Partager

La résolution du conflit touareg au Mali et au Niger
Les opinions et arguments avancés dans cette publication demeurent l’entière responsabilité des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux des membres de la Chaire Raoul-Dandurand
.

Les origines de la rébellion touarègue de 1990 – 1976

Les révoltes touarègues avant l’indépendance
Les velléités sécessionnistes touarègues après l’indépendance du Mali et du Niger


L’évolution et la résolution de la rébellion touarègue

L’évolution de la rébellion et sa gestion par la 2è République du Niger de mai 1990 à décembre 1991

L’évolution de la rébellion et sa gestion par la 2è République du Mali de juin 1990 à mars 1991

La gestion de la rébellion par la Transition malienne de mars 1991 à juin 1992

La gestion de la rébellion par la transition nigérienne d’août 1991 à mars 1993

Gestion de la rébellion par la 3è République du Mali de juin 1992 à mars 1996

La gestion de la rébellion par la 3è République du Niger
La gestion de la rébellion par la 4è République
Introduction

Le Nord du Mali et le Nord du Niger ont été douloureusement secoués par ce que l’on a désormais l’habitude d’appeler le «conflit touareg», conflit qui a commencé en mai 1990 au Niger et qui s’est étendu au Mali à partir de juin 1990.

Les régions au Nord du Mali et du Niger ont en commun plusieurs éléments. Sur le plan naturel, le massif Adrar des Iforas du Mali a son prolongement, l’Aïr, sur le territoire nigérien. Les deux pays sont traversés par un même fleuve : le Niger. Et ils ont approximativement la même superficie.

Historiquement, ils sont tous deux d’anciennes colonies françaises et, socialement, ils se partagent les peuples songhaï, peul, maure, arabe et touareg. Ce n’est donc pas un hasard si les conflits touaregs au Mali et au Niger sont intimement liés.

C’est au Niger que le conflit a commencé, entre les jeunes Touaregs armés, les Ishomars, et les forces armées nigériennes (FAN). Le Mali a été entraîné dans le conflit suite à l’arrestation des jeunes Touaregs qui avaient participé à cette attaque au Niger, qui avait fait des victimes.

Les jeunes Touaregs maliens ont attaqué la gendarmerie de Nénaka le 29 juin 1990 pour libérer leurs frères nigériens. Cette attaque s’est aussi soldée par des pertes en vies humaines. Elle a été suivie de représailles de l’armée malienne.

La région venait de s’installer dans une violence sans précédent, une violence qui provoqua malheureusement la perte de nombreuses vies humaines. Voilà comment est né le conflit touareg de 1990 au Nord du Mali et du Niger.

Le premier chapitre de cette recherche abordera les causes du conflit. Le deuxième chapitre analysera les stratégies et les mécanismes que les deux pays ont mis en place pour mettre fin à leurs conflits respectifs et trouver des solutions définitives à la crise qui a endeuillé le Nord des deux pays, de 1990 à 1996 pour le Mali et de 1990 à 1997 pour le
Niger.

La première annexe sera consacrée à la présentation du Mali et du Niger. Cette partie consistera à situer le Mali et Niger dans l’espace et dans le temps, tout en faisant ressortir les événements clés de l’histoire de ces deux pays.

La deuxième annexe sera consacrée au peuple touareg, à son histoire et à sa culture.
Généralement, la question touarègue soulève des passions dès qu’elle est abordée, aussi bien du côté des Touaregs que du côté des non-Touaregs.

Nous avons ici centré notre attention sur de la documentation qui peut se classer en trois catégories, selon les auteurs :

1- Les auteurs qui considèrent la question touarègue comme une situation politique voulue par les autorités politiques des pays concernés. C’est le cas de Mano Dayak dans son livre, Touareg, la tragédie.

Il est important de souligner qu’il est lui- même touareg (du Niger).

2 – Les auteurs qui pensent que la situation des Touaregs n’est pas pire que celles des autres ethnies des pays où ils vivent. Ces auteurs attribuent la misère des Touaregs à la pauvreté générale et non voulue de leur pays d’origine. C’est le cas d’André Salifou dans son livre La question touarègue au Niger. Cet auteur aussi est d’origine nigérienne.

3- Enfin, les auteurs qui pensent que l’aggravation de la situation des Touaregs est surtout due à un ensemble de phénomènes aussi bien sociaux, politiques, économiques que naturels. Le plus remarquable de ces phénomènes est celui des aléas climatiques, à savoir la sécheresse qui frappe de plus en plus la zone occupée par les Touaregs. Cette dégradation climatique a bouleversé toute la hiérarchie sociale en milieu touareg.

Parmi ces auteurs, il y a Mohamed Tiessa-Farma Maïga qui, dans son livre Le Mali : de la sécheresse à la rébellion nomade, chronique et analyse d’un double phénomène du contre développement en Afrique sahélienne, attribue en grande partie la situation de précarité du peuple touareg aux mutations climatiques que connaît le Sahel et à l’inadaptation des politiques de développement mises en place par les autorités.

Nous ferons référence à ces différents auteurs pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de la rébellion touarègue.

Les origines de la rébellion touarègue de 1990 -1997
On ne peut comprendre la rébellion des années 1990 au Mali et au Niger sans savoir ce qui s’est passé dans le monde touareg depuis l’époque coloniale jusqu’aux années d’indépendance, c’est-à-dire les années 1960.

Il nous est difficile de faire ici une narration détaillée des différents événements liés au séparatisme touareg au Sahara, mais nous tenterons de présenter les faits saillants liés aux tentatives de révoltes des Touaregs.
Nous verrons ces événements en deux temps : avant et après l’indépendance des deux pays.

Les révoltes touarègues avant l’indépendance
Comme tous les peuples de l’Afrique au Sud du Sahara, les Touaregs se sont farouchement opposés à l’occupation coloniale française.

Vu l’inégalité des armes, les Touaregs se battant avec des armes traditionnelles (des lances, des sabres, des flèches) et quelques fusils rudimentaires contre les canons des Français, la supériorité militaire du colonisateur français a eu raison de la bravoure des Touaregs, comme de celle d’autres peuples avant eux.

Mais les Touaregs, habitués à se déplacer sans contrainte dans tout le Sahara, ont très mal accepté la domination française, l’occupation du Sahara par les Français étant considérée comme un asservissement. Malgré des tentatives de révoltes dont les plus célèbres sont celle de Firikoun, au Mali, et celle de Kaosen, au Niger, l’espace to uareg resta sous contrôle français.

C’est en juin 1957, quand les territoires sous domination française accédèrent à un régime semi-autonome, en vertu de la Loi cadre, dite également loi Defferre (du 23 juin 1956), que les velléités de sécession ont commencé à renaître.

Au Soudan français, actuel Mali,
Mohamed Aly Attaher, ancien chef de la tribu des Kel Antessar du Tilemisi, envoie alors depuis la Libye, à son frère Mohamed El Mehdy ainsi qu’à tous les autres chefs de tribus nomades du pays, une lettre circulaire pour leur demander de rejeter la fusion avec les Noirs au sein d’un même État.

De façon conciliante, la France manifeste officiellement, et pour la première fois, sa volonté de créer l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS 1). Le projet de création de l’Organisation commune des régions sahariennes a pour ambition de détacher des espaces territoriaux de l’Algérie, du Soudan français, du Niger et du Tchad -zones réputées riches en ressources minières – et ceci au bénéfice de la puissance coloniale.

Et ces espaces correspondaient justement à ceux occupés par les Touaregs, l’astuce consistait donc à faire miroiter aux yeux des ethnies «blanches» la promesse de ne pas subir le «commandement des ethnies noires».
Surtout que certains Touaregs avaient déjà manifesté une attitude favorable devant une telle proposition, une belle occasion – qu’il fallait exploiter à fond – était alors toute trouvée pour la France.

En dépit de l’hostilité et de l’opposition de plusieurs parlementaires et élus d’Afrique du Nord et subsaharienne, l’OCRS fut créée par la loi française n° 57-7-27 du 10 janvier 1957 (parue dans le journal officiel de la République française du 12 janvier 1957).

Officiellement, le but proclamé était de «promouvoir toute mesure propre à améliorer le niveau de vie des populations et assurer leur promotion économique et sociale dans le cadre d’une évolution qui devra tenir compte de leur tradition».

Mais le projet OCRS échoua, cela pour deux raisons : d’une part parce que le gouvernement de la République soudanaise, dirigé par l’US-RDA avec à sa tête le président Modibo Keita, s’opposa fermement à la tentative, qui, de toute évidence, relevait d’une atteinte à l’intégrité du territoire national du Soudan. D’autre part, le projet fut rejeté par la plupart de ceux à qui il s’adressait, en l’occurrence des hommes d’influence et des chefs de tribus et de factions.

Et le coup de grâce au projet OCRS fut donné par l’installation du premier Conseil de gouvernement de la République soudanaise en présence du haut-commissaire de la France et de l’inspecteur des colonies. Le projet d’amputation du territoire soudanais au profit de l’OCRS fut retiré devant l’opposition ferme de la partie soudanaise. Mais le germe de la division était semé et commençait à prendre racine contre vents et marrées.


Maïga, Mohamed Tiessa-Farma, Le Mali : de la sécheresse à la rébellion nomade chronique et analyse d’un double phénomène du contre développement en Afrique sahélienne, Paris, L’Harmattan, 1997

Les velléités sécessionnistes touarègues après l’indépendance du Mali et du Niger
Comme nous l’avons expliqué, à la veille de l’indépendance des deux pays, on pouvait constater que le camp touareg était divisé entre la volonté de se constituer en un État indépendant et celle de faire partie des pays que la division des frontières coloniales rendait voisins.

Le meneur des indépendantistes, le chef des Kel-Antessar, persista dans sa volonté de sécession qui about it en définitive, en 1959, à la première rébellion qui se manifesta dans l’Adgh des Ifoghas sur le territoire malien. Celle-ci fut jugulée militairement en 1964.

L’arrestation et la remise simultanée, aux autorités maliennes, d’une part de Mohamed Attaher par les autorités marocaines et d’autre part du leader de la rébellion des Ifoghas par les autorités algériennes facilitèrent grandement la fin de la rébellion. Mais un noyau résiduel sécessionniste persista cependant et trouva refuge dans un pays du Maghreb, promettant que «ce n’était que partie remise!».

À partir de ce moment- là, pour parer à toute autre révolte, les Touaregs ont été placés sous surveillance étroite par les autorités maliennes de l’époque avec une forte militarisation de la zone touarègue, pour éviter toute nouvelle tentative.

Nous pouvons donner trois raisons immédiates à la rébellion de 1990 :


1- La sécheresse

La rébellion de 1959-1964 avait été vaincue militairement par les autorités maliennes grâce à la collaboration directe de leurs amis du Maroc et de l’Algérie. Et au début des années 1970, intervint un phénomène naturel au Sahel et au Sahara qui allait changer à jamais la vie des populations nomades de cette zone : la grande sécheresse des années 1972-1973.

Vers 1973, environ un tiers du bétail sahélien, soit quelque 3,5 millions de têtes, avait péri par manque d’eau et de pâturages et le bétail survenant subsistait dans des conditions très pénibles. En 1973, la Mauritanie n’avait plus que 600 000 têtes de bétail au lieu de 2,5 millions avant la sécheresse. Les pasteurs maliens avaient perdu plus de la moitié de leurs troupeaux et le Niger, le quart de son cheptel4.

C’est dans ce contexte de crise aggravée par la famine, qu’en 1973 est apparu le phénomène d’exode massif des Toua regs vers les centres urbains et administratifs situés à proximité de leur aire de nomadisme traditionnel. Certains choisirent d’aller sous d’autres cieux plus cléments. Ainsi, de nombreux jeunes Touaregs se sont rendus dans les pays voisins du Mali et du Niger comme l’Algérie, le Nigeria, le Tchad, la Libye et d’autres se sont dirigés vers le Moyen-Orient.

2- Les jeunes Touaregs formés en Libye

Ce sont principalement ces jeunes exilés qui apprirent le métier des armes à l’étranger particulièrement en Libye, qui constituèrent le gros des combattants de la rébellion de 1990-1997 aussi bien au Mali qu’au Niger.

À cette éducation militaire s’ajouta une formation idéologique axée sur l’appartenance des hommes en formation à la nation arabe, sur l’importance de la langue et de la civilisation arabes, différentes de celles des populations vivant au Sud du Sahara.

Au cours d’un congrès tenu en 1986, Maliens et Nigériens décidèrent de conjuguer leurs efforts pour libérer d’abord le Mali et ensuite le Niger. C’est au cours de ce congrès que le premier mouvement sécessionniste a vu le jour. C’est à partir de 1987, suite à un certain nombre d’événements, que le retour des exilés commença.

Parmi ces événements, on peut citer la fin de la guerre du Tchad où beaucoup de Touaregs ont combattu pour la Libye, ou encore la mort de Seyni Kountché, qui faisait désormais du Niger un État plus vulnérable aux yeux des exilés, et surtout l’amenuisement des ressources financières disponibles en Libye.

Les autorités libyennes ont alors proposé aux combattants maliens et nigériens le rachat de leur matériel de guerre (dont les véhicules, les armes et les munitions) avant qu’ils rentrent dans leur pays.


Source : www.joliba.com/histoire -politique.htm

11 Aout 2008