Partager


La résolution du conflit touareg au Mali et au Niger (Suite)
Salifou, André, La question touarègue au Niger, Paris, Éditions Karthala,

Le retour massif des réfugiés touaregs d’Algérie
En janvier 1990, l’Algérie décide de renvoyer dans leur pays de nombreux réfugiés touaregs installés sur son territoire. Ils étaient entre 20 000 et 25 0007, rassemblés dans le camp d’In-Guezzan près de la frontière nigérienne. Pour éviter les problèmes éventuels que l’arrivée de ces réfugiés poserait à Bamako, ces réfugiés sont dits nigériens.

À Niamey, les autorités disent plutôt que les réfugiés sont maliens. Finalement, le Niger finit par accepter 18 000 des réfugiés et le Mali en fait autant.

Les Nations Unies, par le biais du Fonds international pour le développement agricole (F.I.D.A), mettent sur pied un programme d’accueil des réfugiés, tant au Mali qu’au Niger. Parmi ces réfugiés qui venaient d’arriver, beaucoup étaient des jeunes que l’on appelait les Ishomars (« chômeurs » en Tamasheq), et ce sont précisément ces jeunes qui avaient appris le métier des armes à l’étranger dans l’intention de venir libérer leur peuple du pouvoir central du Mali et du Niger.

Avec l’arrivée de ces réfugiés, tous les ingrédients étaient donc réunis pour qu’un petit incident mette le feu aux poudres aussi bien au Mali qu’au Niger. Ce qui arriva avec l’attaque de la gendarmerie de Tchin-Tabaradène, le 7 mai 1990, suite à laquelle, comme nous l’avons expliqué plus haut, le Mali fut entraîné dans la rébellion touarègue qui allait durer six ans.

Au Mali, la rébellion sera dirigée par une coordination qui s’appelait les MFUA (Mouvements et Fronts Unifiés de l’Azawad). Et au Niger, c’est aussi une coordination, l’ORA, qui va diriger la rébellion.

Dayak, Mano, avec la coll. de Stuhrenberg, Michel et de Jérôme Strazzula, Touareg, la tragédie, Paris, Éditions Lattès, 1992

L’évolution et la résolution de la rébellion touarègue
Il est très difficile de faire une distinction entre l’évolution et la résolution de la rébellion aussi bien au Mali qu’au Niger, dans la mesure où, dès les premiers mois, les autorités des deux pays ont tenté de limiter les dégâts en engageant des pourparlers informels et formels avec les rebelles touaregs.

Il est important de souligner que plusieurs facteurs ont contribué favorablement à résolution de la rébellion touarègue dans les deux pays : la volonté politique de trouver une solution raisonnable et définitive au problème de la rébellion, les changements politiques intervenus dans les deux pays et une plus grande ouverture politique.

Ainsi, l’objectif de la rébellion qui, à l’origine, était séparatiste a été ramené à une plus grande implication des populations du Nord à la gestion de leurs affaires tant politiques et économiques administratives. Il faut noter aussi l’absence, du côté des rebelles, d’un soutien international de grande envergure de pays comme les États-Unis, la France, la Russie ou l’Angleterre.

Le seul appui extérieur à la rébellion était celui de la Libye, où la plupart des jeunes avaient d’ailleurs suivi leur formation militaire. Il ne faut pas non plus oublier la fragmentation du mouvement rebelle en une multitude de mouvements et ceci aussi bien au Mali qu’au Niger.

Enfin, l’appui de la communauté internationale sur le plan financier a grandement contribué au financement du coût de la paix dans les deux pays car même si ceux-ci avaient la volonté politique de résoudre le problème de la rébellion, il fallait de l’argent non seulement pour le retour des réfugiés mais aussi pour la réinsertion socioéconomique des ex-combattants. Grâce à la communauté internationale, ce problème a été résolu.

L’évolution de la rébellion et sa gestion par la 2e République du Niger de mai 1990 à décembre 1991
C’est au Niger, lors de l’attaque de la prison de Tchin- Tabaraden que la rébellion est née. Un des gardiens de la priso n y trouva la mort, les représailles de l’armée firent de nombreuses victimes et plusieurs personnes accusées de complicité avec les jeunes furentarrêtées.

Un des porte-parole de la rébellion, Mano Dayak, écrivait dans son livre, Touareg, la Tragédie, que « tout changea avec les « événements de Tchin-Tabaraden » en mai 1990.
Un massacre, celui de trop. Une date-clef dans l’histoire (c’est-à-dire celle des Touaregs) comme la naissance du Christ dans l’histoire de l’Occident. Plus rien n’était, ne sera plus jamais comme avant. Désormais il y avait av.T .T et apr. T .T., (c’est-à-dire avant et après Tchin-Tabaraden)
« .

Le bilan de ces premières violences est contradictoire, les autorités nigériennes parlent de 70 morts, les organisations internationales de défense des droits de l’homme de 600 morts et les Touaregs eux- mêmes parlent de plus d’un millier de morts9. Après ces violences de Tchin-Tabaraden, les attaques des rebelles se multiplièrent et l’armée nigérienne répliqua.

Le 29 juillet 1991 eut lieu la Conférence nationale. La question de la rébellion figura en bonne place dans les débats. Il fut demandé que les responsables des premières représailles militaires qui avaient fait des victimes touarègues, en mai 1991 à Tchin- Tabaraden, soient identifiés et punis. C’est ainsi que le capitaine Malik Boureima, identifié comme le responsable de la répression touarègue, fut arrêté et emprisonné.

Mano Dayak, qui faisait partie des représentants de la communauté touarègue à la Conférence nationale, exprimait dans le livre déjà cité que : « […] la démocratie peut trouver tout son sens si elle se voit doublée d’un système fédéral qui tiendra compte des différences ethniques et culturelles. Que chacun soit responsable de son développement régional et local et que tous se trouvent librement réunis dans un projet national qui n’étouffe personne« .

Le mot est donc lâché, l’objectif des rebelles nigériens est de faire du Niger un État « fédéral » pour permettre aux communautés de devenir responsables de leur développement. Mais cette idée n’a pas été retenue par la Conférence nationale nigérienne car les autorités craignaient que cette notion de fédéralisme n’aboutisse à la séparation du Nord du Niger du reste du pays. Cette crainte était d’autant plus justifiée que Mano Dayak avouait dans son livre que : « […] les combattants du F.L.A.A., au départ, ne voulaient rien savoir de nos histoires de fédéralisme. Les jeunes qui revenaient de la Libye avaient toujours rêvé d’indépendance« .

La conférence a plutôt retenu la décentralisation comme future forme d’administration qui donnerait suffisamment de pouvoir aux collectivités territoriales pour qu’elles puissent gérer leurs propres affaires.
Les objectifs assignés à cette décentralisation nigérienne sont :

– La responsabilisation des populations dans la gestion des affaires locales par la mise en place des organes locaux et régionaux ;

– Le développement à la base, par la participation réelle et volontaire des populations aux activités d’intérêt commun, à leur conception, à leur exécution, à leur contrôle et à leur suivi ;

– Le renforcement du processus de démocratisation à travers la possibilité offerte aux populations de choisir librement ceux qui seront chargés de gérer les affaires locales ;

– La promotion d’une administration de proximité dans la perspective d’une meilleure gouvernance.
Les jeunes Touaregs, mécontents de la réponse de la Conférence nationale qui, au lieu de la fédération, préféra la décentralisation, créèrent le 19 octobre 1991 le Front de libération de l’Azawak et de l’Aïr (FLAA) avec Rhissa Boula comme commandant en chef.

À partir de cette date, les attaques armées vont se multiplier. Dès le mois d’octobre 1991, le FLAA lance sa première attaque d’envergure dans la localité d’In-Gall, attaque au cours de laquelle cinq gardes républicains furent tués.

Les estimations faites au début de l’année 1992 dans les milieux diplomatiques et militaires de Niamey situaient entre 500 et 600 le nombre de combattants du FLAA.

L’évolution de la rébellion et sa gestion par la 2è République du Mali de juin 1990 à mars 1991
Au Mali, la rébellion a commencé officiellement en juin 1990 suite à l’attaque de la gendarmerie de Menaka. Pour faire face à la situation, les autorités ont décrété l’état d’urgence dans tout le Nord du Mali. Mais tout en optant pour une certaine fermeté, les autorités maliennes n’ont pas tardé à chercher à négocier avec les dirigeants de la rébellion naissante.

C’est ainsi qu’en septembre, trois mois après le début de la rébellion, la première rencontre officielle fut organisée.

La recherche d’une solution commença donc les 8 et 9 septembre 1990, avec le Sommet quadripartite qui réunit à Djanet, en Algérie, les présidents algérien, Chadli Bendjedid, libyen, Moammar Khadafi, malien, Moussa Traoré, nigérien, Ali Saïbou14.

À la même période, le chef d’État malien a mis à contribution l’apport des notables touaregs qui étaient membres de l’Assemblée nationale et du Conseil national du parti unique l’Union Démocratique du Peuple Malien (U.D.P.M). Pour les besoins de la cause, on n’appelait plus les rebelles des bandits armés mais plutôt des Maliens égarés. Les négociations des premiers mois furent entourées de discrétion et le résultat des contacts fut une rencontre en Algérie entre les responsables de la rébellion, une délégation des chefs des factions et des cadres touaregs.

Au terme de cette première rencontre bilatérale, les émissaires du gouvernement revinrent avec un document contenant 21 points de revendication présentés par la rébellion. Ces revendications pouvaient se regrouper en deux catégories. Une première catégorie de revendications avait une connotation socioéconomique.

La seconde catégorie, plus politique, demandait la création d’un poste de vice-président de la République, destiné à un cadre touareg et la réservation aux Touaregs des ministères des Affaires étrangères, du Développement rural, de la défense et de l’intérieur. Ces 21 revendications se retrouveront tout au long des quatre années suivantes dans les exigences de la rébellion.

Après ce premier contact, les rebelles ont continué à harceler les forces armées et l’administration maliennes et tout ce qui les symbolisait. La multiplication des attaques et des représailles non contrôlées qui commençaient à faire parler l’opinion internationale obligèrent les autorités maliennes à engager les négociations.

18 Aout 2008