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Ce n’est plus un secret pour personne: les deux partis politiques aujourd’hui les mieux en vue -l’Adéma et l’URD- sont tous engagés dans une logique de conquête du pouvoir en 2012. Aussi, contraints par leurs alliés politiques de ratisser large dans la composition du bureau de l’Assemblée nationale, on se demande ce que ces deux partis ont l’intention de faire, d’ici l’échéance fatidique. Seront-ils en mesure d’accorder leurs violons, d’ici là?

De l’Adéma à l’URD : les douleurs d’une dualité

Nul ne pouvait imaginer une retrouvaille entre l’URD de Soumaïla Cissé -créé en 2003 après la grande désillusion de 2002- et l’Adéma PASJ, quatre ans après. Et pour causes.

Le premier parti est né dans la douleur, après avoir laissé de graves séquelles au second. En effet, c’est après un an de mûre réflexion que Soumaïla Cissé mettra l’URD sur les fonts baptismaux. C’est que l’homme, bien que vainqueur de la convention des Ruchers en 2002, donc officiellement investi candidat du parti, s’est vu boycotté, lors de la présidentielle de la même année, par ses propres frères Abeilles.

En plus de la sienne, il y eut plus de trois candidatures dans les rangs des Ruchers. A l’époque, la marche à suivre était soit de rester au sein du parti pour mieux conforter sa position, soit de quitter pour se faire valoir autrement.

Soumaïla Cissé a donc opté pour la seconde alternative. La suite est connue : l’Adéma, qui était divisée autour de la présidentielle de 2002, s’est vu vidé de 17 de ses députés au profit de l’URD, lors de la dernière législature.

Les communales de 2004 ont fini par rassurer Soumaïla Cissé et ses poulains sur la justesse de leur choix, car l’URD s’est positionnée, à l’issue de ces élections, comme deuxième force politique du pays. La dualité entre l’Adéma et sa “fille”, l’URD, s’est concrétisée et a continué jusqu’à la création de l’ADP.


Les retrouvailles dans l’ADP

L’Adéma serait-il… “parti prenant” dans l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) sans l’URD, et vice-versa? La question mérite d’être posée, car c’est autour de ces deux formations politiques que l’alliance a finalement pris corps. Il n’empêche que chacune d’elles entendait s’imposer et en imposer aux autres.

C’est dans cette ambiance mi-figue mi-raisin que la classe politique malienne a abordé les législatives, à l’issue desquelles il n’y eut pas grand changement: les deux forces politiques du pays, en termes d’élus -l’Adéma et l’URD- ont confirmé leur suprématie en ramassant, à elles seules, la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

L’URD, qui au départ comptabilisait 36 députés, ne peut plus se vanter aujourd’hui qu’avec 27. Idem pour l’Adéma qui, de 51 députés, se retrouve avec moins de 50. Ce qui n’entacha en rien la légitimité de leur volonté de vouloir un bureau du parlement taillé à leur mesure.

Le souhait de l’URD de briguer le Perchoir de l’Assemblée nationale, puis sa rétractation au profit de l’Adéma, cachent mal une certaine intention. Serait-ce un deal tacite entre les deux? Ou une stratégie de l’URD pour faire tourner les dés en sa faveur, en 2012?…

Ce qui est cependant sûr, c’est que les deux entendent tous se retrouver au sommet de Koulouba qui ne réserve, malheureusement, qu’un seul fauteuil. Doit-on alors craindre un revirement dans ce pacte , sinon cette idylle forcée entre l’Adéma et l’URD?

Les deux partis seraient-ils en mesure d’harmoniser leurs vues, au point d’envisager une fusion, ou du moins, une association autour de la reconquête du pouvoir en 2012?
Dans tous les cas, les risques de couacs et de ruptures sont grands entre les deux mastodontes. Et à défaut d’un compromis, l’affrontement paraît inévitable. Et dans le cas d’un éventuel compromis, qui, de l’ Adéma ou de l’URD, acceptera de servir d’ascenseur à l’autre?

Autant de questions qui, à n’en pas douter, donneront du fil à retordre aux Ruchers, tout comme aux “combattants pour la fraternité” incarnée par la “poignée de mains”.
Cette situation cornélienne ne manquerait peut-être pas d’offrir, à un “troisième larron”, l’opportunité de profiter de l’aubaine, d’ici 2012.

EN attendant cette date, beaucoup d’eau va encore couler sous les ponts, occasionnant probablement une nouvelle reconfiguration de la classe politique. Si cela devait se passer ainsi, la Force Citoyenne Démocratique (FCD) pourrait bien être ce “troisième larron”. Qui sait?

Adama S. DIALLO

17 septembre 2007.