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Il apparaît de plus en plus, au vu des événements qui se produisent chez nous depuis le 22 mars 2012, que notre classe politique, du moins une frange importante de celle-ci, est victime d’une confusion politique et idéologique inqualifiable et que cette situation profite largement aux auteurs du putsch contre ATT.

Au lendemain du putsch, contre toute attente, une partie de l’élite intellectuelle et des chefs de partis politiques, n’hésitèrent pas à rallier les militaires du camp Soundiata de Kati, sous le prétexte apparemment vrai du ras-le-bol suscité par le régime déchu.

De la part d’hommes et de femmes qui se définissent comme des républicains et des démocrates, une telle position paraît difficilement défendable au regard du contenu de ces deux termes qui fondent l’exercice du pouvoir politique sur la voie des urnes et bannissent les moyens violents d’accéder au sommet de l’Etat.

Le plus étonnant est que cette posture soit occupée par des hommes politiques qui, longtemps, firent figure de républicains et de démocrates de la veille, non du lendemain et que certains soient connus pour leur lutte sans merci contre le régime de l’UDPM.

La situation se complique encore pour eux quand on songe qu’un certain nombre de ces gens ou leurs parents, à leur demande et souvent à genoux, selon certaines confidences, firent partie des cabinets d’ATT et mangèrent des années durant à son râtelier.

Quant aux intellectuels qui se signalèrent à l’intention des capitaines frondeurs par des déclarations ambiguës mais pleines d’appels du pied, on peut évoquer pour eux le long chômage professionnel qui les place en position tellement inconfortable qu’ils sont enclins à se marier avec le diable pour garder leur train de vie et paraître en société.

Selon toute vraisemblance, ces hommes de culture pensèrent qu’avec leur pedigree et l’énorme bagage qu’ils trimbalent depuis l’avènement de la démocratie, les néophytes en politique qu’étaient les putschistes, pouvaient avoir besoin de leur accompagnement pour être reconnus par la communauté internationale.

Les syndicalistes qui se laissèrent prendre à ce jeu oublièrent proprement leur rôle à cause des ambitions personnelles et des questions de personnes qui les poussèrent à évoluer dans le sens contraire au bon sens et aux orientations rationnelles du régime démocratique.

Il était pourtant relativement facile, pour les uns et les autres, de décrypter le discours des militaires qui prétendaient être venus au pouvoir pour mettre fin au système diabolique d’ATT et restaurer l’autorité de l’Etat. Tout le monde savait que depuis 2002, ATT avait installé le dilettantisme au sommet de l’Etat et s’y comportait comme dans son propre salon.

Des loups dans la bergerie

Les irrégularités relevées contre lui par le CNRDRE étaient donc connues de tous, mais la lassitude ambiante ordonnait qu’on le laissât courir jusqu’à l’élection présidentielle d’avril 2012 pour moins de complications juridiques et constitutionnelles.

L’irruption du CNRDRE sur la scène politique, plutôt que de nous faire mieux respirer, nous a au contraire coupé le souffle et multiplié à l’infini nos problèmes politiques. Les solutions alternatives proposées par la Cédéao, pour des raisons de chauvinisme mesquin et étroit, furent inutilement décriées par les pseudo partisans des militaires dont beaucoup étaient pressés d’arriver aux affaires et voulaient se saisir de cette échelle courte offerte par la junte pour se projeter à Koulouba.

En toute logique, on pouvait difficilement se passer des services de Dioncounda Traoré, anciennement président de l’Assemblée nationale, et constitutionnellement pressenti pour jouer ce rôle d’outsider.

Si une partie de la classe politique fit de la résistance à ce niveau et voulut imposer, comme président de la transition, le capitaine Sanogo ou un autre putschiste, parce que les trois quarts de la classe politique s’étaient compromis avec le régime précédent, c’était assurément mettre le loup dans la bergerie et courir le risque d’une tyrannie militaire, sans compter l’embargo insupportable de la Cédéao, quoi qu’on dise.

Le coup du 22 mars 2012 est encore plein de non-dits et l’on est presque assuré maintenant, vu les ambivalences de la junte, que celle-ci cache une partie de son jeu. Le retour à l’ordre constitutionnel signifie clairement la mort du CNRDRE, mais si celui-ci refuse cette éventualité et veut opérer comme force politique, c’est qu’il est loin d’accepter le repos politique et nourrit des ambitions inavouables.

Yiriba

05 Juin 2012