M. Ibrahima N’Diaye.

Selon le Chef du Département Observatoire de l’Emploi et de la Formation (DOEF) de l’ANPE, M. Modibo Koly Keïta, à l’instar des pays en voie de développement, le Mali est confronté à beaucoup de problèmes de développement : entre autres, les problèmes de santé,
d’éducation, de bonne gouvernance, de poids de la dette, de pollution, de chômage, de pauvreté…

La rencontre portant sur “L’emploi au Mali : Politique nationale de l’emploi et les statistiques sur le marché du travail”, ce fut l’occasion, pour le conférencier Modibo Koly Keïta, de rappeler les objectifs de la politique nationale de l’emploi.

Il s’agit de conforter et sécuriser les emplois privés existant ; d’améliorer les performances dans l’emploi public ; réduire le chômage et le sous-emploi, en créant des emplois et en intensifiant les activités génératrices de revenus ; d’accroître la demande de main-d’oeuvre en zones urbaine et rurale, grâce au développement du secteur privé.

Il s’agit aussi d’améliorer l’offre de main-d’oeuvre grâce à une meilleure formation et une qualification adaptées aux besoins de l’économie ;

de généraliser la promotion de l’emploi au niveau local, en tenant compte des spécificités régionales et en privilégiant le recours à la haute intensité de main-d’oeuvre ; et de favoriser l’amélioration des conditions de travail dans les différents domaines d’emplois : emplois rural et temporaire.

Selon le conférencier Keïta, pour atteindre ces objectifs, cinq domaines prioritaires ont été retenus dans le cadre de la politique nationale de l’emploi. Il s’agit de l’emploi local ; de la promotion des travaux à haute intensité de main-d’oeuvre ; de la formation professionnelle et technique ; du développement des entreprises et de l’emploi informel.

Le conférencier a saisi l’occasion pour évoquer toutes les activités menées par son association, ainsi que leur bilan, en fournissant des données statistiques sur la question.

La seconde communication exposée par le président de l’Association Juridique de Communication et d’Appui à la Démocratie (AJCAD) a porté sur “Les emplois juridiques et judiciaires au Mali”.

L’état des lieux

Avec une superficie de plus d’un million de Km2, la population du Mali est aujourd’hui estimée à plus de 12 millions d’habitants inégalement repartis sur le territoire national. En plus des femmes (91,20%), cette population a une composante plus forte de jeunes, tandis que les personnes de plus de 65 ans ne représentent que 4% de la population, selon Mamadou Fadiala Keïta.

Il ajoute que la question essentielle qui reste posée est : combien de professionnels de droit disposons-nous pour rendre la justice ou contribuer à la manifestation de la vérité ? Pour accéder à la justice, l’analphabétisme de la majorité de la population constitue un obstacle, sinon un sérieux handicap pour sa compréhension des textes de la république en général, et des textes de droit en particulier.

Autre faille relevée par le conférencier : la non distribution correcte de la justice qui, en dépit de quelques progrès découlant de la mise en oeuvre du Programme Décennal du Développement de la Justice (PRODEJ), est accentuée par la couverture insuffisante du territoire national, tant en structure de justice qu’en personnel, a-t-il laissé entendre.

En terme de personnel, le conférencier a donné plus de précisions sur les différents corps. C’est ainsi qu’il a indiqué que dans la magistrature, en 2007, les magistrats étaient au nombre de 369 agents, sur l’ensemble du territoire national.

Par ailleurs, il a dénoncé l’insuffisance des structures de justice. Mais c’est surtout le problème lié à l’accès aux professions libérales, juridiques et judiciaires qui suscite la colère du conférencier, qui s’interroge : qu’est-ce qui suscite tant la peur chez les avocats, les notaires et les huissiers, pour qu’ils verrouillent systématiquement les portes de ces professions qui, dit-il, ne sont libérales que de nom?

Ainis, tout en donnant des chiffres indiquant la faible représentation de ces corps, Mamadou Fadiala Keïta exprime son étonnement en s’interrogeant : “Comment peut-on parler de bonne distribution de la justice, de rapprochement de la justice des justiciables et de résorption du chômage avec un tel manque de personnel, alors que des diplômés valables sont disponibles?”.

Propositions de solutions

Dans un pays constitué de populations majoritairement analphabètes, faire du principe“Nul n’est censé ignorer la loi” une réalité est créateur d’emploi, selon le conférencier Keïta.

Il s’agira, d’une part, de recruter le nombre convenable de personnel de justice en adéquation avec les besoins existant, et d’autre part, de pallier les difficultés de compréhension des textes de la République par les populations en procédant (nonobstant l’existence des professions juridiques et judiciaires) à l’installation de cabinets-conseils juridiques pour le conseil, l’orientation, la rédaction de correspondance et de requêtes, a-t-il proposé.

Comme solutions, le conférencier et président de l’AJCAD préconise, entre autres, l’accès aux professions libérales juridiques et judiciaires par voix d’examen et non par concours qui limite, de façon préjudicable, le nombre de places ; l’annulation des examens d’avocats, de notaires et d’huissiers de justice ;

la création de Tribunaux de Première Instances (TPI) dans les 49 cercles du Mali, juridictions dont la composition nécessite la présence d’au moins trois magistrats, contrairement aux justices de paix à compétence étendue.

C’est en tenant compte de ces propositions de solutions que le Mali, à travers des structures d’emploi, répondra au triple souci de distribution d’une bonne justice de rapprochement de la justice des justiciables et de résorption du chômage, dira le conférencier Mamadou F. Keïta.

Laya DIARRA

04 Juin 2008