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La recrudescence des accidents de la route est un phénomène inquiétant tant pour les pouvoirs publics que pour les citoyens. Des efforts de sensibilisation sont faits à tous les niveaux par les services de la circulation routière et de la protection civile. Notre pays a même institué depuis plusieurs années déjà la semaine de la sécurité routière.
Toutefois, la DNTTM a fait une mauvaise trouvaille qui risque de faire des grincements de dents. Selon un communiqué daté du 4 février, envisage d’exiger le permis de conduire aux propriétaires d’engins dont le cylindre est supérieur ou égal à 50 cm3 (Jakarta, Yamaha 100, Honda CG, DT, Vespa, etc.).

La DNTTM entend ainsi faire appliquer les dispositions du code de la route qui stipule : « La conduite des vélomoteurs et des motocyclettes sans autorisation ou permis de conduire est réprimée par le code de la route et la sanction encourue peut aller jusqu’à 3 mois d’emprisonnement et une amende de 20 000 F CFA ». Cette nouvelle mesure dont la date d’application n’a pas été définie est déjà mal appréciée par des propriétaires de cyclomoteurs qui craignent de faire face aux frais de permis sans compter les rançons exigées par la police à chaque contrôle de routine.

Si l’objet est véritablement d’apprendre aux usagers des motos les rudiments de la route et d’éviter les accidents, l’Etat devra plutôt signer des contrats avec les auto-écoles pour former ceux qui le désirent. Dans ces conditions, les contrevenants pourraient être sanctionnés comme le prévoient

Loin d’être une panacée

La maîtrise du code de la route est une mesure parmi tant d’autres pouvant sauver des vies humaines. Mais elle est loin d’être une panacée. Dans beaucoup de cas, les accidents relèvent plus de l’incivisme et de la négligence des usagers que de leur ignorance des règles élémentaires. L’Etat a aussi sa part de responsabilité. Nos routes sont mal conçues parce que étroites et souvent inappropriées pour les engins à deux roues qui se faufilent entre les voitures à leurs risques et périls.

Au Burkina Faso où il y a plus de cyclomoteurs et bicyclettes que de voitures, il y a très peu d’accidents. Dans ce pays où les motocyclistes ne sont pas assujettis au permis ou autorisation de conduire, les principales artères comportent des pistes cyclables. Les usagers sont disciplinés et respectent le code. La police municipale est omniprésente pour réprimander dans la légalité ceux qui sont pris en flagrant délit.

Un détenteur de permis qu’il soit pour motos ou pour voitures ne pourra jamais éviter un accident s’il refuse de respecter un feu tricolore, un feu de signalisation ou s’il roule à tombeau ouvert pour rattraper un rendez-vous ou encore s’il roule à bord d’un véhicule aux défaillances techniques avérées. Dans les statistiques des accidents de la route, il est établi que les titulaires de permis sont beaucoup plus nombreux. Des études ont même révélé que l’incivisme occupe une grande part dans les drames liés à la route.

Les Maliens qui ont encore la chance de voir le diable le tirent par la queue en ces temps où les prix des denrées de première nécessité montent en flèche. Au même moment, les autorités en commençant par le président de la République, déclarent publiquement, « an dè sèra, an bè ba babolo » (nous avons échoué, chacun a son sort entre les mains de sa mère).
Epargnez donc au peuple un autre calvaire !

Abdrahamane Dicko

18 mars 2008