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A la faveur de cette crise du Nord-Mali, le temps semble venu pour les Africains, de faire un état des lieux de l’Islam en Afrique en général, en Afrique subsaharienne en particulier. Trop de vautours viennent camper dans nos contrées au nom de la foi musulmane, sans qu’on ne sache exactement de quel message ils sont réellement porteurs. Ces prétendus exégètes savent qu’en général, les autorités politiques africaines, par courtoisie mais aussi par naïveté, se gardent de heurter certaines susceptibilités. Il faut oser se rencontrer, se parler afin de mieux se comprendre ; mais surtout réaffirmer notre choix d’un islam qui préserve la paix, la concorde et l’harmonie dans les pays autant que dans les familles. Quoi de mieux qu’une large concertation ? C’est un fait que les régimes théocratiques ne sont pas viables dans notre monde aujourd’hui. Ils ne sont point dans leur temps.

Il est compréhensible qu’ayant échoué dans leur tentative, les djihadistes se trouvent à présent réduits à organiser des attentats et autres formes de harcèlements. Avec leur échec, c’est le Mali qui gagne ; et avec lui, toute une région qui se sent concernée par le péril islamiste terroriste. Le cas du Nigeria avec Boko Haram en atteste : les groupes terroristes ne connaissent ni frontières, ni répit. Mais, il ne faut point pavoiser. Le projet djihadiste est loin d’être rangé. Les groupes terroristes peuvent vouloir reprendre du service ailleurs. Très fragile, l’espace sahélo-saharien peut toujours servir de terreau. Les velléités d’indépendance à travers la planète peuvent également inspirer. C’est pourquoi, le cas de l’Azawad, devrait faire réfléchir davantage.

Parmi les forces rebelles du Nord-Mali, le MLNA a compris à temps qu’il avait tout à perdre en s’acoquinant avec l’envahisseur. Il aura au finish grandement aidé à le mettre en déroute. Il lui faut continuer dans ce sens. Aujourd’hui, de nouveau unie, la République du Mali chemine vers la paix et la réconciliation, quoi qu’on dise. Les mouvements djihadistes étant émiettés, leur mésentente ne peut que profiter à l’autorité centrale à Bamako.

Cette dernière doit aussi savoir composer avec ceux qui acceptent de négocier sans oser remettre l’intégralité de la République en question. Dorénavant, il faudra garder l’œil ouvert, et le bon, tant à Bamako que dans les autres capitales de la sous-région. Mais, il n’y a vraiment rien de mieux qu’une bonne gouvernance, auréolée d’une alternance démocratique vraie, pour mettre nos pays à l’abri de certaines intempéries.
Les djihadistes du Nord-Mali ne s’avouent pas vaincus. Comme pour signifier qu’ils n’ont pas renoncé à leur projet funeste, ils multiplient attentats et tirs d’obus, harcelant continuellement les troupes maliennes. Du même coup, ils provoquent les forces internationales coalisées.

Ainsi, en début de semaine, la ville de Gao a été la cible de cinq tirs d’armes lourdes. Gao a été placée sous haute surveillance. Les terroristes sont amers et pour cause : dans leur débandade suite à l’intervention des forces internationales, ils avaient abandonné à Tombouctou un document d’importance. Celui-ci révèle que les leaders djihadistes d’AQMI au Sahel disposaient d’un plan bien élaboré. Mais, ceux chargés de sa mise en œuvre ne se seront finalement pas montrés à la hauteur. C’étaient donc de piètres stratèges, que des loups garous bornés et stupides avaient chargés d’un projet tout aussi funeste. L’abominable stratégie n’ayant pas fonctionné, il fallait s’attendre à l’évidence.

Le document d’AQMI montre que le choix du Nord-Mali n’était pas un fait du hasard. Pour les groupes islamistes, la bande sahélo-saharienne constitue l’endroit rêvé pour y fonder une entité étatique, d’obédience terroriste. Cette région constitue en effet un terreau fertile pour le mouvement djihadiste, qui croyait que le seul partage de la foi suffirait pour s’attirer les faveurs des populations. Certes, le vaste territoire du Sahel semble, pour beaucoup correspondre à un « no man’s land ».

La zone septentrionale du Mali était à prendre, parce que les régimes successifs à Bamako avaient échoué dans leur politique de développement au Nord, comme d’ailleurs dans les autres régions du Mali. Mais, même avec l’aide d’AQMI et d’Al QAIDA, la meute de loups que constituaient les groupes terroristes ne pouvait réussir. De quoi retenir comme leçon, que tout aventurisme du genre de celui que le Nord- Mali vient de vivre sera toujours combattu.

Les djihadistes ont aussi échoué pour avoir commencé par le mauvais bout. Avec la Charia, ils ont fini par se mettre tout le monde à dos. Pouvait-il en être autrement ? Ici, résistent au temps et à l’espace, des valeurs inestimables comme celles de la paix et de la tolérance. Pour les avoir ignorées, et cherché à instaurer un khalifat en Afrique noire « l’abominable Homme des sables », qui entendait régner sur le Sahel, a échoué dans sa tentative. Marginalisées par les initiateurs du projet, les populations maliennes n’y avaient pas vraiment adhéré. Les élites avaient pensé pour elles et agissaient en leur nom, comme toujours sous nos tropiques. Pendant qu’à Bamako, on se perdait en conjectures, laissant l’armée démunie se débrouiller seule.

Mais, même dans leur impuissance, les Etats ouest-africains, en plus d’autres pays du continent, ne pouvaient rester indifférents au sort des populations maliennes. La communauté internationale, dans son ensemble, avait fini par voler au secours du Mali. L’envahisseur djihadiste fut bouté hors des zones occupées. Mais, le mal avait déjà été fait : des bras avaient été coupés, des gens sommairement jugés, fouettés ou exécutés, comme le voudrait la « Charia ». Sûr que les porteurs de projets funestes ne renonceront pas de sitôt à leur folle entreprise. Mais jamais, l’on n’acceptera des tentatives de reconquêtes à saveurs moyenâgeuses et dignes des esclavagistes.

« Le Pays »

Publié le mercredi 9 octobre 2013