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Le nombre variait selon les sources. Quatre à six commissaires de police enlevés le jeudi 15 novembre 2012 par des agents, vraisemblablement, de la police nationale, ont été libérés 48 heures plus tard.jpg_une-1157.jpg

Une confusion générale entoure cette affaire d’enlèvement. Mais une de nos sources reste formelle sur l’identité de quatre personnes parmi les victimes. Il s’agit, entre autres, du directeur général adjoint de la police nationale, Mamadou Keïta, du directeur adjoint de la Brigade des mœurs de Bamako, Fassiriman Keïta, du chef du bureau de la Voie publique du Commissariat de 2e arrondissement, Mme Aïssata Cheick Tandia, et du secrétaire général du Syndical national des commissaires de police (SYNACOMPOL), Ousmane Diallo.

L’identité des auteurs des rapts ne nous a pas été révélée mais nos sources affirment que les officiers de police ont été gardés au Groupement Mobile de Sécurité (GMS). Cette unité de la Police nationale sise à N’Tomikorobougou est contrôlée par le syndicat de la Police Nationale (SPN) qui regroupe les sous-officiers de police. Tous comme les ravisseurs, les motifs réels de l’action restent aussi dans le domaine du secret. Mais les sources proches des victimes assurent que le problème est lié à la question de la «promotion exceptionnelle» dont des sous officiers et officiers de police avaient bénéficié les 20 et 21 septembre.

Un décret présidentiel et un arrêté ministériel avaient promus à des grades supérieurs 101 fonctionnaires de police supposés proches du SPN qui auraient pris une part active au coup d’Etat du 22 mars 2012. Parmi les vingt agents nommés commissaires figurent des sergents, des sergents chefs, des adjudants, des adjudants chefs, etc.

«Services exceptionnels»

Si la loi permet cette procédure de distinction exceptionnelle dans le corps de police où les sous-officiers peuvent automatiquement accéder aux grades d’officiers supérieurs, les commissaires estiment que le cadre législatif indique que la mesure ne peut s’appliquer qu’à des personnes «blessées en mission» ou ayant rendu des «services exceptionnels» à la nation. Pour les policiers favorables à ces distinctions, la qualité professionnelle des personnes distinguées ne souffre d’aucun doute. Mieux, leur participation au coup d’Etat fut un sacrifice pour «sauver» le pays d’un «chaos».

Les décisions ont été vite contestées par le SYNACOMPOL qui voit cela comme un «bonus» pour l’accomplissement d’un acte illégal, le coup d’Etat étant anticonstitutionnel. Les distinctions avaient provoqué une vive polémique au sein de la police nationale où deux camps s’étaient même affrontés le 26 septembre. Les échanges de tirs qui ont eu alors lieu au GMS avaient fait au moins deux blessés.

Lors d’une conférence de presse, le 3 octobre, les responsables du SYNACOMPOL avaient juré d’user de tous les moyens légaux pour obtenir l’annulation desdites décisions. Cet engagement avait fait plier les autorités de la transition qui ont annulé les décisions litigieuses ; non sans susciter l’indignation des bénéficiaires.

Depuis, les syndicats rivaux, en l’occurrence le SYNACOMPOL et le SPN, se guettent. Cet enlèvement de commissaires est intervenu à la veille d’une marche organisée, le 16 novembre, par le SPN pour réclamer de meilleures conditions de vie et de travail pour les sous officiers de police. Au même moment des tractations étaient en cours au ministère de la sécurité intérieure et de la protection civile pour un dénouement pacifique de cet incident. Mais selon des sources, les «ravisseurs» auraient concédé «sans condition», précisent-elles, à la libération des «otages», le 17 octobre, à la suite d’une médiation du président du Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM), El Hadj Mahmoud Dicko.

Seydou Coulibaly

Le 19 Novembre 2012

© AFRIBONE


Crise au sein de la police nationale : dénouement heureux

L’intervention du Haut conseil islamique de Mali a été déterminante dans l’issue favorable du conflit qui secoue le corps

Bonne nouvelle : le calme est revenu dans le rang de la police nationale. Les six commissaires enlevés et séquestrés jeudi en fin d’après-midi à Bamako ont été libérés vendredi. Cette issue favorable est intervenue grâce à l’intervention du Haut conseil islamique de Mali (HCIM).

Tout avait commencé jeudi par l’enlèvement puis la séquestration de commissaires de police de Bamako. L’information avait vite fait le tour de la ville de Bamako. Les commissaires de police enlevés avaient été séquestrés au Groupement mobile de sécurité (GMS) où se trouve également le siège de la Section syndicale de la police nationale (SPN, tendance Siméon Kéita). Toute la nuit du jeudi à vendredi, des éléments se réclamant de la SPN avaient cherché à interpeller des responsables du Syndicat national des commissaires de police (Synacompol).

C’est donc très inquiets que nombre de Bamakois qui étaient au courant de la nouvelle détérioration des relations entre les fonctionnaires de la police nationale avaient passé la nuit de jeudi à vendredi.

Vendredi, très tôt le matin, nous avons rencontré le secrétaire général de la SPN au siège du syndicat, l’adjudant chef Siméon Keita. Il justifie le comportement du syndicat qu’il dirige : « Le jeudi dans l’après-midi, notre syndicat s’est réuni avec les responsables du ministère dont le ministre (Ndlr : le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile) pour discuter de notre plate-forme de revendications. Pendant que nous discutions, des commissaires et des inspecteurs de police ont fait irruption dans la salle pour demander la suspension de la réunion. Nous avons répliqué en leur disant que la réunion ne les concernait pas et que nous allions la continuer. Mais le ministre a suspendu la rencontre pour 15 minutes malgré nos protestations. Au terme de cette suspension, le ministre nous a dit que la réunion était reportée. Sans autre forme de procès.»

Siméon Keita et ses ouailles considèrent que cette attitude du ministre illustre « l’influence grandissante » des commissaires sur lui. Et estiment qu’il s’agit d’une provocation de la part des commissaires. En réaction, des agents de la Section syndicale de la police ont donc décidé d’enlever des commissaires de police. Ils ont ciblé en premier lieu deux commissaires responsables du Synacompol : Oumar Samaké de la Brigade spéciale d’investigation (BSI) et Mamadou Keita, le secrétaire général adjoint du Syndicat des officiers de police. Les deux hommes furent conduits au Groupement mobile de sécurité afin d’être placés en « lieu sûr » pour reprendre les termes d’un responsable de la SPN.

La nouvelle de l’enlèvement des deux commissaires est évidemment vite parvenue dans les unités de police de la capitale. Les commissaires Ousmane Diallo, (secrétaire général du Synacompol), Moussa Fassiriman Kéïta (l’adjoint au commandant de la Brigade de la protection des mœurs et de l’enfance), Tapa Diallo (l’adjoint au chef du Bureau central national d’Interpol au Mali) et Aminata Tandia (chef VP au commissariat du IIe Arrondissement) formèrent un groupe pour se rendre au GMS dans le but de négocier la libération de leurs collègues séquestrés. Ils en seront pour leurs frais, puisque eux-mêmes seront séquestrés. Siméon Keita assurait vendredi que les six officiers de la police étaient « bien traités et entre les mains de ceux qui les ont enlevés ».

La direction générale de la police nationale avait confirmé l’enlèvement des commissaires de police par la voix du directeur général adjoint, le contrôleur général Ismaïla Coulibaly, avant d’indiquer que la direction générale, le département de la Sécurité intérieure et de la Protection civile ainsi qu’un représentant des militaires de Kati, s’employaient à trouver une solution heureuse à ce problème qui n’honore pas le corps.

Il va de soi que vendredi, dans les différentes unités de police, le travail était au ralenti. Aux premières heures de la matinée, les policiers étaient pratiquement invisibles dans la circulation et beaucoup de commissaires (surtout ceux de la promotion 2005 et 2006) n’étaient pas à leur poste. « Beaucoup d’entre nous sont restés à la maison en attendant de voir clair dans la suite des événements. Nous ne voulons pas nous faire humilier par nos subordonnés et nos cadets. Ce n’est pas une fuite de responsabilité, encore moins une déclaration de guerre entre policiers. Nous estimons qu’il ne faut ne faut pas trop tirer sur la corde », confiait vendredi un responsable du Synacompol joint au téléphone.

Revenons donc à la journée de vendredi. Elle a été surtout marquée une marche qui a mobilisé des éléments du Groupement mobile de sécurité et plusieurs policiers affiliés à la SPN (tendance Siméon Keita) et officiant dans les différentes unités de police de la capitale. L’objectif de la marche selon ses organisateurs était de présenter au ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, la plate-forme de revendication de la SPN. Ladite plate-forme se résume en 7 points de revendication dont l’adoption « sans délai » du projet de statut des fonctionnaires de la police déposé après le coup d’Etat du 22 mars, la mise en application « immédiate et sans délai » des décrets n°2012-516 et des arrêtés 2012-2694/MSIPC-SG et 2012-2695 MSIPC-SG portant nomination à titre exceptionnel des fonctionnaires de police rapportés par les décrets n° 2012-558 et les arrêtés n° 2012-2746MSIPC, n°2012-2747/MSIPC-SG et « leur élargissement au mois de janvier 2013 ».

La plateforme réclame aussi la signature à titre exceptionnel de l’arrêté de titularisation des sous-officiers de la promotion 2009 de la police au grade de sergent 1er échelon, la création de postes de haut fonctionnaire de sécurité dans tous les départements ministériels (Ndlr : en référence sans doute au poste de Haut fonctionnaire de défense existant dans les ministères) et leur occupation par des contrôleurs généraux de police.

La SPN demande le remboursement de deux mois de salaires des élèves sous-officiers de la promotion 2008 qui auraient disparu au niveau de leur direction du personnel, du matériel et des finances, l’arrêt immédiat et le remboursement de l’AMO (l’Assurance maladie obligatoire) sur les salaires des policiers ainsi que l’équipement des unités spécialisées de la police pour qu’elles puissent participer aux opérations de libération des régions du Nord occupées.

Il convient de rappeler que cette nouvelle friction au sein de la police intervient après une première montée d’adrénaline le 26 septembre quand une mesure de promotion exceptionnelle de certains fonctionnaires de police à des grades supérieurs a provoqué une vive tension dans le corps.

Ces avancements à titre exceptionnel avaient été par la suite été annulés. De toute évidence, certains n’ont pas digéré l’épisode.

Gamer A. DICKO le 19 nov 2012