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L’Afrique tient une place à part dans l’Histoire de la découverte de l’Ancien Monde. Si l’on excepte ses côtés méditerranéennes où s’exercèrent les influences grecques, punique ou romaine, et la vallée du Nil, qui vit se développer l’une des plus hautes civilisations qu’ai produites l’humanité, le continent noir est demeuré en dehors de l’Histoire, domaine de cultures archaïques restées le plus souvent à un stade agricole primitif, quand ce n’était pas celui de la chasse et de la cueillette ; isolé du reste du monde par la barrière du Sahara que seuls quelques voyageurs ou de rares commerçants se risquaient à franchir, il se referma sur lui-même durant de longs siècles.

Pour les hommes de l’Antiquité, l’Afrique est la « Libye » où « l’Ethiopie » et ils n’en connaissent que quelques renseignements fournis par l’Hérodote ou d’autres géographes grecs, qui les tenaient eux-mêmes d’interlocuteurs ou de traditions très divers. Le « père de l’Histoire » pense ainsi qu’au fur et à mesure que l’on s’éloigne en direction du Sud la chaleur et l’aridité sont telles que la vie devient très difficile ; il ignore complètement l’existence de la forêt dense ; Homère voit le continent entièrement peuplé par des Pygmées et par d’autres habitants bizarres, alors que les traditions égyptiennes demeurent bien vagues quand elles évoquent le pays d’Ophir, la terre de l’encens, riche en or et en ivoire.

Les missionnaires conquérants de la foi musulmane vont aller gagner à la nouvelle religion toute la zone soudanaise et c’est par eux que nous connaissons la richesse des empires médiévaux du Ghana et du Mali. A cette époque, le continent noir apparaît hostile aux Européens qui cherchent simplement à le contourner pour trouver une route susceptible de les conduire vers les richesses de l’Inde, après que l’expansion ottomane eut fermé les routes traditionnelles de l’Orient ; la recherche du royaume du prêtre Jean, dont on pense qu’il permettra de prendre l’islam à revers, pousse également le monde chrétien vers les routes du Sud. Au cours des siècles suivants, le monde africain noir devient un vaste réservoir d’esclaves appelés à fournir la main-d’œuvre des plantations du Nouveau Monde et des îles à sucre des Antilles.

Quelques comptoirs jalonnent çà et là les routes des Portugais, des Hollandais et des Français, des contacts s’établissent avec le royaume du Congo, mais le Soudan musulman demeure hostile. Il faut attendre la fin du XVIII è siècle et l’essor spectaculaire des voyages de découverte qui caractérise cette période pour que, dans tous les pays européens, les sociétés de géographie ou les groupes de pression favorables à l’expansion commerciale ou coloniale entreprennent la pénétration des vastes espaces inconnus du continent noir.

C’est l’époque ou Levaillant visite l’Afrique australe et étudie avec une naïveté toute rousseauiste, les « bons sauvages » hottentots. C’est à ce moment qu’échouent les premières tentatives d’installation à Madagascar, la grande île de l’océan indien, quelque temps avant que Mongo Park ne disparaisse tragiquement dans son second voyage de découverte du Niger. James Bruce, Burton et Speke se lancent à la découverte des sources du Nil. Livingstone révèle les chutes du Zambèze, alors qu’à l’ouest du continent, René Caillé a atteint Tombouctou, avant que Duveyrier, Barth, Clapperton, Oudney ou Nachtigal ne traversent le Sahara en direction du Tchad.

Après l’époque héroïque des premiers découvreurs vient le temps des colonisateurs ; Stanley, qui a reconnu le cours du Congo et traversé le continent d’Est en Ouest va bâtir, pour Léopold II, l’Empire africain de la Belgique ; à travers le bahr El Ghazal, le capitaine Marchand et sa maigre troupe espèrent joindre les possessions françaises du Congo à celles de la mer Rouge, pour céder finalement à Kitchener, devant la petite bourgade soudanaise de Fachoda.

Dès le début du siècle, la colonisation est terminée, il n’y a plus rien à conquérir en Afrique, mais le voyage de découverte va rapidement reprendre ses droits, sous des formes nouvelles : c’est l’époque de la croisière noire et des grands raids automobiles, celle qui voit se multiplier les missions ethnologiques qui découvre et révèlent au monde une « négritude » bien différente de la « sauvagerie » généralement admise au siècle précédent.

Redevenue indépendante, rendue à elle-même au moment où elle s’intègre au concert des nations, l’Afrique, secouée épisodiquement par les spasmes d’une décolonisation souvent maladroite, semble avoir perdu une bonne part des mystères qui fascinaient, il y a quelques décennies, les imaginations européennes.

Devenue pourvoyeuse de matières premières, avant d’être demain un vaste débouché pour les pays industriels, déracinée lentement mais sûrement de sa culture ancestrale, elle offre encore cependant les grands espaces qui constituent le champ privilégié des aventures encore possibles.

A travers les jeunes européens qui affrontent, aujourd’hui, sa nature vierge, du Sahara ou du Kalahari à la forêt congolaise, la geste des premiers découvreurs se poursuit, sous le puissant soleil du Sud….

Philippe PARROY

04 juin 2007.