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D’origine allemande, père Joseph Stamer a choisi d’être missionnaire en Afrique. Après des études en théologie, en arabe et en islamologie, père Joseph Stamer, aujourd’hui sexagénaire, vit au Mali depuis 1962. Directeur intérimaire du Centre foi et rencontre, il gère l’Institut de formation islamo-chrétienne (IFIC) au Mali. Il a bien voulu nous entretenir sur l’islam en cette période de ramadan et estimé que la convivialité et la tolérance font la richesse de l’islam au Mali.


Les Echos :Quel est, selon vous, la philosophie du jeûne musulman ?

Père Joseph Stamer : Je pense que le jeûne musulman est une institution. Il fait partie des obligations fondamentales de la religion musulmane. Il faut manifester sa soumission à Dieu et en islam le jeûne est un des cinq piliers pour montrer qu’on est soumis à Dieu. C’est Dieu qui est au centre de cet effort, des croyances. Se priver pendant toute la journée de toute nourriture, de toute boisson, il faut le faire pour Dieu. C’est ça la philosophie fondamentale qui est derrière le précepte du jeûne.

Les Echos : Comment-il est venu ?

P. J. S. : Le jeûne existe dans toutes les grandes religions. Donc il fait partie des efforts pour se rapprocher de Dieu, se purifier pour être plus à même d’atteindre la volonté et la parole de Dieu. Il existe dans toutes les religions. Au début les premiers musulmans faisaient comme les juifs. Donc, l’exemple vient des juifs. Après eux, le prophète a trouvé qu’il fallait se distinguer à travers un jeûne particulier. C’est à ce moment que le ramadan a été institué par une révélation. Le jeûne musulman a des caractéristiques qui le différent des autres religions.


Les Echos : Qu’est-ce qui fait sa spécificité ?

P. J. S. : La spécificité du jeûne musulman se trouve d’abord dans la forme extérieure. C’est un jeûne pendant la journée alors que dans les autres religions, pendant le jeûne, on ne distingue pas le jour et la nuit. C’est un effort continue avec l’abstinence ou pas d’abstinence. Tandis qu’en islam, il y a abstinence totale pendant la journée et non la nuit. C’est une de ses particularités. L’autre distinction du jeûne musulman, c’est que ça dure un mois, mais en christianisme le jeûne, appelé carême, dure 40 jours.

Les Echos : Est-ce que vous pensez qu’au Mali la pratique est conforme au précepte de l’islam ?


P. J. S. :
Je crois que dans l’ensemble cette pratique est conforme au précepte de l’islam par rapport à d’autres pays musulmans où des liens sociaux et la saine émulation entre les familles ne sont pas fréquents. Je trouve que dans l’ensemble le jeûne est vraiment pratiqué au Mali. La place du jeûne comme pratique religieuse dans le Coran a une place modeste, comparée à celles des autres piliers comme la prière, l’aumône. La langue arabe a deux mots pour désigner le jeûne « sawm » et « siyâm » qui sont de la même racine et employés indistinctement. On peut supposer que le jeûne a été une pratique préislamique en Arabie sous influence judéo-chrétienne car contrairement à ce qui s’est passé pour la prière et l’aumône, la langue arabe n’a pas dû emprunter un terme au syriaque.

Les Echos : Que pensez-vous de l’islam en général au Mali ?

P. J. S. : La question est vague. Cela me fait plus de 40 ans au Mali. J’ai vécu pendant 10 ans seul chrétien dans un milieu musulman. J’ai beaucoup partagé la vie religieuse musulmane sans y participer totalement, mais en restant très proche de tout ce qui touche à la religion musulmane. C’est partant de là que j’ai découvert toute la profondeur et la richesse de la foi musulmane. L’islam au Mali participe à une longue tradition de période de convivialité, de tolérance entre les musulmans et les non musulmans.

Et c’est ça qui fait la caractéristique de l’islam au Mali, sa valeur et cette marque de tolérance et d’acceptation qui manque chez d’autres. La foi chez les musulmans signifie qu’on peut vivre en paix, que ce soit avec un musulman ou pas. C’est surtout la convivialité et la tolérance qui font la richesse de l’islam malien et d’autres valeurs religieuses.


Propos recueillis par

Assitan Haïdara

05 Septembre 2008