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Indépendance et souveraineté

2. Souveraineté alimentaire et agriculture : « Il est normal que celui qui vous donne à manger vous dicte ses volontés. » « Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c’est ça l’impérialisme, n’allez pas plus loin« . En 4 ans, le Burkina est devenu alimentairement indépendant. Les commerçants de céréales doivent respecter les prix fixés par le gouvernement. Les magasins d’Etat approvisionnent toutes les régions.

L’aide aux coopératives amène le groupement des parcelles et permet l’usage des machines. Dans les coopératives, les jeunes, libérés de l’autorité des anciens, sont plus aptes au changement et aux initiatives modernes. Un tel bouleversement dans les habitudes s’est heurté à de fortes résistances : une telle réforme nécessite un effort, une volonté politique et des campagnes de sensibilisation.

Économie

« Notre développement passe d’abord par la maîtrise de l’eau, puis la création d’une industrie agro-alimentaire capable d’absorber et de conserver les produits agricoles. A quelle vitesse ? A la nôtre. Nous préférons de petites unités à mi-chemin entre l’industrie et l’artisanat.

Nous préférons les « teufs-teufs » aux machines électroniques ». « Nous ne sommes pas opposés à l’entreprise privée qui ne porte pas atteinte à notre honneur, notre dignité, notre souveraineté. »


Enseignement et culture

1. Aucun développement n’est possible sans des acteurs instruits. Mais le Burkina est pauvre :

2. « 100% du budget ne pourrait même pas suffire à scolariser tous les enfants ». Pourtant, avec l’aide des populations, de 83 à 85, le taux de scolarisation est passé de 16,5% à 20,9% et, en 86, à 24% selon l’Unicef (avant, il augmentait de moins de 1%/an). En 85, il augmente de 16% le nombre d’enseignants.

Pendant la saison sèche, il alphabétise les paysans désoeuvrés. On alphabétise en 10 langues du pays et on forme la population sur l’hygiène, la santé de base, la gestion pour les paysans et les commerçants.

2. « Il n’y a pas de société humaine sans culture et de culture sans correspondance avec une société. » Les semaines nationales de la culture, instaurées en 83, se déroulent à tour de rôle dans les villes du pays, ce qui permet la construction de salles de spectacles et de structures touristiques.

On assiste à une forte augmentation du nombre de troupes. Sankara ajoute aux arts habituels batik, peinture, sculpture, bronze, tissage, stylisme, lutte traditionnelle, cyclisme amateur, cuisine, coiffure, masques, magie. La télévision offre une large place aux programmes culturels.

Toute exportation d’objet culturel reconnu comme spécimen authentique doit être autorisée par la Direction du Patrimoine.


Environnement (Déforestation et eau)

On se mobilise aujourd’hui contre le réchauffement climatique et la déforestation ; Sankara s’en inquiétait depuis 86 : « La perturbation impunie de la biosphère se poursuit. (…) Ces engins qui dégagent des gaz propagent des carnages ».

1. 94% de l’énergie venait du bois : « Si l’on mettait bout à bout des charrettes traditionnelles de transport du bois, il ferait 4,5 fois la distance du nord au sud de l’Afrique ».

Chaque famille doit planter 100 arbres chaque année pendant 5 ans : en 15 mois, 10 millions d’arbres ont été plantés pour faire reculer le Sahel. Si chaque pays africain agissait ainsi, le combat contre la déforestation serait gagné sans recours à l’Occident !

« Il est interdit d’écrire sur un seul côté d’une feuille ». En 88, un ambassadeur allemand déclarait avoir planté 50 arbres en 3 ans de mission. Pour se marier, on se présente à la mairie avec de jeunes arbres à planter.

Promotion du gaz et des foyers améliorés. Il lance « les 3 luttes » : contre la coupe abusive du bois, la divagation des animaux et les feux de brousse. Ces campagnes devaient s’étaler sur nombre d’années…

2. Construction de barrages, de retenues d’eau, aménagement de sites anti-érosifs avec les populations.

Une retenue d’eau coûtait 30 millions cfa ; avec la participation des gens et des ONG, ce coût tombe à 12,5 millions. 18 barrages construits en 85, contre 2 en moyenne avant Sankara. Le bilan officiel fait état d’une réalisation du Programme Populaire de Développement de 80% en 86, ce qui est un succès compte tenu de l’ampleur des objectifs.

Santé

« Un village, un poste de santé primaire. Mais si on veut assurer des soins entièrement gratuits à chaque Burkinabé, tout le budget de L’Etat y passera sans que satisfaction soit obtenue » (Ministre de la Santé).

Les communautés doivent choisir parmi elles un agent de santé et une accoucheuse auxiliaire. On vaccine 2 millions ½ de Burkinabès : l’OMS félicite Sankara. Il éradique la polio, la rougeole et la méningite faisant chuter le taux de mortalité infantile alors le plus haut d’Afrique.

Hospitalisation : avec un certificat d’indigence, gratuité totale (paysans notamment). Mise en place de la médecine du travail avec soins gratuits. Des guérisseurs sont consultés à l’hôpital. Le prix des médicaments est uniformisé.

Logement et urbanisation

« Nous tentons de réduire au maximum la différence entre la ville et la campagne en développant en campagne toutes les infrastructures pour rendre agréable la vie en campagne et freiner (…) l’exode rural.« .

Les habitations spontanées, c’est-à-dire sans adduction d’eau ni électricité ni évacuation des eaux sales et autres ordures ménagères qui abritaient 60% des habitants couvraient 65% du territoire de la ville.

Nul autre gouvernement n’aurait pu se permettre ce qu’a fait celui de Sankara. Au début de la révolution, mobilisée, la population d’un quartier se retrouvait soit pour ramasser les ordures, creuser ou réfectionner les caniveaux, boucher les trous des routes.

Puis, ce fut la destruction des quartiers insalubres. 62.000 parcelles ont été distribuées entre 83 et 87, plus qu’entre 60 et 83.

Il fallait plus d’un million pour obtenir une parcelle ; depuis la révolution, l’Etat n’exige qu’un dépôt de 25.000cfa pour un coût total de 90.000cfa. Le loyer d’une villa était passé de 40.000 à 160.000cfa entre 72 et 80 : l’Etat impose, dès 84, 60.000 maximum. Un studio est à 7000cfa s’il est muni de l’eau et du courant, 3000 sinon.

Dans les nouvelles cités construites parfois loin du centre, la location-vente d’un 3 pièces ne devrait pas dépasser 10.000cfa par mois et tous les logements ont eau potable, téléphone, électricité, évacuation des ordures et des sanitaires. En 87, comparé à Bamako, le progrès accompli à Ouaga était flagrant.

La femme

« L’émancipation de la femme passe par son instruction et l’obtention d’un pouvoir économique. Le travail au même titre que l’homme, les mêmes droits et devoirs sont des armes contre l’excision et la polygamie, armes que la femme n’hésitera pas à utiliser pour se libérer elle-même et non par quelqu’un d’autre. »


Association Pour une Alternative au Service de l’Humanité A.P.A.S.H., 226, rue Bangou, Pl. 15 ans, Brazzaville CONGO apashbrazza@yahoo.fr , CADTM Brazzaville
par APASH / CADTM Brazza

26 JANVIER 2009