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En sus de ces ressources en eau pérenne évaluées à 15 milliards/m3, il existe d’importantes réserves en eaux souterraines estimées à 2.227 milliards/m3. Malgré ces atouts, notre pays peine à sécuriser sa production agricole.

Comment maîtriser et valoriser l’ensemble -sinon une grande part- de ces ressources en eau afin d’assurer une sécurité alimentaire durable ? Quel que soit son ampleur, le défi se doit d’être relevé.

Depuis plusieurs décennies, le caractère aléatoire de la pluviométrie empêche de sécuriser la production agricole avec des effets induits comme la dégradation et l’appauvrissement des sols et du couvert végétal.

Ces facteurs ont entraîné le tarissement précoce des bas-fonds, qui jadis constituaient les principales zones d’activités des paysans, particulièrement des femmes.

Ils ont aussi conduit à l’amenuisement des nappes phréatiques qui se sont enfoncées, freinant les activités de diversification de la production (maraîchage, abreuvément des animaux etc.) et au retrait précoce de l’eau des rizières avant la maturité des cultures.

Pour corriger ces distorsions, notre pays a décidé d’investir fortement dans la maîtrise de l’eau, notamment en aménageant les bas-fonds grâce à la construction de petits barrages. Ces ouvrages permettent de maintenir une lame d’eau suffisante pour développer notamment la riziculture et la diversifier.

Ces aménagements servent aussi à recharger la nappe phréatique pour les besoins domestiques, l’abreuvement des animaux, l’arboriculture, le maraîchage, la pêche et la protection de l’environnement par la plantation d’arbres dans les zones d’influence des barrages.

Des sémences de riz de bas-fonds.

Le Programme national des petits barrages et bas- fonds (PNPBBF) est l’outil de cet ambitieux dessein de maîtriser l’eau pour sécuriser la production agricole et diversifier les revenus paysans.

La pertinence du programme dans le cadre de la sécurité alimentaire et sa forte contribution à l’amélioration des conditions de vie des populations rurales ont incité le Japon à financer la réalisation de petits barrages et de bas-fonds sur son fonds KRII. D’autres petits barrages ont été érigés grâce à des allocations du Budget spécial d’investissement (BSI) ou du Fonds PTTE.

Mama Minta, le coordinateur du PNPBBF, a dirigé la semaine dernière une mission de supervision des réalisation de petits barrages à Kolondiéba, Sikasso et Koutiala dans la région de Sikasso.

Sékou Koné, le chef de village de Tlomadio (situé à 40 kilomètres de Kolondiéba), et ses concitoyens ont chaudement remercié le partenaire japonais pour un ouvrage grâce auquel les conditions de vie des populations vont être nettement améliorées.

« Finie désormais la transhumance vers Manankoro, une localité située à plus d’une centaine de kilomètres de notre village, où nos troupeaux se rendaient pour trouver de quoi survivre en attendant les premières pluies« , a souligné le chef de village.

Les femmes qui, traditionnellement, pratiquent la riziculture dans les bas-fonds pourront tranquillement exercer leur activité. « Nous souhaitons obtenir rapidement des semences de riz de bas-fonds et maraîchères pour valoriser l’ouvrage« , a souhaité Sékou Koné.

Même satisfaction générale à N’Golokoua, un village situé à 60 kilomètres de Kolondiéba, pour la construction d’un barrage similaire.

« Nous n’y croyions pas tant ont été nombreuses les promesses jamais tenues. Vous allez constater que tous les jours, des villageois se rendent sur le site de l’ouvrage pour se convaincre de sa réalisation effective« , a fait remarquer Chiaka Konaté, le représentant du chef de village.


Des entreprises locales crédibles.

Sanankoro, village situé à 10 kilomètres de Kadiana : les sourires éclatants sont encore au rendez-vous.

Les barrages ont été bâtis dans ces trois localités par Sabunyuman, une entreprise malienne appartenant à M’Pè Dembélé de Kolondiéba. Celui-ci a été félicité par le coordinateur Mama Minta pour la qualité du travail effectué.

Dramane Coulibaly, le promoteur de l’entreprise Yiriwa So Construction (YISOCO) de Bougouni a reçu autant de félicitations du coordinateur du PNPBBF. Yisoco était en charge des chantiers des petits barrages des villages de Memissala (60 kilomètres de Niéna), de Ziguena (50 kilomètres de Sikasso) et de Sidaribougou (17 kilomètres de Sikasso).

« Si des entreprises locales crédibles comme vous étaient nombreuses, le PNPBBF réussirait à apporter des ouvrages à plusieurs villages qui en ont besoin« , a assuré le coordinateur.

A Memissala, Yaya Sanogo, le représentant du chef de village, a estimé que le barrage allait apporter une bouffée d’oxygène aux habitants.

« Avant, nos femmes partaient à 4 kilomètres du village pour faire du maraîchage, nos animaux ralliaient le même endroit pour leur abreuvement. Quand l’ouvrage va entrer en fonction, les femmes pourront faire de la riziculture et du maraîchage et les animaux auront de l’eau une bonne partie de l’année pour leur abreuvement« , s’est-il félicité.

A Ziguena, Koniba Oumar Sanogo, conseiller du chef de village, et des ressortissants de la localité résidant ailleurs, sont allés sur le site du barrage pour mesurer les progrès des travaux.

Le conseiller salue la réalisation en cours d’un ouvrage qui donnera un coup de fouet à la riziculture et à l’élevage. La localité, souligne-t-il, possède plus de 100 hectares de plaines dont l’ouvrage va permettre une « exploitation optimale« .

La mission a bouclé sa visite de terrain par le site de deux barrages situés dans le terroir de M’Pessoba. Les travaux qui accusent un retard important sont financés par le Budget spécial d’investissement (BSI). L’entrepreneur espère sur le trésor public pour débloquer les avances de démarrage des travaux qui traînent.

Mama Minta a néanmoins félicité l’entreprise pour avoir sécurisé le premier ouvrage qui pourra être utilisé même si les travaux ne seront pas totalement achevés d’ici le début de l’hivernage.

Les petits barrages permettront aux différentes localités bénéficiaires de produire plus et de tirer un surcroît d’avantages de l’élevage. Les petits barrages favoriseront également l’essor du maraîchage et auront un impact sur la régénération de la flore et de la faune. L’aide japonaise a, à ce titre, fait œuvre utile.

M. COULIBALY


2,5 MILLIARDS Fcfa, pour l’aménagement des bas-fonds

Le Fonds KRII alloué à notre pays par le Japon a permis d’effectuer nombre d’aménagements de bas-fonds : micro-barrages, surcreusement de mares, réalisation de périmètres maraîchers.

Une première tranche de 755 millions Fcfa reçue en mars 2005 a permis d’aménager 15 bas-fonds dans les régions de Sikasso, Koulikoro et Kayes. En 1ère Région, les travaux ont concerné la réhabilitation du barrage de N’Garala dans le cercle de Yélimané.

Les 15 bas-fonds alimentent une superficie aménagée d’environ 1.300 hectares. Tous ces travaux ont été réceptionnés provisoirement. Les ouvrages ont été remis aux agriculteurs qui exploitent les surfaces aménagées.
Une deuxième tranche de 413 millions Fcfa a été débloquée par le partenaire japonais en mars 2006.

Cette part était destinée à des travaux d’aménagement et de réhabilitation de deux plaines à Kéniégué et Guéléba dans la région de Koulikoro et de six périmètres maraîchers pour les femmes dans la région de Ségou. Tous les travaux ont été réalisés et réceptionnés provisoirement en 2007.

Une troisième tranche de 1,37 milliard Fcfa sur le Fonds japonais KRII a été accordée en mai 2007.

Elle est destinée à la réalisation d’études et de travaux d’aménagement et de mise en valeur agricole durable des bas-fonds par la maîtrise des eaux de ruissellement dans les régions de Kayes, Sikasso et Koulikoro. La superficie aménageable est d’environ 1.500 ha. Les marchés ont été attribués et les travaux sont en cours d’exécution.

M. C.

Guerkélé et N’Tosso : La confiance bien placée

La mission de supervision du Programme national des petits barrages et bas- fonds (PNPBBF) a fait un détour par Guerkélé situé dans l’arrondissement de Koumantou pour inspecter le barrage de retenue d’eau de cette localité. Elle s’est aussi rendue sur le périmètre exploité exclusivement par des femmes à N’Tosso, un village situé à 40 kilomètres de Koutiala.

A Guerkélé, la mission a pu constater le bon fonctionnement de l’ouvrage entièrement réhabilité en 2006 grâce à un financement japonais. Quelques 80 millions de Fcfa ont ainsi été déboursés pour réaliser cet ouvrage et un autre petit barrage situé à Tabakoro.

Pêcheurs et éleveurs de la localité témoignent volontiers des avantages qu’ils tirent aujourd’hui de cet ouvrage.

Arrivé de son village natal, Ouonikoro (situé dans le cercle de Bankass), depuis 26 ans pour s’installer avec toute sa famille à Zanfina à proximité du barrage, Ali confirme combien l’ouvrage est précieux pour son élevage qu’il parvient à abreuver toute l’année sans être contraint à une longue et harassante transhumance. « Nous nous entendons bien avec nos hôtes, il n’y a jamais eu de conflits entre nous et les autochtones », confie Ali.

Le pêcheur Mamoutou Coulibaly est, lui, installé sur la rive du lac d’une superficie de 40 hectares formé par le barrage depuis 10 ans. « Chaque année en saison sèche, je viens ici avec ma femme pour pêcher jusqu’à l’approche de l’hivernage« .

Tous les jours, sauf le mercredi qui est jour de foire, nous pêchons au moins 50 kilogrammes de poissons et plus du double quand la pêche est fructueuse », indique Mamoutou Coulibaly. « Je gagne une recette moyenne de 30.000 Fcfa par jour. Le barrage me permet de subvenir largement à mes besoins et de retourner avec un petit fonds pour épauler mes parents restés au village en début d’hivernage« , ajoute le pêcheur.

« Le barrage m’évite également de partir à l’extérieur du pays pour chercher de quoi subvenir à mes besoins. Ici, je suis en sécurité et je gagne convenablement ma vie« , constate-t-il.

Le barrage de Guerkélé a eu un impact visible sur l’élevage dans la zone. Il a favorisé un regroupement important de troupeaux. La production laitière a considérablement évolué et l’apport de fumure organique dans les champs a aussi augmenté. Koumantou figure désormais parmi les zones où la production laitière est en croissance constante.

Autre motif de satisfaction pour la mission à N’Tosso, où le fonds japonais KRII a financé pour 15 millions de Fcfa la réalisation du périmètre rizicole destiné aux femmes du village. Cet argent a également servi au surcreusement de la mare et à l’appui-conseil en engrais et semences.

Les exploitantes du périmètre ont justifié la confiance du bailleur de fonds japonais en récoltant plus de 3 tonnes de paddy sur leurs parcelles. Elles promettent de garder le cap et d’exploiter le périmètre du mieux possible.

M. C.

22 Mai 2008