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En tout cas, c’est au regard de la persistance du phénomène et des difficultés à combattre ses effets pervers que beaucoup de gens se posent cette question. Car c’est ce constat qui est à l’origine sinon constitue la base même de la méfiance entre certains artistes et leurs producteurs.

Ainsi, cette situation est telle qu’on assiste aujourd’hui à l’augmentation du nombre d’artistes qui s’auto-produisent. Les producteurs, qui constituent un maillon très important dans l’industrie du disque, pourront-ils justifier leur innocence ?

Si le sujet de la piraterie continue de préoccuper la communauté internationale en général, et la communauté malienne en particulier, c’est que le combat pour l’enrayer, ou tout au moins contenir ses effets désastreux sur le développement culturel, demeure aussi rude que complexe, à telle enseigne qu’un courant d’opinions pessimistes estime que les producteurs existeront, une victoire sur ce mal est impossible et relèverait de l’utopie tant.

Alors, certaines questions méritent d’être posées : peut-on vaincre la piraterie ? Les producteurs y sont-ils réellement pour quelque chose ? Une victoire sur ce mal est-elle possible au Mali ? Les réponses à ces questions varient d’une personne à une autre.


Un goulot d’étranglement de la culture musicale

Par définition, la piraterie s’entend généralement par la production ou la reproduction publique non autorisée d’une œuvre de l’esprit à des fins commerciales.

Mais chez certains opportunistes mal intentionnés, la piraterie des œuvres musicales consiste tout illicitement à dupliquer des cassettes légalement produites en des milliers d’exemplaires, ou à les importer sans pour autant obtenir ou détenir l’aval ou l’autorisation, ni de l’artiste, ni du producteur, encore moins du Bureau Malien du Droit d’Auteur (BUMDA).

Actuellement, une nouvelle cassette est piratée 24 heures après sa sortie sur le marché. Et si l’on se réfère aux statistiques mondiales de la consommation de la musique -qui, au Mali, est d’une cassette (K7) par personne et par an-, on peut dire que la consommation annuelle atteint les 8 000 000 de cassettes, compte tenu de la pauvreté de notre pays. Cependant, en 2002, la production de cassettes légales contrôlables au Mali n’a pas dépassé 750 000 cassettes, soit moins du 1/10e de la consommation nationale.


Des statistiques alarmantes

Au Mali, la consommation nationale réelle est de 8 000 000 cassettes, soit 1000 %. Mais la production légale est de 750 000 cassettes, soit 9,4%. Et les cassettes piratées = sont au nombre de 7 250 000, soit… 90,6%.

La cassette légale est vendue, en détail, à 1000 F CFA. Tandis que la cassette piratée, qui ne supporte aucune charge, est cédée, voire bradée à 450 F CFA. D’où une concurrence déloyale effrénée et sans pitié.

Le rôle du producteur, dans tout cela ?

Un producteur de musique est la personne ou l’entreprise qui finance l’enregistrement et les tâches nécessaires à la réalisation d’un disque. Dans la chaîne de l’industrie du disque, le rôle qui revient au producteur fait de lui un maillon très important de la chaîne.

Notons que sous nos cieux en tout cas, le producteur n’intervient que lorsque la nécessité s’impose, pour lui, en vue de mieux ou plus se faire connaître (pour se faire de l’argent). Il s’ingéniera alors à mettre la musique de l’artiste au goût du jour, sinon de son business.

Pour ce faire, il effectue de grosses dépenses : le coût de production ( cachet de l’artiste, charges des répétitions, frais de studio, réalisation d’un ou des clips…) ; coût de promotion (dépôt de clip à l’ORTM, Top Etoiles, affiches, dédicace…). A ces charges s’ajoutent les droits d’auteur, les stick ers et la duplication.

La production d’une bonne œuvre musicale s’élève, en moyenne à 7 500 000 FCFA. Il n’y a pas de produit sans production“, s’est glorifié un producteur avant de s’indigner : “Dans un souci de promouvoir la culture musicale malienne ,tant à l’intérieur qu’en dehors de nos frontières, nous nous sommes investis pour assurer aux artistes le plus de rayonnement possible. Malheureusement, il existe des gens qui n’hésitent pas à nous qualifier de pirates”.

Moussa TOURE

21 Aout 2008