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Le Premier ministre Modibo Sidibé a lancé l’initiative riz qui n’est qu’un volet du plan de campagne agricole 2008/2009. A cette échéance, ATT va-t-il réussir à donner à manger à tous les Maliens ? Rien n’est moins sûr surtout que la majorité des Maliens ne sit pas le contenu du plan d’action.

A Baguineda, le 30 mai où a eu lieu un déjeuner de presse autour du plan de campagne 2008-2009, le maire de la commune de cette localité a fait savoir qu’une cellule initiative riz a été mise en place à l’Office du périmètre irrigué de Baguineda (OPIB).

Toute l’Afrique, aujourd’hui, est convaincue qu’il faut mettre en place des structures pour améliorer la production céréalière. Le président ATT, au Japon, a déclaré que ventre affamé n’a point d’oreille.

C’est pourquoi la question du président du parti Espoir réel (PER), Ibrahim Cissé, à savoir pourquoi avoir attendu aujourd’hui pour lancer une campagne céréalière reste pertinente.

Les errements du gouvernement sont vraiment patents dans cette politique qui devait être mise en œuvre depuis belle lurette. Aujourd’hui encore, il faudrait se méfier qu’il y ait plus de discours que d’actes concrets et que le plan ne soit un catalogue de vœux pieux.

De toutes façons, vendredi dernier, le ministre de l’Agriculture, Tiémoko Sangaré, déclarait lors du déjeuner de presse sur le plan de campagne agricole 2008/2009, à l’Office du périmètre irrigué de Baguineda :

‘’ce déjeuner de presse est l’occasion pour moi d’échanger avec la presse nationale et internationale sur le bilan de la campagne agricole précédente, de leur expliquer le nouveau plan de campagne et de leur donner de larges informations sur les grands chantiers du département.

‘’ Le ministre était entouré des autorités administratives et politiques de Baguineda, du directeur général de l’Office et du président directeur général de l’Office du Niger.

Le ministre a rappelé que cette campagne est le point de départ de la mise en œuvre du volet agricole du PDES. Le plan regroupe les objectifs, activités, stratégies et moyens pour réaliser le plan de campagne.


Le Plan d’action

Le ministre de l’Agriculture a fait un aperçu du plan d’action 2007-2012. Comme s’il venait de se rendre compte de l’importance de la production céréalière aujourd’hui, le gouvernement a fixé l’objectif du plan à 10.000.000 de tonnes de céréales à l’horizon 2012.

Son financement est estimé à 1.155 milliards Fcfa dont 432 milliards de subvention de l’Etat. La subvention attendue de l’Etat pour l’acquisition des équipements est de 132 milliards soit environ 43% du montant des équipements.

Cette subvention, a indiqué le ministre, est de l’ordre de 50% pour l’unité d’attelage, 20% pour le tracteur, le motoculteur et la motopompe. Pour les intrants (engrais et semences), l’Etat doit accorder une subvention de 290,8 milliards.

L’Etat, a laissé entendre M. Tiémoko Sangaré, intervient annuellement dans les aménagements à hauteur de 38 milliards. Sur la période 2008-2012, le financement à rechercher est de 78 milliards dont 10 milliards à inscrire sur le BSI au titre des aménagements ; 57,473 milliards à chercher auprès des partenaires techniques et financiers ; 2,390 milliards pour les bénéficiaires et 7,970 milliards pour les opérateurs privés.

C’est donc dire que la recherche de financement du plan d’action sera notamment orientée vers l’extérieur puisque l’Etat ne contribue qu’à hauteur de 432 milliards pour un besoin de 1.155 milliards.

Le ministre a soutenu que pour atteindre 10.000.000 de tonnes de céréales à l’horizon 2012, la production céréalière passera de 3.885.477 tonnes en 2007/2008 à 10. 287.874 tonnes en 2012 avec une progression moyenne annuelle d’environ 21%.

Les résultats annuels attendus, a-t-il précisé, sont de 4.580.000 tonnes à la campagne 2008/2009 ; 5.600.000 tonnes pour 2009/2010 ; 7.400.000 tonnes pour 2010/2011 ; 8.930.000 tonnes pour 2011/2012 et 10.000.000 tonnes à la campagne 2012/2013.

Pour réaliser ces objectifs, a dit le ministre de l’agriculture, l’approvisionnement des producteurs en intrants de qualité à des coûts accessibles est nécessaire. Les besoins en engrais pour les cinq années, a-t-il indiqué, sont : 688 471 tonnes d’urée ; 521 236 tonnes de phosphates d’ammoniaque ; 252 767 tonnes de complexe céréale.

Les besoins en semences R2 portent sur 72 469 tonnes de maïs ; 187 434 tonnes de riz ; 21 221 tonnes de blé ; 18 750 tonnes de mil ; 15 067 tonnes de sorgho ; 1 983 tonnes de fonio.


Motorisation et aménagements hydro agricoles

Le plan fixe les objectifs de : 400 000 unités d’attelage ; 1000 motoculteurs ; 3000 tracteurs et accessoires ; 10 000 motopompes ; 10 000 matériels de post-récolte composés de 2000 batteuses de riz, de 2000 décortiqueuses de riz, de 4000 égreneuses de maïs et de 2000 batteuses de mil.

Cette action, a souligné le ministre, permettra de rehausser le taux d’équipement en unités d’attelage de 35% à environ 80%, mais aussi de contribuer à l’amélioration du niveau de mécanisation. En outre, a-t-il fait savoir, des réseaux d’artisans ruraux (forgerons), doivent être équipés pour assurer la maintenance du parc de matériels de culture et de motorisation.

M. Tiémoko Sangaré, ministre de l’agriculture, ne se lasse pas de rappeler que le Mali dispose d’un potentiel de terres aménageables estimé à environ 2 millions d’hectares dont seulement 325 430 ha sont aménagés. Les actions inscrites dans le cadre des aménagements hydro agricoles prévoient la réalisation de 103.356 ha.

Ces aménagements se composent de 81 556 ha en maîtrise totale essentiellement en zone office du Niger ; 21 800 ha en maîtrise partielle dont 16 134 ha en submersion contrôlée et 5 090 ha de bas-fonds, mares et oueds et 576 ha de petits périmètres maraîchers.

Le plan d’action prévoit un appui conséquent de la recherche en matière de sélection variétale, de proposition de formules d’engrais adaptées et de plan de protection des cultures.

Le ministre a souligné la nécessité d’un système d’appui conseil efficace (DNA, offices, privés) assurant une large diffusion des innovations techniques auprès des producteurs et la remontée des préoccupations de ces derniers auprès des chercheurs.

Il est prévu une meilleure organisation du monde rural ainsi que le renforcement de la capacité des producteurs, notamment par leur formation dans les domaines de la gestion des intrants, des matériels agricoles et des équipements collectifs.

Le plan d’action compte instaurer un cadre dynamique de communication dont les actions porteront sur l’information et la sensibilisation à travers les médias et la communication non publicitaire à travers l’organisation de fora au niveau national et régional. Une meilleure contribution à la réduction de la propagation du VIH SIDA en milieu rural figure en bonne place dans le plan d’action.

La commercialisation et les craintes

Le ministre de l’agriculture a signalé que la mise en œuvre du programme engendrera des surplus importants de céréales estimés à 900 000 tonnes en 2008/2009 ; 1 600 000 tonnes en 2009/2010 ; 3000 000 de tonnes en 2010/2011 ; 4 200 000 tonnes en 2011 /2012 et 5 200 000 tonnes en 2012/2013.

L’écoulement de ces surplus à un prix rémunérateur, a-t-il ajouté, devra être une priorité pour réussir l’intensification de la production agricole.

En effet, a-t-il reconnu, le producteur n’est plus incité à produire plus qu’il n’en a besoin pour sa propre consommation. Pour résoudre ce problème, le plan d’action propose de favoriser les échanges entre les zones excédentaires et déficitaires, d’inciter les producteurs à s’organiser pour défendre leurs intérêts, de mettre en place des lignes de crédit et de développer des stratégies d’exportation.

En matière de transformation, le plan d’action entend inciter les opérateurs économiques à la création d’unités agro-industrielles dans les grandes zones de production ou de consommation des produits agricoles, à protéger les unités de transformation du pays en prenant les mesures fiscales appropriées et à diversifier davantage l’utilisation des produits céréaliers dans l’alimentation humaine et animale.

Le gouvernement muni de ce plan ambitieux ne cache pourtant pas ses craintes. C’est à ce titre que le ministre a souligné la nécessité de trouver des mesures appropriées de subvention.

Il a indiqué : ‘‘l’agriculture malienne se caractérise par une faible mécanisation des opérations culturales, de récolte et de post-récolte et une utilisation très timide des intrants. Les engrais, qui constituent les principaux facteurs d’intensification, sont peu utilisés.

‘’ Le plan d’action reconnaît que ces pratiques agricoles ne sont pas durables aussi bien sur le plan socio économique qu’environnemental. Ces pratiques engendrent une faible productivité qui entraîne des baisses de revenu des agriculteurs.

Ces remarques conduisent à se poser d’autres questions sur la réalisation d’un plan d’action qui risque de se transformer en vœux pieux si les discours prennent le pas sur les actes concrets.

En effet, le plan a noté le faible pouvoir d’achat des producteurs qui ne permet pas à la majorité des agriculteurs d’utiliser plus d’engrais et cela constitue l’une des causes de la dégradation du sol engendrant des baisses de rendement comme celles constatées sur le mil au cours des 10 dernières années.


Baba Dembélé

02 Juin 2008