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« Au Village » est l’ouvrage qui relate la plupart des photos prises par Malick Sidibé, considéré comme un des dinosaures de la photographie africaine. »Au Village » c’est des portraits ou des photos de groupe, membres de la famille ou du village de Malick : Soloba. Il fait partie de ces livres qu’on feuillette avec une certaine pudeur, avec la sensation de pénétrer dans l’intimité de celui qui l’a conçu.

Paru aux Éditions de l’œil, en août dernier, l’ouvrage, sobrement intitulé « Au Village », a en effet tout de l’album de famille. Selon Romain Dostes qui l’a beaucoup côtoyé, « on sent tout de suite que les lieux et les personnages saisis sont familiers du photographe. Et pour cause : toutes les photos ont été prises à Soloba, le village natal de Sidibé ».

Aux dires de M. Dostes, l’album a également l’intérêt de présenter les premières photos de Malick Sidibé.

jpg_malick-sidibe.jpg Le photographe raconte avec nostalgie les avoir prises en 1956 avec un petit appareil d’amateur, un « Brownie Flash ». A l’image de son travail en studio, la plupart des photos prises dans « Au Village » sont des portraits ou des photos de groupe, membres de la famille ou du village. Dans l’ouvrage, les scènes immortalisées sont celles qui rythment la vie de Soloba : battage du riz, récoltes de maïs, corvée d’eau, construction du toit des maisons en paille.

« De cette atmosphère laborieuse et bucolique se dégage une étonnante poésie dans les scènes et les regards tout à fait saisissante. Comme dans un film de Pasoloni comme dans un documentaire de Jean Rouch, on est saisi par cette vie si rude et si douce à la fois, on perçoit une temporalité et un vivre ensemble différents que l’on envierait presque à ces habitants », analyse Romain Dostes.

On peut également voir dans « Au Village », les photos de « grands rassemblements sous le vieux manguier, sur lequel le jeune Malick aimait grimper et celles de la parade avec des peaux d’animaux. C’est une autre forme d’humanité qui nous est donnée à voir, sans jugement, sans prise de parti, mais avec le soin d’en capter toute la beauté et la fragilité ».

Le village natal de Malick Sidibé, selon M. Dostes, est plus photogénique parce qu’il se situe au bord du fleuve Niger. « De nombreux clichés s’arrêtent sur la vie autour du fleuve Niger, à commencer par la première de l’ouvrage, représentant un homme en Solex au bord du barrage de Sélingué ».

« Portraitiste naturaliste, pas philosophique », Malick Sidibé a été révélé au monde en 1994 lors des « Rencontres africaines de la photographie » de Bamako. Premier photographe africain récipiendaire du prix Hasselblad, l’ensemble de son œuvre a été couronné « d’un Lion d’or » à la Biennale internationale de Venise.

Né en 1936 à Soloba, M. Sidibé est un homme de racines qui n’a rien oublié de son enfance de paysan peul. Son célèbre studio de Bamako draine, depuis 1962, une foule d’anonymes ou de célébrités désireuses de se faire photographier par ce portraitiste exceptionnel qui a toujours su renouveler et approfondir son art. Doué d’un sens inné de la communauté et d’une bienveillante empathie pour ses semblables, Malick Sidibé saisit au plus juste la diversité collective et singulière de ses condisciples.

La somme de ses reportages constitue de surcroît une source documentaire incomparable sur l’histoire du Mali. A l’égal de celle de son illustre aîné August Sander, l’œuvre de portraitiste de Malick Sidibé s’inscrit pleinement dans l’histoire universelle de la photographie.

Amadou Sidibé

Les Échos du 26 Septembre 2013