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Contrairement aux supputations et croyances générales, le père Jean Bevand, professeur à l’Institut de formation islamo-chrétienne (Ific), indique dans l’entretien ci-dessous que la lapidation a son origine dans la Bible.

« La lapidation est plus traitée dans la Bible que le Coran. Dans l’Ancien Testament, la Loi de Moïse, Livre du Lévitique LV 24,16, il est dit : ‘Qui blasphème le nom de Yahvé (Dieu) devra mourir, toute la communauté le lapidera’. Le Livre de Deutéronome, DT 22,23 dit : ‘Si une jeune fille vierge est fiancée à un homme, qu’un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les conduirez tous deux à la porte de cette ville et vous les lapiderez jusqu’à ce que mort s’en suive’.

Dans le Nouveau Testament, Jésus a été plusieurs fois menacé de lapidation pour blasphème lorsqu’il se présentait fils de Dieu. Dans l’Evangile de Jean, Jn 8,59, il est dit : ‘Ils ramassèrent alors des pierres pour les lui jeter, mais Jésus se déroba et sortit du Temple’. Dans Jn 10, 31 : ‘Les Juifs apportèrent des pierres pour le lapider’. Il faut noter que Jésus a toujours lutté contre cette pratique. Jn 8,2,11 : Jésus sauve la femme adultère de la lapidation. C’est là où la célèbre maxime trouve son origine : ‘que celui qui n’a pas péché jette la première pierre’.

Dans le Coran, il n’est pas question de lapidation. Pourtant tous les rites de l’islam soutiennent cette punition pour les coupables. Les juristes musulmans disent qu’il existait un verset qui prescrivait explicitement la lapidation, mais qu’il a été abrogé.

On peut cependant estimer qu’on trouve deux législations distinctes dans le Coran. Celle plus ancienne qui a pour base le verset 15 de la sourate 4 appelée la femme : ‘Appelez quatre témoins que vous choisirez contre celles de vos femmes qui ont commis une action infâme. S’ils témoignent, enfermez les coupables, jusqu’à leur mort, dans des maisons, à moins que Dieu ne leur offre un moyen de salut’. Celle plus récente se base sur le verset 2 de la sourate 24 de la Lumière : ‘frappez la débauchée et le débauché de cents coups de fouet chacun’.

Mais il n’est pas question de lapidation ici. Il faut donc chercher ailleurs l’origine de ce châtiment de la législation islamique. Certains auteurs dont Sahih de Boukheoù, l’un des plus célèbres avec son recueil des hadiths, ont parlé de l’influence juive (les Juifs étaient nombreux à Médine), mais il semble bien que le judaïsme avait déjà abandonné cette législation au moment de la naissance de la religion musulmane. Il reste la possibilité de l’adoption par les juristes musulmans de la pratique de la lapidation pour montrer aux Juifs qui l’avaient abandonné que l’islam était le vrai continuateur de la religion des origines… ».

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 19 Octobre 2012