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Gestion de la rébellion par la 3è République du Mali de juin 1992 à mars 1996
Donc, parmi les nombreux dossiers chauds qui attendaient le gouvernement du président Alpha Oumar Konaré, il y avait bien sûr la question de la gestion de la rébellion. Le président fit lui- même une tournée au Nord entre le 7 et le 13 décembre 1993 pour solliciter l’adhésion des populations de Gao, de Tombouctou et de Kidal au Pacte national22.

Avec la signature du Pacte national, la période allant de fin décembre 1992 au premier trimestre 1994 fut relativement calme dans les rapports gouvernement-MFUA, mais les relations n’étaient pas encore normales entres les deux parties, dans la mesure où les attaques n’avaient pas cessé.

Entre-temps, avec les moyens du bord, le gouvernement avait essayé de mettre en application le Pacte national. Ainsi, en février 1993, commença l’intégration des ex-combattants de la rébellion avec 64023 éléments au sein de l’armée de terre malienne, dont 32 avec grade d’officier, 67 avec grade de sous-officier et 424 au rang de soldat. De plus 13 cadres des MFUA avaient été nommés en qualité de conseillers techniques auprès des ministères impliqués dans la mise en œuvre du Pacte.

La naissance du Mouvement patriotique Ganda- Koye (MPGK)
Vers la moitié de l’année 1994, la situation s’est subitement détériorée avec une plus grande fréquence des attaques notamment à Nénaka et à Gao. Ces incidents, surtout celui de Gao, contribuèrent à l’intensification des oppositions aux négociations gouvernement- MFUA.

Cette opposition provoqua, le 19 mai 1994, la création du Mouvement Patriotique Ganda Koye (MPGK), qui réunissait essentiellement les représentants des populations sédentaires du Nord du Mali. Dans un appel lancé à cette date, le MPGK s’insurgeait contre l’oubli des sédentaires (Ganda Koye signifie « Maîtres de la terre » en sonrhaï) dans les négociations sur le Nord, stigmatisait la persistance de l’insécurité et critiquait l’inertie du gouvernement face à cette situation.

Avec l’entrée en jeu du Ganda Koye, les choses risquaient à tout moment de s’envenimer et c’est ce qui arriva avec une expédition du Ganda Koye sur le village de Tacharane. Le MPGK qui disait vouloir lutter contre les voleurs de bétail, fit une expédition qui se solda par la mort de neuf nomades. En réponse à ces représailles, un des mouvements des MFUA, le FIAA mena une contre-expédition sur le village de Fafa où se trouvait une base du MPGK, ce qui donna plusieurs morts.

D’accrochage en accrochage, d’une part entre le MPGK et des éléments des MFUA et d’autre part entre des éléments du MFUA et l’armée malienne, le Nord du Mali venait à nouveau de tomber dans la violence aveugle dont les victimes innocentes étaient les populations aussi bien sédentaire que nomades.

Pendant les concertations régionales et nationales organisées par le gouvernement de juillet à septembre 1994, qui regroupaient les représentants de toutes les couches sociales du pays, il a été demandé à ce que le Pacte national soit soumis à une recommandation « d’évaluation » et « d’application équitable » au profit de toutes les communautés du Nord et du pays en entier.

Les concertations ont également recommandé « la mise en place d’une commission locale de réconciliation composée des représentants des communautés sédentaires et nomades et des représentants des MFUA et du MPGK en vue de faciliter la réconciliation interethnique, sous les auspices de l’administration« .

Toutes les démarches du gouvernement malien s’inscrivaient, pendant des mois de tension, dans la logique de préservation du Pacte national car il avait le mérite d’être mieux que rien, et surtout parce qu’une partie des MFUA y adhérait, malgré des retards de calendrier.

L’apport des leaders communautaire dans la gestion de la rébellion du Mali.

C’est surtout fin 1994, précisément en novembre, avec l’implication des leaders communautaires, qu’une véritable lueur de paix a commencé à se faire sentir.

En effet, c’est au mois de novembre 1994 qu’un vieux notable sédentaire du nom de Alhero Touré, bien connu dans sa communauté (le Cercle de Bourem), convoqua de son propre chef tous les leaders communautaires sédentaires et chefs de factions nomades à une rencontre intercommunautaire, afin de trouver une solution aux problèmes d’insécurité qui secouaient la région. Le MPGK, et le FLPA, l’autre nomade, ont profité de cette rencontre pour engager des pourparlers de paix entre leurs deux mouvements.

Avec l’aide de l’administration, ces pourparlers ont abouti à la signature des « accords de paix de Bourem » de janvier 1995. Ce sera le point de départ des rencontres intercommunautaires en faveur de la paix. Après l’accord de Bourem, au début du mois de janvier 1995, la paix semblait à portée de main, les événements se précipitèrent et des rencontres se multiplièrent : Gao, le 23 26 janvier 1995, Ménaka, le 6 mars, Ansongo, le 6 avril.

Ces accords eurent des impacts sur le processus de paix, et entre août 1995 et mars 1996, un fonds d’aide pour la réconciliation et la consolidation de la paix dans le Nord du Mali (FAR-NORD) a financé plus d’une cinquantaine de rencontres entre communautés du Septentrion malien.

c) Le soutien de la communauté internationale à la gestion de la rébellion au Mali

Le Mali devait chercher le soutien de ses partenaires au développement dans sa démarche pour une paix définitive. C’est ainsi que s’est tenue à Tombouctou, en juillet 1995, une rencontre internationale sur le développement et la paix dans le Nord du Mali, rencontre à laquelle tous les partenaires au développement ont participé.

Après cette rencontre, on a pu constater un large faisceau d’initiatives et un important flux financier d’aide au développement tourné vers le septentrion malien.

Tous ces efforts ont abouti, le 27 mars 1996, à la cérémonie de la « flamme de la Paix de Tombouctou », cérémonie au cours de laquelle 3 00025 armes ont été brûlées pour marquer la volonté de tous les Maliens de vivre ensemble en paix. Lors de cette cérémonie, les MFUA et le MPGK ont annoncé leur dissolution et se sont tous engagés pour une paix définitive au Mali.

Après la « flamme de la Paix », le gouvernement a intensifié, avec l’aide des bailleurs de fonds, le programme d’insertion des ex-combattants et la redynamisation socioéconomique du Nord du Mali. Ainsi 2490 acteurs de la rébellion ont été intégrés au service public et 950026 autres personnes ont bénéficié d’une aide à la réinsertion.

La gestion de la rébellion par la 3 e République du Niger
Pierre Boilley , « Stabilité du Nord Mali »: Les responsablités partagées, Writenet Paper, N°11/1999, UNHCR, Centre for Documentation and Research, Human Right, Forced Migration, Ethnic and Political Conflict (UK), May 1999.

Le 11 novembre, une rencontre était prévue entre les rebelles et les nouvelles autorités, mais ladite rencontre fut reportée. Entre-temps, la rébellion s’était divisée en quatre mouvements, soit le FLAA (Front de libération de l’Aïr et de l’Azawak), le FLT (Front de libération Temoust), l’ARLNN (Armée révolutionnaire de libération du Nord du Niger) et enfin le FPLS (Front populaire de libération du Sahara).

Cette division était la manifestation flagrante de la hiérarchisation de la société touarègue. Les mouvements représentaient en effet plus des colorations tribales que des idéologies.

Pour leur crédibilité, les mouvements créèrent la CRA (Coordination de la résistance armée) qui prit plus tard le nom d’ORA : l’Organisation de la résistance armée.

Mais la rébellion continuait toujours ses actes de sabotage et ses attaques contre les forces armées, l’administration, les populations civiles et leurs biens. C’est dans ce contexte qu’en janvier 1994, un incident des rebelles fit sept morts.

De février à mars, plusieurs attaques eurent lieu, pour faire pression sur le nouveau gouvernement. C’est dans cette situation de violence, d’attaques de rebelles et de représailles des militaires qu’intervint le 9 octobre, un accord de paix entre le gouvernement et les rebelles.

Et le 11 mars 1995, un violent affrontement opposa les villageois et les rebelles touaregs et le bilan fut lourd : 18 morts. Les autorités politiques n’avaient plus le choix : il fallait reprendre les négociations pour éviter que le pays sombre dans la violence.

Finalement une rencontre eut lieu au Burkina Faso, à Ouagadougou, entre une délégation nigérienne et les représentants des rebelles, le 15 avril 1995, pour définir un cadre de négociation pour un nouveau cessez- le- feu. Les deux parties s’entendirent sur un cessez le- feu dont la signature solennelle eut lieu le 24 avril à Niamey. Le bilan officiel de la rébellion en octobre 1995 était de 150 morts.

Mais contre toute attente, le 12 octobre 1995, les rebelles reprirent les attaques et le 27 novembre, l’Organisation de la résistance armée suspendit l’application de l’accord signé solennellement le 24 avril.

Le 27 janvier 1996, le Niger s’enfonça de nouveau dans l’instabilité politique avec un coup d’État militaire dirigé par le colonel Ibrahim Baré Maïnassara, chef d’état- major des armées, qui s’autoproclame président.

La gestion de la rébellion par la 4e République

Avec la suspension de l’accord du 15 avril, la rébellion multiplia les attaques et le pays s’enlisa de nouveau dans la violence. C’est finalement le 28 novembre 1997 à Alger 27 que le gouvernement du Niger et les représentants des rebelles se retrouvèrent de nouveau pour la signature d’un nouvel accord de paix et ceci grâce à la médiation du pays hôte.

Un cessez- le-feu définitif entrera en vigueur le 29 novembre 1997 à 00 h 00 heure de Niamey. De l’idée de la sécession à la fédération, en passant par l’autonomie, les rebelles ont finalement accepté la décentralisation comme cadre de règlement du conflit et cela dans un Niger uni. C’est de cette façon que, de 1990 à 1997, le conflit touareg au Niger a évolué et a été résolu.


Conclusion

Comme tout conflit armé, la rébellion touarègue du Mali et du Niger de 1990 à 1997 a laissé des séquelles car des communautés qui ont vécu ensemble pendant des siècles sans grandes difficultés majeures se sont ensuite combattues violemment, ce qui a des conséquences importantes.

Il y a eu plusieurs morts et tout le monde est d’accord sur le fait qu’il va falloir du temps pour que les différentes communautés au Nord du Mali et du Niger réapprennent à vivre en harmonie. Mais au-delà de ce constat, il y a un certain nombre de leçons à retenir du conflit touareg du Mali de 1990-1996 et du Niger de 1990-1997.


A SUIVRE

Source : www.dandurand.uam.ca

01 Septembre 2008