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Ce n’est pas un crime que de soutenir un homme, de partager ses convictions et de lui apporter son appui professionnel. La liberté du choix et la libre expression de ses opinions sont des fondements constitutionnels de notre démocratie. Cette même démocratie qui exige que l’intérêt collectif prime aussi sur l’individu ou le parti. Cela veut dire que le soutien que nous apportons à tel ou tel cadre ami, à tel ou tel ministre du parti… ne doit pas mettre en péril l’unité nationale, les intérêts de la patrie.

Le Malien s’était jusque-là caractérisé par la dignité et son sens de l’honneur. Aussi quelles que soient sa douleur dans l’épreuve, sa déception et son amertume, il évitait de se donner en spectacle, il ne réagissait pas dans la précipitation : il réfléchissait à la meilleure façon de riposter.

Mais, depuis le match Mali-Togo du dimanche 27 mars 2005, beaucoup crient publiquement leur douleur. Que d’aveuglement, que d’acharnement, que de fausses accusations de la part des analystes sportifs.

Pour ce qui est de la responsabilité des uns et des autres, tout est mis en œuvre pour qu’elle soit unilatérale. Le rôle de certains acteurs-clefs est volontairement occulté. Mais, ce que nous voulons surtout que les gens comprennent, c’est qu’il ne faut plus jeter l’huile sur le feu.

Personne n’a le droit de politiser davantage une discipline facilement récupérable pour le meilleur et pour le pire. Il faut éviter des amalgames poussant à des accusations graves.

Il est aujourd’hui reproché au Chef de l’Etat de protéger le président de la Femafoot qui est son « promotionnaire ». Mais, personne n’apporte la preuve de cette accusation, personne ne nous dit comment le président de la République à empêcher la justice de faire son travail si les faits reprochés au président de la Femafoot sont fondés.

La nation d’abord !

Si ce dernier doit aller en taule, ce n’est pas le président qui doit l’envoyer, mais les preuves de sa culpabilité. Même s’il est le premier magistrat de la République, le Chef de l’Etat n’a aucunement le droit de se substituer aux procureurs. C’est donc lui faire un faux procès que de l’accuser de protéger son « promotionnaire ».

C’est à la limite si on ne lui reproche son amitié avec un homme dans l’élection à la tête de la Femafoot est antérieure à son élection à la magistrature suprême du pays. Et le président peut défier quiconque de prouver qu’il n’est pas parvenu à se mettre au-dessus des intérêts partisans pour sauvegarder les intérêts de la nation.

« Il faut de la volonté politique pour favoriser et soutenir l’exécution de toute politique de développement du sport en Afrique. Mais, nous ne devons pas accepter l’implication de la politique politicienne dans la gestion quotidienne du sport », nous disait le Général Palenfo de la Côte d’Ivoire, il y a presque deux ans à Olympie (Grèce).

Le Comité international olympique (CIO) et les fédérations sportives internationales ont compris cette nécessité en prônant l’autonomie voire l’indépendance des Comités olympiques nationaux et des fédérations sportives nationales de tout régime politique.

Il va de soit que cette autonomie soit difficile à affirmer dans les pays pauvres où l’environnement socio-économique et politique rend ces structures dépendantes de l’aide publique.

Une convoitise des politiques

Le sport, le football particulièrement, est aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises et de toutes les récupérations politiques. Cela se comprend aisément parce que le foot, dans des pays comme le Mali, est un phénomène social dont la qualité des résultats peut se répercuter sur tous les autres secteurs de développement.

La récupération d’une performance sportive n’est pas à l’apanage du Mali seulement.
Pendant la Coupe du monde « France 98 », on a vu la cohabitation politique en France se déplacer jusque dans les stades où on voyait Chirac et Lionel Jospin côte à côte.

Et lors du mondial « Corée/Japon 2002 », on a vu, après performances des Lions de la Teranga, le président Abdoulaye Wade jubiler dans les rues de Dakar parmi une foule en liesse.

Et pendant la Can « Mali 2002 » on a vu le Chef de l’Etat arborer le maillot de l’Equipe nationale et descendre dans les vestiaires pour saluer ou réconforter les Aigles. C’est ça aussi la politique.

Mais, la comparaison s’arrête à ce niveau entre le Mali et la France par exemple. Dans ce dernier pays, la gestion quotidienne du foot est le cadet des soucis de Chirac. Même, au niveau du gouvernement, l’implication a une certaine limite que peu de ministres des Sports osent franchir. Mais, cette implication que certains exigent aujourd’hui du président ATT.

Des actes délibérés de déstabilisation

Au Mali des erreurs ont été commises. La politique est de plus en plus présente dans le sport, surtout le football. Nous avons politisé l’école. Les conséquences sont maintenant connues de tous. Refusons alors la politisation de notre sport-roi. Que sa pratique reste dans un cadre purement sportif.

Ce qui s’est passé après le match Mali/Togo est un avertissement que nous devons prendre au sérieux. Il ne sert à rien de monter à bloc des voyous pour profiter d’une contreperformance sportive et solder des comptes personnels ou surtout politiques.
Parce que le régime peut légitimement dire que ces casses ne sont en fait que des actions délibérées pour le déstabiliser.

Heureusement qu’il n’est pas tombé dans le piège de la réaction épidermique. Et l’ampleur des dégâts, non encore estimée, peut provoquer une crise politique en entraînant la démission d’un gouvernement. Les premières têtes sont tombées parce qu’elles ont failli à leur mission.

Mais, nous ne devons pas faillir à la nôtre. Nous devons veiller au grain pour éviter des amalgames périlleux pouvant pousser notre football dans le piège de la politique.

Aïssata Bâ

6 Avril 2005