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Les Agriculteurs maliens ont devant eux, à coup sûr, de grandes possibilités d’extension territoriale et de plus grands rendements à l’hectare. Pour être heureux, il ne suffit pas d’avoir les moyens de vivre, il faut aussi des raisons de vivre.

Un pays ne se développe bien que si ses habitants travaillent avec zèle, et ils ne le font que si leurs aspirations fondamentales sont satisfaites. L’amélioration de la vie quotidienne est indispensable, et tous les Maliens la souhaitent. Mais le vrai bonheur demande autre chose et plus : la possibilité pour chaque homme d’épanouir sous les formes diverses et en fonction des situations.

L’homme moderne, se sent vivre dans un temps linéaire, où demain est différent d’aujourd’hui, et aujourd’hui d’hier ; pour vivre normalement, il faut donc constamment changer, et progresser. Pour qu’il y ait vraiment développement, il faut tendre vers un but : pas de progrès sans projet.
Le premier souci des Maliens est évidemment de se nourrir. Tout peut attendre, excepté l’agriculture. Notre pays doit donner une forte priorité absolue à l’agriculture. Car quand un pays peut se nourrir par ses propres moyens, il a fait un grand pas vers la vraie indépendance économique. Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger.
Au Mali, le problème de l’alimentation est d’autant plus important qu’une partie de la population souffre encore cruellement de sous-alimentation ou de malnutrition.

Des milliers de personnes sont incontestablement sous-alimenté et mal alimentées au Mali où devrait régner l’abondance puisque des récoltes y sont possibles en toutes saisons. Une telle situation rend la vie pénible à une grande partie de la population. Au surplus, elle diminue gravement les possibilités de travail physique et intellectuel. C’est dire que tout doit être fait pour améliorer l’alimentation au Mali. Ceci suppose en particulier que soit donnée priorité à l’agriculture. Il serait fâcheux d’oublier que le but final de l’agriculture alimentaire n’est pas de sortir du champ tel ou telle quantité de telle ou telle plante, mais d’apporter au consommateur, chez lui, ce qui lui est nécessaire pour subsister et être en bonne santé.

D’abord se nourrir.

Depuis quelques décennies, l’attention du monde entier s’est focalisée à juste titre sur le problème de la faim. Comment admettre sur une planète où l’humanité a réussi des prouesses techniques et où des centaines de millions d’hommes ont un niveau de vie très élevé, qu’au Mali surtout, des millions de maliens souffrent de la faim, meurt de famine, ou vivent dans des conditions de grave malnutrition ?

La communauté internationale a proclamé la priorité absolue de ce problème lors de la conférence Alimentaire Mondiale qui s’est tenue à Rome en novembre 1974, avec la participation de 130 Etats. Dans la déclaration finale, la conférence décide que « d’ici 10 ans, aucun enfant ne devra vivre dans la crainte de manque de pain pour le lendemain ; l’avenir et les capacités d’aucun être humain ne devraient être compromis par la malnutrition ».
Plus de 36 ans après, on est évidemment très loin de la réalisation de ces vœux et cela n’est pas étonnant, car ce problème est extrêmement difficile, et plus que des déclarations solennelles importent les efforts patients des paysans, des vulgarisateurs, des chercheurs, de tous ceux qui interviennent dans les productions alimentaires. Quoi qu’il en soit, nourrir son propre pays est donc pour une agriculture un objectif fondamental.

D’où la volonté, proclamée un peu partout, d’atteindre l’autosuffisance alimentaire afin de ne pas dépendre d’importations pour la nourriture du pays. Ce désir d’indépendance nationale est tout à fait légitime, dans un domaine aussi fondamental que la nourriture des habitants. Le Mali pourrait être le grenier de l’Afrique. A condition que le développement et ses méthodes soient repensés. Pour répondre aux défis de l’époque, l’agriculture malienne doit miser sur plusieurs tableaux : développer à la fois les cultures vivrières et les autres, les cultures sous pluies et les aménagements hydrauliques ; augmenter les surfaces cultivées mais aussi les rendements.

Elle pourra dès lors accroître sa production agricole par tête, même si la croissance démographique reste très vive.

Frédéric JONDOT

Ancien Haut Fonctionnaire International

Officier de l’Ordre National du Benin

Officier de l’Ordre National du Togo

Officier de l’Ordre National du Lion du Sénégal

Diplôme des Jeux de la Paix de l’UNESCO

Le Républicain du 25 Février 2013